Les PME face au Saas et Cloud: un nuage qui cache l'horizon

Cloud et Saas sont-elles les solutions qu'attendaient les PME ? Le risque de perte de maitrise est-il une réalité ? Comment le déploiement de la Fibre Optique et du Très Haut Débit bouleversent-ils les prévisions d'hier ? Essayons d'y voir plus clair.

Crise financière, économique, sociale... affronter les crises fait désormais partie de la vie quotidienne des entreprises, en particulier des PME. Un combat qui nécessite de mieux anticiper les évolutions économiques et technologiques, de mieux évaluer les conditions de développement et les sources d'économie et finalement de mieux choisir les priorités et les investissements.

Pour les PME, les choix d'équipements informatiques et télécoms sont déterminants car ils représentent à la fois un investissement important et la condition nécessaire pour mieux communiquer, mieux travailler, être plus réactif et plus compétitif.


Or, dans le domaine des choix informatiques et télécoms les responsables de PME sont confrontés à des avis contradictoires. Ce n'est pas nouveau: on a connu les mêmes interrogations ces dernières années avec la téléphonie sur IP, les systèmes de sécurité VPN, la visioconférence, les offres de télécommunications unifiées...

Le Saas et le Cloud n'échappent pas à la règle: Cloud et Saas sont-elles les solutions qu'attendaient les PME ? Le risque de perte de maitrise (sécurité, confidentialité) est-il une réalité ? Comment le déploiement de la Fibre Optique et du Très Haut Débit bouleversent-ils les prévisions d'hier ?

 

Essayons d'y vois plus clair, en commençant par un petit retour en arrière.

 

L'étonnant parcours du logiciel en mode locatif.

 

2000 ! Après l'éclatement de la bulle Internet, on assiste à l'adaptation des outils informatiques et téléphoniques, au nouveau mode de communication par le Web et l'e-mail, c'est la naissance d'un premier logiciel en mode locatif proposé par les ASP (Application Service Provider).

Les promesses se heurtent cependant à deux obstacles, l'un connu: le débit Internet insuffisant, l'autre plus subtil: le degré de confiance du manager vis-à-vis du prestataire à qui il confierait, via l'externalisation des logiciels et des serveurs, la "vie de sa société"...

 

Le logiciel en mode locatif souffre mais ne se rend pas, car il a pour lui de répondre à une logique économique, pour les deux parties:
- Côté utilisateur: pas d'investissements en serveurs et logiciels, pas de charge de maintenance, pas de souci informatique et pas de charge de personnel informatique interne, ni de prestataire externe.
- Côté prestataire: je loue mes services sur une durée sous forme de récurrent mensuel, je mutualise, j'augmente mes marges, je ne me déplace plus chez mes clients pour les dépannages, je couvre une zone géographique plus vaste par mon commerce électronique de logiciels, etc.

 

Mais pour que ces solutions renaissent de leurs cendres il faut leur donner un nouveau nom: le logiciel en mode locatif devient Saas (Software As a Service), et la virtualisation des serveurs se rapproche du ciel en devenant le Cloud Computing. Parallèlement, l'obstacle majeur au développement de l'ASP tombe avec le déploiement de la fibre optique.

 

Il reste le deuxième obstacle: la confiance accordée au prestataire. Et là encore les points de vue divergent, renforçant ainsi l'incertitude des patrons de PME sur la bonne décision à prendre. Et retardant du même coup la mise en œuvre de la "bonne solution".


Exemple: selon la dernière enquête de l'ISACA (1), "un quart de ceux qui l'ont expérimenté, estiment que les bénéfices du Cloud sont inférieurs aux risques encourus". Soit ! Mais, un quart ne font toujours que 25%. Et les autres? Doit-on comprendre que 75% des personnes interrogées considèrent, elles, que les bénéfices du Cloud sont supérieurs aux risques ? De même, toujours selon la même enquête "35% estiment qu'ils ne se laisseront pas séduire", cela signifie-t-il que 65% sont prêts, eux, à se lancer dans l'aventure ? Éternel problème du verre à moitié plein ou à moitié vide ! Mais qui n'aide pas vraiment notre patron de PME à se faire une idée...

 

Pour d'autres, dans une étude publiée pratiquement le même jour que celle de l'ISACA, le Cloud est au contraire une percée dans le nuage d'incertitude: selon SITSI2, "le Cloud devient le vecteur de convergence entre l'univers informatique et celui des télécommunications... L'année 2010 sera celle de l'entrée des opérateurs sur le marché du Cloud Computing, qui est aujourd'hui au cœur des stratégies Télécoms en Europe". Cet acte de confiance des opérateurs est-il une fois encore un simple acte d'espérance ou est-il basé sur une conviction raisonnée ? On ne peut ici s'empêcher de rappeler le scénario de Salesforce. Décrié par certains à ses débuts il y a dix ans, ce logiciel de CRM est cependant devenu depuis l'une des plus grandes success story de l'informatique.

Alors, mettons-nous à la place du patron de PME: qui croire ?


Pourquoi y croire?


Faut-il parier sur l'avenir du Saas et du Cloud ? Est-ce que cette fois la mayonnaise prendra ?

 

Pour moi la réponse est oui sans hésitation ! D'ailleurs la mayonnaise a déjà pris. En France, depuis dix ans plus de 600 millions d'euros de chiffre d'affaires sont réalisés chaque année par des dizaines de prestataires sur une offre de sauvegarde en mode Saas.

Orange revendique 500 000 utilisateurs d'entreprise en mode Cloud téléphonique, et Acropolis Telecom 50 000, et la croissance dans ce domaine est de 25 à 35%.

Compubase estime le marché Européen du Saas à 5% du marché des logiciels, mais confirme que sa croissance est très dynamique. Mais surtout cette fois, toutes les conditions sont réunies et les pronostics s'appuient sur des indices incontestables: haut Débit, offres plus matures, prestataires organisés et, cerise sur le gâteau, la confiance des géants à l'exemple de Microsoft Office ou Open Office de Sun en mode locatif.

 

Cette confiance des grands acteurs s'appuie sur un argument solide : le HD et THD ouvrent les portes à tous les choix ! Dans le passé, une entreprise travaillant en réseau local à 100MB/S ne pouvait décentraliser ses serveurs dans des salles blanches dédiées et était liée à ses serveurs avec une capacité de 2 à 8 MB/S qui est la capité des liens disponibles en Transfix ou Xdsl. Aujourd'hui même si le prix de HD & THD est légèrement plus élevé que la XDSL, les économies générées par les usages des serveurs irtuels en Cloud ou les logiciels en Saas sont incontestables.

 

Enfin, ajoutons que Saas et Cloud vont dans le sens du Green IT car ils centralisent et mutualisent les serveurs : 100 serveurs à un seul endroit bien alimentés en électricité consomment moins d'énergie, pour 500 entreprises, que 500 serveurs répartis sur 500 sites différents... Et sur ce point là au moins, l'arithmétique n'est pas discutable.


 

1 : ISACA (Information Systems Audit and Control Association) "Regroupe 86 000 professionnels du secteur IP". L'étude a porté sur les réponses de membres dans la zone EMEA. Publié dans Distributique le 23-03-2010 "Le Cloud Computing ce mal aimé".


 
2 : Étude SITSI "Panorama du marché des logiciels et services informatiques" ITRmobiles 31-03-2010. 

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