Migrer vers IPv6 en évitant les pièges

Fort heureusement, la prochaine génération d’adresses en 128 bit et sous IPv6 ne connaîtra pas les limites de l'IPv4. Pour autant, la migration vers ce nouveau protocole ne sera pas de tout repos…

Les deux protocoles IPv4 et IPv6 ne sont pas compatibles via une simple conversion binaire. Les équipements réseau conçus pour IPv4 ne peuvent router efficacement le trafic internet sous IPv6. Certes, Internet Protocol version 6 prendra en charge les paquets IPv4, mais l'adaptation de ces paquets d'une version à l'autre risque de n'être pas si simple, sans oublier bien sûr les problématiques de rétrocompatibilité.

Interopérabilité réseau

Essayons d'en évaluer l'impact sous l'angle plus large de l'interopérabilité réseau. La communauté d'Internet : les fournisseurs de services de connectivité, de transit, de colocation et autres sont innombrables. Ces différents acteurs ne migreront donc pas en un bloc et de manière coordonnée vers IPv6, ce qui souligne des risques de défaillance pendant la période de transition, d'autant, qu'à ce jour, une migration aussi importante est une grande première.

Au-delà de la problématique d'interopérabilité, IPv6 permettra sans doute les performances à l'échelle des infrastructures de routage et de commutation sur Internet. La majorité des équipements qui gèrent le trafic utilise des composants ASIC spécifiques, conçus pour les flux sous IPv4. Si les équipementiers ont préparé leurs produits à IPv6 via des mises à jour logicielles, notons que les composants ASIC personnalisés ne peuvent être mis à jour : c'est donc le processeur qui subira l'essentiel des charges liées au routage.

Sauf qu'un routeur classique ne dispose pas de ressources CPU importantes, justement parce qu'il dispose de composants ASIC. Résultat ? Le routage du trafic IPv6 ralentira considérablement les débits. Les routeurs et cartes qui fonctionnaient jusqu'à présent selon des automatismes bien huilés commenceront à fléchir face à des besoins en performances toujours plus importants imposés par IPv6. Selon certains experts, le niveau de performances pourrait chuter de  60%.


Expérience utilisateur

N'oublions pas les problématiques d'expérience utilisateur et de performances des sites web. Les équipements sans fil et les équipements réseau résidentiels sont nombreux à ne pas être prêts pour IPv6. Si les systèmes d'exploitation les plus récents sont compatibles à IPv6, sur le terrain, il existe encore des millions d'individus qui continuent à utiliser des systèmes d'exploitation plus anciens, compatibles à IPv4 uniquement. Les éditeurs de contenus, les fournisseurs d'accès Internet et les réseaux de publicités devront donc s'adapter à cette dualité dans les années à venir.

Enfin, c'est le ranking des moteurs de recherche qui risque d'être perturbé. Google migre massivement vers IPv6 et, à l'avenir, les pages de résultats de recherche risquent fort de faire la part belle aux serveurs et sites web déjà compatibles avec IPv6. D'ores et déjà, en accédant à Google via IPv6, le moteur de recherche affiche des résultats pour les sites compatibles à IPv6. En revanche, les sites qui n'ont pas été mis à jour ne sont pas affichés pour les utilisateurs sous IPv6, bien que ces derniers puissent y accéder via des passerelles.

Ainsi, la migration vers IPv6 aura de nombreux impacts. Tous les opérateurs réseau devront donc coordonner leurs efforts pour s'assurer qu'Internet reste largement disponible et compatible aux deux versions du protocole IP. Ces mêmes opérateurs devront également assurer une migration rapide entre IPv4 et IPv6. Enfin, ces opérateurs réseau, ainsi que les éditeurs de contenus, les acteurs de l'e-commerce, les réseaux publicitaires et les fournisseurs d'accès Internet doivent envisager une architecture capable de prendre en charge IPv4 et IPv6 dans un futur proche.

Note salée ?

La note sera-t-elle salée? Peut-être... En fait, de nombreux fournisseurs d'accès à Internet souhaitent répondre à la problématique d'interopérabilité via une méthode "dual-stacking" qui consiste à maintenir des équipements réseau déployés en parallèle pour prendre en charge de manière distincte le trafic IPv4 et le trafic IPv6.

Maintenir un réseau, son contenu Internet et l'infrastructure de fourniture de données sous-jacente reste complexe et coûteux, d'autant qu'il s'agit de faire le grand écart entre deux mondes (IPv4 et IPv6). Il s'agit par exemple de déployer des serveurs proxy pour convertir le trafic dans la version IP requise. Une solution partielle puisque les utilisateurs risquent quand même de ne pouvoir se connecter si le DNS du site ou du réseau de destination n'utilise pas la même version du protocole IP : dans ce cas la connexion « se casse » avant que l'utilisateur n'accède au serveur Web.


La solution du CDN


Une autre solution consiste à déléguer la compatibilité à IPv6 à un réseau CDN (Content Delivery Network). Ce CDN fournira la totalité des sites et contenus web et prendra en charge l'ensemble des requêtes extérieures de pages.
 
Dans un tel scénario, le CDN sert de relais et d'interface publique IPv6 à un réseau publicitaire, un site d'e-commerce, un éditeur de contenu ou un réseau social.

Ce CDN assure toutes les tâches d'adaptation et de mise en forme à l'échelle du contenu et non des paquets IP. Avec cette approche, les objets et autres éléments sont récupérés à partir du serveur d'origine via IPv4 et seront mis à disposition de l'utilisateur via IPv6. Cette approche va maîtriser les problématiques de confusion et de compatibilité avec les moteurs de recherche, les fournisseurs d'accès Internet et les serveurs DNS qui obtiendront du CDN une adresse IPv6 valide qu'ils pourront utiliser.

Autre point important, le même réseau CDN peut être utilisé pour continuer à offrir un trafic IPv4 aux utilisateurs et réseaux qui fonctionnent avec ce protocole. Le réseau CDN devient ainsi une zone tampon qui permet satisfaire tant les early adopters d'IPv6 que les adeptes d'IPv4. La problématique de double compatibilité est ainsi résolue.
 
Si cette problématique est appelée à s'estomper avec le temps, la transition vers IPv6 s'opérera néanmoins sur plusieurs années et, pendant ce temps, le web sera bipolaire, avec la coexistence d'un héritage acquis et d'un nouvel univers.

Pour les directions informatiques, la meilleure des initiatives consiste à se pencher sur toutes les options possibles pour assurer le lien entre IPv4 et IPv6, tout en considérant, dès à présent une migration totale vers IPv6. Il s'agit d'associer les fournisseurs d'équipements à chaque étape de cette démarche pour éviter tout impact sur l'activité de l'entreprise. Bien qu'il s'agisse d'un réel défi, la mutation qui s'opère aboutira à une meilleure sécurité et à des transactions plus rapides. Elle garantira également que tous vos clients pourront se connecter à votre site et services web, sans exception.

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