L’accalmie digitale : une opportunité pour les retardataires

Une relative accalmie dans l'évolution des technologies offre une opportunité unique à ceux qui ne s'y ont pas mis de rattraper leur retard dans le digital.

La montée en puissance du numérique commencée avec l’informatique personnelle et poursuivie avec l’expansion des technologies issues du Web arrive à un palier, avant la prochaine vague, celle du tout connecté. Les innovations induites par ces changements successifs ont touché tous les pans de l’entreprise et pour la plupart, elles ne sont pas encore parfaitement assimilées avec toutes leurs conséquences, notamment en ce qui concerne la digitalisation par la collaboration et la socialisation des processus internes de l’entreprise ou la création de nouveaux produits et services tirant profit du digital. 

En effet, d’après les théories de l’innovation, celle-ci se diffuse dans la société en suivant un processus qui touche différentes catégories de consommateurs, des plus enthousiastes jusqu’aux plus réticents à la technologie. E.M. Rogers a modélisé ce processus par une courbe de diffusion (dite courbe en S ou courbe en cloche) en y associant les différents profils de consommateurs correspondant aux différentes phases d’adoption. Le challenge pour une innovation est d’arriver à passer d’une diffusion confidentielle (innovators et early adopters) à une diffusion de masse (majorité avancée et retardée) qui représente plus de 60 % d’utilisateurs. Or, comme l’ont montré les historiens de mentalités, l’évolution de ces dernières se fait dans un temps long. Par conséquent, toutes les ruptures technologiques majeures ont été suivies par un temps d’appropriation pendant lequel les innovations de rupture suivantes opèrent en arrière-plan, sans que les principaux acteurs ne s’en trouvent directement affectés. C’est précisément le cas au moment présent.
Ainsi, même si le monde bruit de nouvelles inventions chaque jour, on observe une certaine stabilisation dans l’univers d’internet; les prochaines ruptures sociétales viendront du transfert de nombreuses activités vers l’économie de partage, de la disparition (ou de l’affaiblissement) des acteurs jugés aujourd’hui  incontournables et aussi de l’impression 3D, de la robotique et du tout connecté.  Elles n’en sont encore qu’à leurs débuts alors que les technologies collaboratives, la digitalisation de l’entreprise et les outils qui les sous-tendent sont éprouvés et connus. Il est donc temps pour ceux qui ont jusque-là observé un grand attentisme dans l’adoption des technologies numériques, de franchir le cap. L’année 2015 leur offre cette opportunité, avant les nouveaux bouleversements.
En effet, les leaders digitaux, les early adopters, ont atteint une asymptote et sont arrivés à un point où il faut faire beaucoup d’efforts pour obtenir des améliorations faibles en attendant la prochaine marche ; c’est donc une occasion rêvée de se lancer dans l’aventure pour tous ceux qui ont eu pour toute ambition digitale, un simple site internet et un intranet de communication statiques.

Pourquoi franchir le cap en 2015 ?

Pour les réticents et les sceptiques le moment est idéal. Les solutions collaboratives ou sociales bénéficient – pour les plus répandues d’entre elles – d’un nombre important de références. Par conséquent, si on souhaite franchir le cap de la collaboration, le choix de l’outil est plus simple car le darwinisme technologique a rempli sa fonction, les défricheurs ont testé diverses solutions et des champions ont émergé.
Il en est de même pour ce qui relève des technologies du Web : tous les domaines (e-commerce, médias sociaux, analytics, etc.) ont aujourd’hui leurs leaders et leurs challengers. L’étude de l’existant permet de déterminer rapidement les solutions qui correspondent aux besoins et ce sans prise de risque.
Cette situation relativement unique offre la possibilité de rattraper le retard dans le digital et de se mettre à niveau en un laps de temps bref. Elle permet donc à tous ceux qui en doutaient encore de découvrir la puissance des technologies digitales dans la création de nouveaux champs d’activité. De plus, tout est devenu plus facile, le retour d’expérience permet d’éviter de se fourvoyer, tant dans la technique que dans la définition de la gouvernance ou encore l’organisation des informations et connaissances. On connaît les meilleurs, on sait ce qui marche et ce qui marche moins, on peut bénéficier des trucs et astuces et des conseils dans tous les domaines.
Il est aussi grand temps pour les managers qui ne l’ont pas encore fait d’écouter simplement leurs équipes, bien plus motivées pour utiliser les outils collaboratifs qu’eux-mêmes et bien moins réticentes que ce qu’ils imaginent. Le management « à l’ancienne », hiérarchique, statique, « surprocessé », réifié, devrait définitivement être abandonné car seules les entreprises ouvertes, agiles, flexibles, « désilotées » et transversales survivront à la compétition digitale féroce qui bat son plein.
Avant de conclure que vos équipes ne sont pas mûres pour le changement digital, vérifiez qu’il ne s’agit pas plutôt de votre/vos DSI et managers intermédiaires.
En effet, la DSI n’est souvent pas prête à franchir le cap, par manque de compétences (combien de DSI issus d’informatique industrielle ou de gestion restent désemparés par le digital ?), par méconnaissance du Cloud ou par peur de la remise en cause d’applicatifs métiers développés il y un siècle. Par peur de l’inconnu technologique, ils retardent les échéances. Pour d’autres raisons, les managers intermédiaires peuvent aussi freiner de quatre fers. Quel sera mon rôle ? Mon poste pourrait-il être remis en cause ? A quoi je sers dans une structure horizontale centrée sur l’échange et le partage d‘informations ? Par peur de l’inconnu organisationnel, ils retardent les échéances.
Et si on décide d’attendre ? Après tout, si on se fait l’avocat du diable, on peut dire que si on a attendu jusque-là, on peut attendre encore. Ce serait une grave erreur de jugement, car une occasion pareille ne se présentera pas plusieurs fois de suite. Il ne faut jamais oublier que des très grands (Kodak, Blockbuster) ont attendu parce qu’ils ne « croyaient » pas que le changement puisse les atteindre.
On sait ce qu’il en advint ! Nul n’est à l’abri aujourd’hui d’une start-up, d’un nouvel acteur qui en très peu de temps peut complètement modifier les règles du jeu du marché (il suffit de penser à Uber ou Airbnb) et placer un leader sur la touche ou dans une situation de concurrence exacerbée. Donc, un conseil : ne ratez pas l’opportunité d’un rattrapage digital en 2015. En 2016, il sera trop tard !

 

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