Transformation numérique : pourquoi les APIs sont-elles aussi stratégiques ?

Création de valeur, extension géographique, développement de revenus complémentaires, meilleure compétitivité, agilité, contrôle des coûts, sécurité... Autant de mots qui reflètent l'apport de valeur d'une stratégie numérique efficace supportée par les APIs.


Il n’est plus besoin de présenter les APIs Web, ces technologies d’intégration REST ou SOAP basées sur le protocole HTTP. Largement adoptées ces dernières années par les développeurs, les APIs font aujourd’hui partie intégrante de l’univers applicatif.

Les APIs établissent en effet le contrat entre les interfaces utilisateur et les services embarqués par les serveurs applicatifs. On retrouve cela aussi bien dans l’utilisation des frameworks comme AngularJS, le développement d’applications mobiles, l’intégration avec les réseaux sociaux et avec le Cloud, voir même plus récemment dans l’univers des objets connectés.

Mais qu’en est-il de leur adoption à un niveau plus large, dans une démarche stratégique ?

Les réalités du marché ne trompent pas : Google, Amazon, Facebook, Twitter, Uber, Netflix, Expedia ont très tôt basé leur modèle d’innovation et de développement sur l’ouverture à un écosystème plus large à l’aide de leurs APIs.

D’une part, cela permet aux partenaires traditionnels d’avoir une plus grande liberté dans l’utilisation du service grâce à une personnalisation du mode de distribution.

D’autre part, cela étend l’écosystème à de nouveaux partenaires technologiques capables d’embarquer les services de l’entreprise dans des produits innovants s’inscrivant dans une chaîne de valeur plus large.

Quid de nos grandes entreprises traditionnelles ?

Nos grandes entreprises, plus traditionnelles, doivent elles passer à côté de cette nouvelle économie numérique ? Certainement pas mais le défi est de taille pour ne pas être pris de court par les géants de l’Internet. La révolution numérique touche jusqu’aux secteurs les plus traditionnels comme les taxis (avec Uber) ou l’hôtellerie (avec Airbnb). Heureusement, de plus en plus nombreuses sont les organisations ayant déjà commencé leur transformation numérique , comme en témoigne AXA qui investit en 2015 450M€ dans le digital, portant à 950M€ le montant sur la période 2013-2015¹

Une telle transformation n’est pas anodine : elle  touche toute l’organisation et doit être soutenue par une vision stratégique portée par le comité Exécutif. Elle doit être articulée à tous les niveaux et être accompagnée d’agilité qui défie souvent la structure par silos des entreprises. Il ne s’agit plus de confier des initiatives non stratégiques à une équipe de Marketing Digital comme cela a pu être le cas pendant plusieurs années, mais bien un changement beaucoup plus profond dans la façon de penser et d’opérer son business model.

D’un point de vue RH, les entreprises sont amenées à s’entourer d’équipes marketing et techniques « digital natives » capables de comprendre les enjeux qui se dessinent derrière les innovations qui bouleversent l’ordre établi. Des évangélistes internes ont pour rôle de faire le lien avec ces équipes et la Direction Générale afin d’intégrer les enjeux digitaux dans la stratégie globale de l’entreprise.

Quels impacts sur l’organisation du système d’information ?
Le lien entre le métier et l’informatique n’a jamais été aussi fort avec des équipes marketing de plus en plus techniques et des développeurs capables de comprendre à leur tour les opportunités du marché.

Les défis à relever par le système d’information pour supporter la transformation numérique sont complexes. L’historique, communément appelé « legacy », est disparate et difficile à faire évoluer. Il est bien évidemment essentiel de maintenir en condition opérationnelle ces systèmes acquis au cours des dernières dizaines d’années. Mais au-delà de cela, le DSI doit réfléchir à rendre son système d’information plus agile afin de répondre à des évolutions marché à cycles de plus en plus courts.

Cela passe par une réorganisation des équipes en distinguant celles en charge de l’existant de celles en charge de travailler avec les entités marketing et commerciales en mode itératif  Il s’agit du fameux « bi-modal IT ». D’un côté les systèmes à vocation numérique - « Built To Change » - de l’autre des systèmes plus traditionnels souvent historiques - « Built To Last ».

Les technologies employées doivent soutenir cette agilité. Pour cela, les dernières architectures qui se dessinent visent à étendre l’usage des APIs comme liant entre les applications afin d’unifier le plus possible les technologies d’intégration et d’attirer les nouvelles générations de développeurs. Les APIs servent non seulement à s’intégrer avec le mobile, le Cloud, les réseaux sociaux et les partenaires, mais elles permettent aussi un nouveau mode d’intégration des applications internes entre elles en introduisant une couche de médiation masquant la complexité d’intégration sous-jacente. L’ensemble de ces usages constitue le marché de la gestion des API, « API Management ».

Selon le cabinet d’analyste Forrester, le marché des solutions de l’API Management devrait quadrupler d’ici 2020, soit de belles perspectives en vue pour ce marché.

Mes observations terrain confirment cette tendance. De plus en plus de projets numériques autour des APIs se mettent en place dans de  nombreux secteurs : banque, assurance, fournisseurs d’énergie, laboratoires pharmaceutiques, constructeurs automobile, voire même les administrations. Objectif : gains de flexibilité, réactivité, compétitivité et réduction des coûts. 

¹Présentation de l’Assemblée Générale des actionnaires d’AXA du 30 avril 2015, http://www.axa.com/lib/fr/uploads/ag/2015/AXA_presentation_AG_2015.pdf

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