Slack : la simplicité d'un service, la puissance d'une plateforme

Les réseaux sociaux d'entreprise sont-ils dépassés ? En tous cas, Slack porte un formidable coup aux outils de collaboration traditionnels en se positionnant en plateforme d'agrégations de services. Pour le plus grand plaisir des utilisateurs qui sont déjà des dizaines de millions à l'avoir adopté !

« Slack dites-vous ? » Ce service, que certains qualifieraient de nouvelle lubie tout droit venue de Californie par et pour des geeks, se révèle être une extraordinaire plateforme de collaboration en entreprise, et sans aucun doute une licorne incontournable du marché dans les prochains mois.

Bon nombre de grandes entreprises dans le monde testent ou ont d’ores et déjà adopté ce service révolutionnaire, la France n’étant d’ailleurs pas en reste avec des sociétés utilisatrices comme Blablacar par exemple.

Nous proposons ainsi quelques réflexions autour de ce nouvel acteur, qui militent en faveur d’une explosion de son déploiement et de son utilisation en entreprise, de façon plus ou moins contrôlée, et plus ou moins généralisée.

La simplicité d’un service

Ce qui saute au premier regard lorsque l’on se lance dans l’aventure Slack, c’est la facilité pour créer son domaine puis ses espaces de discussions. Tout est à portée de clics. Puis vient l’heure de la première discussion. Graphiquement, on fait un saut vingt ans en arrière, au temps des premiers chans (ou channels) IRC. C’est d’ailleurs la philosophie qui se cache derrière ce service. Aussi simple que les services IRC, mais avec la puissance offerte par les APIs et les nouveaux services SaaS. Nous développerons ce point dans la seconde partie.

Ainsi donc, chaque salle de discussion peut être privée (restreinte au groupe d’invités choisi par l’administrateur de la conversation) ou publique à l’ensemble de l’entreprise. Les messages s’enchaînent, pas de possibilité de répondre à un message en particulier, mais la possibilité est offerte d’interagir directement et publiquement sur le fil de discussion, comme on le ferait sur un groupe Whatsapp par exemple mais avec la puissance et les fonctionnalités que nous apporte le HTML5. Si besoin, on peut également s’engager dans une conversation privée, avec une fonctionnalité intéressante d’appel audio, et sans aucun doute bientôt vidéo en Web RTC.

Voilà pour la vision fonctionnelle de cet outil. Nous n’allons pas détailler l’ensemble des options offertes aux entreprises et aux membres pour faire de cet espace, un lieu de partage privilégié au sein de l’organisation.

Au-delà des fonctionnalités, c’est bien la notion de simplicité et d’universalité qui confère toute sa force à ce nouveau service. Que ce soit pour des projets de courte durée, des discussions suite à un rendez-vous, une communication au quotidien sur des problématiques opérationnelles ou la recherche de support ou de conseils sur des problématiques partagées, tout est prétexte à créer une nouvelle salle de discussion. L’avantage réside également dans la simplicité à supprimer ces espaces de conversations éphémères.

Nous sommes au-delà d’un réseau social d’entreprise, bien souvent cantonné à une communication asynchrone, sur de la recherche d’expertises ou de la recherche d’informations ponctuelles. Avec Slack, c’est un véritable outil de collaboration instantanée qui s’ouvre au monde professionnel, avec une facilité d’utilisation en mobilité et ce, depuis n’importe quel type d’appareil, avec une expérience utilisateur prolongée. Mais vous l’aurez compris, ce service n’aurait pas conquis bon nombre de licornes internationales (Blablacar en tête de pont pour la scène française par exemple), s’il n’avait su s’appuyer sur la puissance de démultiplication acquise grâce à son positionnement en tant que plateforme.

Car Slack est certes un service disposant de ses propres fonctionnalités, mais propose surtout une intégration avancée et incroyablement simple d’utilisation à des centaines de services et applications diverses et variées. Et c’est bien ce positionnement affirmé comme une plateforme de collaboration qui séduit les équipes projet comme les directions générales.

La puissance d’une plateforme

Les GAFA, et maintenant les NATU dans une moindre mesure, ont su s’imposer comme des entreprises pionnières de premier plan à leur époque grâce aux innovations des services qu’elles proposaient. Toutefois, elles n’auraient pu conquérir les empires qui sont désormais les leurs, à la seule force de ces services.

Pour renforcer cette position dominante, chacune de ces stars des marchés financiers a su se transformer plus ou moins rapidement pour devenir une plateforme, proposant bien plus que les services sur lesquels elles s’étaient créées. Ainsi, Facebook par exemple, qui, au travers de sa plateforme « Developers », permet à des particuliers ou des sociétés d’être rémunérés pour les applications qu’ils mettent à disposition des utilisateurs de Facebook au travers du socle technologique proposé par le géant californien. Sans quitter son interface Facebook, l’utilisateur peut alors naviguer de jeu en services additionnels (menus de restaurant, commandes de billets d’avions, recherche d’un job…).

Comme Henri Verdier et Nicolas Colin l’ont si bien développé dans leur ouvrage « L’âge de la Multitude », ces champions du Net ont vite compris l’importance et su tirer pleinement profit de la multitude. Cette multitude, c’est vous, c’est nous. Nous sommes ainsi les premiers créateurs de la valeur de tels acteurs.

Slack a eu la bonne idée de concentrer son développement sur cet axe incontournable de l’économie « uberisée ».

Ainsi, on compte plusieurs centaines de services intégrables bien souvent d’un simple clic à son espace Slack d’entreprise. Qu’il s’agisse de services de visioconférence, de mindmapping, de gestion des ressources humaines, de gestion de tâches, de gestion documentaire, ou de traduction instantanée, la plateforme de collaboration de l’entreprise peut être modelée selon les désirs des employés et du management. Et si par hasard, un service vient à manquer, chacun est libre de le développer en profitant des APIs proposés par Slack pour venir s’intégrer à l’écosystème de services additionnels.

D’une simple commande « / », on déclenche une action, peu importe que celle-ci soit alors exécutée par le service Slack ou par un service tiers, tout est remonté dans la fenêtre de discussion, lieu central d’information pour une équipe donnée. On peut même utiliser cette plateforme pour centraliser une veille d’entreprise, grâce aux intégrations et automatisations possibles avec des services tels que Twitter.

Certes, ce mode de fonctionnement se prête en apparence mieux à des échanges instantanés, où l’information a une durée de vie très courte (quelques minutes ou quelques heures). Mais on peut tout à fait envisager de généraliser cette plateforme pour l’ensemble des besoins communicationnels d’une entreprise, notamment grâce à des services tiers et des espaces de discussions spécifiques (par exemple, un channel dédié aux communications descendantes, ou encore un channel dédié aux offres d’emplois proposées par l’entreprise à un instant T). Et dans mon entreprise ?

Bien souvent échaudés par de lourds et coûteux projets de déploiement de systèmes de messagerie, de messagerie instantanée, puis de réseaux sociaux d’entreprise, certains responsables informatiques craignent que ce nouveau phénomène ne les obligent à revoir l’ordre établi, sous la pression croissante des utilisateurs. 

En effet, vous l’aurez compris, Slack est en passe de devenir un incontournable en entreprise. Mesdames et messieurs les DSI ou les CDO, préparez-vous donc à voir les demandes affluer pour proposer cette plateforme au sein de votre organisation, avant  que Slack n’intègre ce désormais célèbre « côté obscur de l’IT », le « shadow IT » , si ce n’est pas déjà trop tard…

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