Cyril Zimmermann (Acsel) "Il est urgent de libéraliser le secteur de la formation"

Si le président de l'Acsel était élu pour diriger la France, ses premières mesures viseraient à fluidifier le marché de l'emploi et à réorienter l'effort de formation et d'investissement public.

JDN. Vous président, quelle est la première décision que vous prendriez pour soutenir le secteur du numérique ?

Cyril Zimmermann est le président de l'Acsel, association de professionnels du numérique. © Acsel

Cyril Zimmermann. Je me contraindrais pendant un temps à arrêter de légiférer, hors lois de finances et budget de la sécurité sociale. J'éviterais d'édicter de nouvelles réglementations. Je me concentrerais ainsi sur un "Etat manageur" qui gérerait les ressources en place et optimiserait ce qui existe. Quand on est chef d'entreprise, artisan, professeur, membre d'une association... on est confronté à un cadre juridique qui évolue en permanence. Mais on ne peut pas piloter une entreprise, une association, un collectif en changeant le règlement sans arrêt ! Qu'ils soient de droite ou de gauche, les gouvernements qui se sont succédé à la tête de la France n'ont cessé de légiférer à tort et à travers. On aboutit à un cadre réglementaire lourd et instable, introduisant sans cesse de nouvelles contraintes. Sans compter que ce cadre peut aussi manquer de cohérence.

La loi Thévenoud qui visait à encadrer l'activité des VTC est un bon exemple de cette dérive. Le pouvoir politique a voulu donner l'impression d'agir et répondre à la demande des taxis et des VTC en faisant voter une loi sur le sujet. Mais un an après son adoption, le dispositif prévu n'a été que très partiellement mis en œuvre notamment en matière de formation et de délivrance des cartes professionnelles (les décrets encadrant le dispositif de formation et d'examen des conducteurs de VTC ne sont toujours pas entrés en vigueur, ndlr).

Quelles seraient vos principales mesures en matière d'emploi ?

La main d'œuvre est un pilier central du secteur numérique. En matière d'emploi, la réglementation doit être simplifiée. CDI, CDD, intérim, charges sociales… Le cadre est beaucoup trop complexe, et ne permet pas de recruter simplement. Beaucoup de start-up ou de PME font appel à des CDD. Ce type de contrat répond à leur besoin en matière de flexibilité vu le peu de visibilité à moyen et long terme dont elles disposent à leur début. Mais le CDD est coûteux pour la collectivité et peu sécurisant pour les salariés. Et parfois, les premiers CDI qu'elles signent bénéficient essentiellement aux diplômés de grandes écoles avec qui, en cas de trou d'air dans l'activité, la rupture à l'amiable est plus simple car ils savent qu'ils vont retrouver facilement un emploi. Cela créée donc une situation sous optimale et inégalitaire.

Plus spécifiquement, que préconisez-vous en matière de formation ?

Il est urgent de libéraliser le secteur de la formation qui est soumis à des règles d'agrément dépendant de critères obscurs. La plupart des organismes de formation professionnelle sont en effet assez peu compétents, car trop éloignés de ce que vivent les entreprises. Par ailleurs, les contraintes imposées aux entreprises en matière d'effort de formation aboutissent à des aberrations car tout doit être géré à l'intérieur d'une année civile. On ne gère pas la formation des équipes sur un horizon de 12 mois... Résultat, soit les entreprises paient ce qu'elles n'ont pas consommé, soit elles consomment bêtement de la formation chaque année. Ce système est tout sauf efficace.

"Il serait pertinent de promouvoir des formations gérées par les entreprises à 100% en interne"

Il serait beaucoup plus pertinent de permettre de lisser sur le long terme les budgets prévus en matière de financement de la formation et de promouvoir des formations gérées à 100% en interne, à travers lesquelles les nouveaux arrivants seraient formés par les équipes en place. Cette approche serait nettement plus qualifiante et productive pour des métiers neufs qui évoluent très vite.

L'immigration est également un sujet sur lequel vous prenez position. Que préconisez-vous ?

C'est un thème clivant idéologiquement. Nous ne prenons pas position frontalement sur la question. Ce n'est pas notre rôle. En revanche, considérer l'immigration comme une contrainte n'est pas la bonne posture. C'est au contraire une opportunité. Le secteur numérique français repose avant tout sur des ressources humaines et des compétences. Pour le promouvoir, mieux vaut être un pays ouvert et attractif. Or, pour rendre nos territoires attractifs, l'Etat a un rôle clé à jouer. Cela passe comme je l'ai déjà évoqué par un environnement réglementaire plus simple pour fluidifier le système économique. Cela passe également par un renforcement des politiques publiques autour de l'aide à l'investissement dans le secteur numérique.

Justement, quelle est votre vision de l'aide publique à l'investissement ?

La politique initiée pour soutenir la French Tech, notamment via la BPI, est positive. Elle a suscité un effet d'entraînement et permis de mieux faire connaître les dispositifs de financement existants, à la fois privés et publics. Cette politique doit être poursuivie en ciblant d'autres segments de l'innovation technologique. Je pense notamment à la MedTech. C'est un domaine très dynamique en France, avec des pôles d'activité à Bordeaux, Paris et Marseille, qui pourraient bénéficier à plein de ce type d'incitation et de visibilité.

Je pense également au secteur de l'économie collaborative. C'est un domaine qui pourrait bénéficier d'un soutien des collectivités locales. Elles sont en effet bien placées pour initier et promouvoir des services de partage locaux.

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