Olivier Andrieu (Abondance) : "La recherche universelle peut bousculer le positionnement"

Recherche universelle, pagerank, réseaux sociaux, landing page, Olivier Andrieu, spécialiste du référencement, revient sur les grandes problématiques pour réussir sur les moteurs de recherche.

La recherche universelle : est-ce pour vous une opportunité dans l'optimisation ?
Bonne question. La recherche universelle consiste, pour Google, à afficher des résultats émanants de diverses bases : images, vidéo, news, etc. C'est une opportunité, donc si on réfléchit "multimédia", son référencement.

La recherche universelle demande, aujourd'hui, à optimiser ses images et ses vidéos, à réfléchir à son référencement sur Google Maps, et sur Google News. Dans ce cadre-là, c'est une opportunité. Si on réfléchit uniquement "web", cela peut poser pas mal de problèmes...


Les réseaux sociaux comme nouvel outil d'optimisation et la dernière mode en matière de référencement : qu'en pensez-vous ?
La notion de réseau social est assez vague... Je dirais que l'utilisation de digg-like comme Digg, Wikio, Scoopeo, etc., peut vraiment être un plus en termes de référencement, de netlinking, etc. Le réseau social en lui-même (Facebook, Linkedin, etc.) peut être très porteur en termes d'apport de trafic direct, mais peut-être moins pour le référencement naturel...

En revanche, je crois beaucoup au réseau social dans la recherche d'infos avec des projets comme Wikia search. L'avenir dira si ça marche, mais je trouve l'idée géniale...


Les règles des moteurs ne sont pas toutes les mêmes. Comment faire en sorte que son site soit conforme pour chaque moteur ?
Les règles sont souvent très proches d'un moteur à l'autre. Je pense qu'en suivant celles de Google, qui à mon avis sont les plus explicites, on n'a pas de problèmes avec les autres.

Mais j'y pense... Tout dépend de ce que l'on entend par "règles". Pour moi, il s'agit des règles pour lutter contre le spam (fraude aux moteurs)... Si tu parles des règles d'optimisation, elles sont également assez proches d'un moteur à l'autre. Et aujourd'hui, en France, Google renvoie 90 % du trafic moteur, donc le travail d'optimisation est vite vu je pense.

Sinon, si Yahoo, Live ou Exalead t'intéresse - et j'espère que oui ;-) - il est possible de travailler certaines pages internes du site uniquement pour ces moteurs.


Quels conseils pouvez vous nous donner sur les landing page ? Comment faire une landing page efficace ? Où faut-il insérer des liens vers cette landing page ?
On est là dans le domaine des liens sponsorisés. Les conseils pour faire une bonne landing pages sont souvent les mêmes que ceux pour optimiser une page pour le référencement naturel. Avant tout : bonne homogénéité du 'title', de la balise meta description, du titre éditorial (H1) et du texte visible, avec une bonne réputation (texte des liens entrants sur la page explicite par rapport à son contenu).

C'est un peu court, désolé, mais le format du chat oblige à des réponses assez courtes. Pas facile sur un thème aussi large.

0803 olivier andrieu debise 023r
"Si le contenu est bon, tout s'enchaîne" © Cécile Debise


Peut-on espérer encore se positionner sur des requêtes ultra concurrentielles ?
OUI ;-) C'est en fait la plupart du temps une question de temps. Optimiser son site peut suffire sur de nombreuses requêtes tant qu'elles ne sont pas trop concurrentielles. Dès que les mots clés deviennent très concurrentiels, il faut du temps pour obtenir de "bons" liens entrants qui vont booster le positionnement.

Donc parfois cela peut prendre un an ou deux. Mais la recherche universelle peut bousculer cela. Sur une requête comme "hotel strasbourg" par exemple : il y a 3 liens sponsorisés + un encart "google maps" qui renvoient assez loin le premier lien en référencement naturel, ce qui pose un vrai souci.

Avec une définition d'écran "classique", plus aucun lien "naturel" n'est visible sans utiliser l'ascenseur, ce qui affaiblit beaucoup la visibilité. Mais si l'on ne tient compte que de la visibilité "référencement naturel", oui, j'aurais tendance à dire que tout est possible... avec du temps


Comment faire du linkbaiting ?
Linkbaiting = contenu qui attire les liens. Question assez large, mais je dirais que le principal est de faire du contenu de qualité et du contenu "dont on va parler" : scoops, coups de gueules, traduction d'articles anglais intéressants, etc., puis le soumettre sur des digg-like et à des "leaders d'opinion influents" du domaine qui vont en parler sur leur blog/site. Bref, amorcer la pompe à lien. Faire un fil RSS aussi. Si le contenu est bon, tout s'enchaîne normalement ensuite.


Quelles sont les techniques de référencements actuellement couramment utilisées qui risquent d'être prochainement sujettes à blacklistage ?
On oublie les pages satellites, c'est aujourd'hui du passé. On pourrait citer pas mal de choses : le contenu et les liens cachés me semblent en première ligne des choses à ne pas faire. Le "paid linking" ou le fait d'acheter des liens pour influencer sur le pagerank aussi. En fait, c'est surtout une question de bon sens : dès qu'on veut "passer la frontière", on s'expose à de sanctions.

Le mieux est de ne pas s'imaginer être plus fort que les ingénieurs de Google, car la plupart du temps, le spam est détecté par le moteur sur délation de vos concurrents. Il y a des milliers de choses à faire de façon propre, loyale et honnête avant de tenter d'être "border line". Pour ma part, je pense que si on est pénalisé par Google, on sait la plupart du temps pourquoi. Donc, optimisons nos pages sans suroptimiser et tout se passera bien.


Est-il encore intéressant et efficace de travailler la balise keyword ?
Plein de choses à dire à ce sujet. La balise keywords n'est plus vraiment lue par les moteurs. Vous pouvez donc vous en passer, sauf éventuellement si votre page n'a que très très peu de texte (exemple d'une page 100 % Flash par exemple). Dans ce cas, on peut penser qu'elle a une utilité. Sinon, bof.

En tout état de cause, ne la laissez dans vos pages que si les mots clés qu'elle contient sont en parfaite adéquation avec le contenu de la page. Si elle n'est pas cohérente avec le rédactionnel, il vaut mieux l'enlever. Un truc à ne surtout pas faire par exemple : insérer une balise meta keywords à l'identique sur toutes vos pages. Pas bon.

Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, un référencement ne se joue plus sur le contenu de cette balise.

0803 olivier andrieu debise 015r
"Se lever chaque matin pour regarder le PR de sa page d'accueil, le coeur battant, c'est un combat inutile" © Cécile Debise


Est-il préférable d'avoir plusieurs sous domaine ou des mini-sites ?
Aujourd'hui, un sous domaine (toto.votresite.com) est équivalent à un minisite (www.toto-votresite.com) pour les moteurs. Ce sont deux sites différents. Il y a eu un débat récent sur le fait que Google pourrait ne plus prendre en compte les sous domaines comme des sites à part entière. Mais Matt Cutts (de Google) est revenu sur le sujet ensuite pour dire que c'est toujours le cas.

En revanche, Google sait très bien que certains abusent de la technique des sous domaines pour augmenter leur visibilité. Donc qu'en sera-t-il demain ? Difficile à dire.


Quid du Trusted feed ? Ça vaut le coup ?
Trusted feed = référencement payant = payer pour avoir la garantie d'indexation de ses pages par les moteurs. A noter que le référencement payant n'a rien a voir avec les liens sponsorisés, comme trop de gens le pensent.

Pour moi, le trusted feed, c'est payer les moteurs pour qu'ils fassent leur boulot. Indexer des pages et les mettre à jour dans leur index. Yahoo et Voila/Orange proposent ce type d'offre. Pas Google. J'avoue que le retour sur investissement de ce type de prestation ne me saute pas aux yeux. D'ailleurs, plusieurs moteurs qui proposaient ces offres ont arrêté.

Personnellement, pour tout dire, je ne vois pas trop l'intérêt pour 95 % des sites web. Restent 5 % des sites qui ont un gros catalogue et une forte envie d'être indexés (sans garantie de positionnement) sur Yahoo et Voila. Ceux-là peuvent être intéressés.


C'est quoi alors le référencement payant ?
C'est le trusted feed, ou Paid inclusion, ou Feed XML sous ses autres petits noms. C'est-à-dire payer pour avoir une garantie d'indexation et de fraîcheur de ses pages dans les index des moteurs.


Faut-il ou non tenir compte du pagerank ?
Grande (et bonne) question. Pour moi, il y a deux PR (PageRank) :
- celui qui est vraiment utilisé par Google dans son algorithme de pertinence. Il est mis à jour quotidiennement et n'est pas une note entre 0 et 10 (certainement beaucoup plus précis). Mais on ne le connaît pas (si on ne travaille pas chez Google).
- et celui qui est affiché dans la Googlebar, mis à jour environ chaque trimestre et qui, selon moi, sert à la communication de Google, pour dire "nous avons inventé le PR" (ce qui n'est pas faux, notez bien...), ou pour pénaliser, de façon uniquement visuelle, certains sites qui "vont trop loin". Une façon de "taper sur les doigts" de certains webmasters en leur enlevant des points de PR visible, sans vraiment influer sur leurs positionnements.

0803 olivier andrieu debise 008r
"Le mieux est de ne pas s'imaginer être plus fort que les ingénieurs de Google" © Cécile Debise

Donc, pour moi, se lever chaque matin pour regarder le PR de sa page d'accueil, le coeur battant, c'est un combat inutile. La seule utilité que je vois à cette info, c'est qu'elle peut donner une idée de la popularité d'une page pour obtenir un backlink. Donc, s'intéresser au PR de vos backlinks, pourquoi pas, mais le votre, bof bof bof.

 

Y a t'il des astuces pour se positionner localement ?
Pas facile comme question, parce qu'elle peut amener plusieurs réponses. Mais je pense qu'il faut jouer sur des requêtes contenant des noms géographiques comme "hotel strasbourg", "bar marseille", "restaurant pas cher nantes", etc.

Les noms de lieux doivent donc faire partie intégrante de la stratégie de recherche de mots clés de "tête de longue traîne" (la longue traîne est un sujet passionnant à suivre actuellement). Ensuite, bien regarder comment Google Maps intègre les noms de sociétés locales dans sa partie "entreprise", et s'y référencer.

Autrement, il y a encore les liens sponsorisés qui permettent un ciblage géographique assez fin et qui peuvent être employés de façon complémentaire au référencement naturel.


Google s'entoure de mystères : sandbox, pagerank, googledance... comment savoir ce qui existe ou non ?
Lire des bons sites ;-) Je parle du Journal du Net bien sûr ;-) et d'autres.
Non, sérieusement, je pense que c'est plutôt les webmasters qui entourent Google de mystères. Et Google ne veut pas dévoiler ses secrets et ses arcanes, ce qui est tout à fait logique. De plus, je suis persuadé que Google aime qu'on parle de lui. Il réfute certaines affirmations si elles touchent à sa réputation mais sinon il laisse dire. Quand on parle de lui, on ne parle pas des autres. c'est exactement ce qu'on est en train de faire...

0803 olivier andrieu debise 021r
"Google aime qu'on parle de lui" © Cécile Debise


Que pensez-vous du possible rachat de Yahoo par Microsoft ? Pensez-vous déjà que cela va se faire ? Si oui, avec quelles conséquences sur le référencement ?
Je pense qu'on est passé de l'état de "possible" à celui de "probable". Cela signifie certainement qu'il y aura une seule techno de search (celle de Yahoo sûrement) là ou il y en avait deux.

Mais ce n'est pas cela qui va grignoter des parts de marché à Google. Je n'y crois pas. Pour moi, le seul scénario possible pour contrer Google est le rachat d'une start-up innovante (Wikia ? Cuill ? Blekko ? Hakia ? Un autre ?) par le couple Yahoo-Microsoft qui auront les épaules assez larges pour tenter de contrer Google avec une nouvelle techno innovante.

Une start-up seule aura du mal à contrer Google "sans moyens", mais avec l'appui de Yahoo et Microsoft, pourquoi pas ?


Une nouvelle association de référencement vient de se créer. Qu'en pensez-vous ? Vous n'avez pas postulé en tant que membre ?
Je n'ai pas postulé car j'ai oublié, je vais le faire. Je n'ai pas postulé au bureau car "place aux jeunes", mais c'est avec plaisir que je donnerai un coup de main à l'occasion. Toute association est bonne à prendre et je pense que celle-ci est bien née (autour d'un verre de bière, c'est un bon baptême). Donc je serai un membre actif si mon emploi du temps bien chargé me le permet. Ce sera avec grand plaisir !


Finalement, aujourd'hui, un bon praticien du SEO est-il plutôt webmaster astucieux ou architecte accompli de sites. Quel profil dois-je recruter ?
Un bon SEO doit avoir plusieurs casquettes. Une vision "serveur" pour bien paramétrer Apache ou autre par exemple (htaccess, url rewriting, redirections, etc.), une bonne vision HTML bien sûr, mais aussi une vision presque "journalistique" pour travailler sur le contenu rédactionnel et son optimisation.

Sincèrement, je ne crois pas aux "astuces" en référencement. Il y a des règles, qui sont basées sur de la méthodologie et du bon sens, à mettre en oeuvre. Il faut surtout un profil plein de méthodologie et de rigueur, cela me semble le plus important.


Sans indiscrétion, combien d'exemplaires avez-vous vendu de votre dernier livre ?
La version PDF, environ 3 500 à 4 000 depuis septembre 2006. La version papier est dans les bacs depuis janvier 2008 et je n'ai aucune idée des ventes, mais j'ai reçu dernièrement un mail de l'éditeur qui semblait très content. Mais il faut attendre les retours et éventuels invendus (je n'y crois pas ;-)

 

Comment voyez vous le métier de référenceur dans 10 ans ?
Le mien, à Tahiti en train de pêcher des poissons et des perles. Non, sans blagues, je crois beaucoup à la notion de conseil, de suivi et d'audit. Je pense qu'il est impossible d'externaliser à 100% le référencement d'un site. Difficile aussi de l'internaliser à 100 %.

Donc le référencement s'oriente de plus en plus vers des missions de conseil sur la façon dont le client, éditeur du site, doit optimiser ses pages. Audit technique et d'optimisation, conseil, suivi du trafic généré et du retour sur investissement. Veille également. Ce sont pour moi les missions du référenceur d'aujourd'hui et de demain. Mais 10 ans, c'est de la science fiction

 

Olivier Andrieu. Bonne soirée à tous, bon référencement et merci à vous et au JDN pour ce chat très intéressant !

 

Olivier Andrieu, 44 ans, est consultant indépendant dans le domaine de l'Internet. Editeur du site Abondance, il a publié l'année dernière "Réussir son référencement Web". Il est également l'auteur du livre de référence dans le domaine, "Créer du trafic sur son site web", aux éditions Eyrolles. Après avoir débuté dans la télématique en tant qu'ingénieur, il a commencé à travailler dans le Web en 1993.

Autour du même sujet