Les distributions Linux freinent leurs ambitions sur le marché du poste client

Une croissance faible, un engouement qui ne touche que les spécialistes et des constructeurs échaudés : le poste client n'a plus la faveur des éditeurs de distributions Linux.

Malgré de nombreuses améliorations et un gros travail sur l'ergonomie et la simplicité d'utilisation, Linux pour le grand public ne semble pas encore en voie de s'imposer. En témoigne deux récents et importants retraits, réalisés par Red Hat et Novell sur ce marché, alors même que le poste client Linux en entreprise n'a pas non plus convaincu beaucoup de volontaires.

La barrière psychologique d'utilisateurs encore peu familiers avec Windows ou peu enclins à l'expérimentation n'est pas la seule en cause. Ainsi, Red Hat déclare sur son blog : "Le marché du poste client souffre de l'omniprésence d'un seul et unique vendeur, et un grand nombre d'utilisateurs estiment qu'en l'état actuel, Linux n'offre pas une alternative pratique à ce vendeur".

"Bien sur, un nombre croissant d'utilisateurs et de sociétés au fait de la technique se sont aperçus que Linux était une alternative pratique pour le poste client. Malgré tout, construire une activité pérenne autour du poste client Linux est difficile, et l'histoire reste émaillée de projets arrêtés, mis en attente ou en place mais de manière anecdotique", ajoute la société sur son blog.

Un message un rien plus optimiste chez Novell, où le directeur général, Ronald Hovsepian, en charge de l'adoption de Linux déclarait que le poste client linux, qui pourrait décoller selon lui d'ici 3 à 5 ans, restera avant tout un marché réservé à une clientèle entreprise, alors que celui des consommateurs prendra plus de temps avant de se développer.

Ainsi, Novell comme Red Hat ne souhaitent pas proposer des versions commerciales conçues pour être pré-installées sur les PC grands publics à l'instar de Windows. Cette réaction semble cependant logique : la demande des consommateurs en PC Linux pré-installé reste faible comparée à Windows. Ainsi, l'enseigne de grande distribution Wal-Mart a retiré du marché son offre de PC Linux à 199 dollars.

De même, l'eeePC d'Asus, qui pariait aussi sur le créneau des PC d'entrée de gamme pour imposer Linux a fait machine arrière. Une nouvelle version, baptisée eeePC 900 et prévue pour le mois de mai en France, sera commercialisée indifféremment en version Windows et Linux. Un argument marketing puisqu'Asus estime qu'à terme au moins 60% de ses ventes s'effectueront sur des modèles équipés de Windows.

En dehors d'Asus, les dirigeants du projet OLPC (One Laptop Per Child) ont également reculé et proposeront Windows en plus de Linux. Une manière pour eux de convaincre plus facilement les dirigeants des pays en voie de développement, plutôt que d'offrir un système encore marginal sur le poste client. Seul Dell maintient toujours son offre de PC sous Linux aux Etats-Unis et en Europe pour le moment.

Un après un, les projets Linux sont abandonnés en raison du manque de succès

Le fait est que les constructeurs qui ont participé à l'éclosion de Linux doivent aujourd'hui lutter contre l'association open source et logiciels libres = gratuité. C'est notamment le cas de Mandriva Linux, qui misait jusqu'à présent sur le seul créneau du poste client Linux et s'est finalement réorienté vers le marché de l'entreprise, d'abord sur l'offre serveur, et ensuite sur le poste client alors qu'Ubuntu rencontre un grand succès, notamment du fait de sa gratuité.

Mais même la distribution Ubuntu, populaire auprès des utilisateurs de Linux, tente de nouvelles approches pour gagner des parts de marché. Ainsi, dans sa version 8.04 toute récente, Ubuntu contient, outre la mise à jour d'applications, un module qui lui permet de s'installer depuis Windows comme une application du système d'exploitation. Très simple et pratique pour un utilisateur qui n'a jamais eu l'habitude d'installer lui-même son système d'exploitation en partant de zéro.

De même, la sortie de la version 8.04 s'accompagne d'une mise à jour majeure du noyau de la distribution dans sa version LTS (Long Term Support, ou support long terme) dans le but clairement annoncé de séduire les entreprises, plutôt habituées à utiliser Red Hat Linux, Novell Suse ou Debian qu'Ubuntu. Dans cette nouvelle version, Canonical, éditeur de la distribution, change à la fois l'apparence, l'administration et l'installation de la distribution, tout en apportant de nouvelles fonctionnalités de sécurité (PolicyKit).

 

Une déconvenue mais pas un échec complet
C'est la deuxième vague d'abandon du poste client Linux, après les premières déconvenues du début des années 2000, où Linux était attendu sur ce segment. Pour mettre fin à cette mauvaise série, les développeurs travaillent à habituer les utilisateurs à l'ergonomie de Linux. Ainsi avec KDE 4,0, il est possible d'utiliser l'interface graphique des distributions Linux sur un noyau Windows. Cette fonctionnalité, encore expérimentale augure cependant d'un changement de mentalité global.

Plutôt que de rejeter en bloc Windows et tout logiciel propriétaire, le monde du logiciel libre et de l'Open Source essaie de composer avec et de s'y faire une place, avant peut être de pouvoir prétendre à plus. Il mise aussi sur le marché de la téléphonie mobile, où la Linux Mobile Foundation (LiMo) vient de sortir sa Platform Release 1, prévue pour offrir un environnement modulaire indépendant du matériel.

Enfin, avec la version 2.6.25, le noyau Linux s'améliore en terme de consommation électrique et de la gestion de l'énergie. Une demande essentielle pour économiser les batteries des ordinateurs portables, alors que le système est désormais utilisé sur des ordinateurs comme l'eeePC ou l'OLPC.

Malgré tout, ce retour en arrière n'est pas synonyme d'échec complet. Ainsi, selon les chiffres du cabinet Benchmark Group (source : site Linternaute.com, 9,6 millions de visiteurs uniques en décembre 2007), 0,8% d'internautes français utilisaient en mars un système d'exploitation Linux, contre 0,4% seulement en décembre 2006. Cependant, l'évolution reste très lente, même comparée à celle de Mac OS.

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