"L'ubérisation", et moi et moi et moi

L'ubérisation au delà la sémantique change les piliers de notre société. Cette nouvelle économie sans intermédiaire change la donne. Les règles de droit, le travail et bien-sûr l'utilisateur final, sont touchés par ses changements transformant et déplaçant la valeur. Voyage au pays de la disruption.

"Ubérisation" ne semble plus un néologisme tant il est utilisé pour exprimer le bouleversement de l’économie par les acteurs du numérique. Quand certains sont encore à réfléchir si le terme est pertinent et critiquent l’"ubérisation" ; les créateurs de valeurs et de nouveaux modèles n’ont pas le temps de discuter linguistique, ils agissent.

Ils modifient en profondeur les schémas et instaurent de nouveaux paradigmes ; ils s’affranchissent des circuits traditionnels en supprimant les intermédiaires et en mettant directement en relation via leurs plates-formes, apporteurs de services et clients. Nous sommes face une réelle disruption qui est en train de dessiner les contours de notre société. Revenons sur quelques une des grandes transformations à venir.

#1 – Le  travail

L’organisation du travail subit une profonde mutation : les tâches sont de plus en plus automatisées et à terme, le salariat ne sera plus la norme. Pourtant paradoxalement, il n’aura jamais été aussi facile de trouver du travail alors que le nombre d’emplois va diminuer, au moins dans un premier temps avant d’être créé sous de nouvelles formes. Déjà aujourd’hui, un smartphone et une connexion suffisent pour décrocher une mission où que vous vous trouviez grâce à l’accès à des outils innovants qui étaient jusque là réservés aux entreprises (stockage dans le cloud, outils logiciels gratuits,…).

Une étude datant de 2013 de l’Université d’Oxford a fait grand bruit en estimant que d’ici une à deux décennies, un emploi sur deux sera automatisé. Dans ce contexte, les collaborateurs devront démontrer de grandes capacités créatives et sociales. Cette nouvelle organisation du travail permettra à chacun d’évoluer à son rythme, selon ses besoins et ses envies. Ce vaste mouvement d’externalisation touchera de très nombreuses fonctions de l’entreprise car le travail sera de plus en plus compartimenté. "Chacun aura plusieurs activités économiques en parallèle ; le salariat ne sera alors qu’une forme de travail parmi d’autres" souligne  Julie Coudry, cofondatrice de Jobmaker, le site Internet qui révolutionne la recherche d’emploi.

#Le droit

Le législateur doit également adapter le droit à ces évolutions en définissant les nouveaux liens juridiques entre les personnes. Le droit du travail, le droit des contrats, le droit fiscal ainsi que la responsabilité civile et pénale sont concernés. Il faut définir les rapports entre le client, l’apporteur de services et la plate-forme.

Une question centrale est de savoir s’il y a salariat ou non. Aux Etats-Unis, l’Administration d’Obama vient de lancer les réflexions tant il est difficile de déterminer qui est salarié et qui est travailleur indépendant. Les premières pistes envisagent la question en analysant des critères non seulement juridiques mais aussi économiques. La personne a-t-elle le choix de l’organisation de sa mission, de sa rémunération, doit-elle acquérir des outils à son compte, travaille-t-elle pour plusieurs entreprises ? De son côté, la France entame elle aussi ses réflexions à l’occasion du projet de la loi Macron II sur le numérique qui sera débattu cet automne. Ne plus penser "statut unique", réfléchir aux nouvelles formes d’activités rémunératrices seront sans nul doute des solutions à retenir.

Une autre question essentielle est de savoir à qui appartiendront les travaux effectués dans le cadre de projets collaboratifs open source. En effet, dans le cadre d’un projet collaboratif, comment déterminer la contribution de chacun et attribuer des droits de propriété intellectuelle le cas échéant ? Des entreprises s’y attellent déjà ;  il s’agit de repenser la propriété intellectuelle à la lumière des récentes évolutions, d’offrir des formes innovantes d’échanges pour de nouvelles valeurs. 

#L’utilisateur

L’utilisateur sera à la fois client et apporteur de services ;  il fait et défait le succès des nouvelles plates-formes d’intermédiation. Au delà des données qu’ils peuvent générer, les utilisateurs constituent la richesse d’une plate-forme qui doit alors non seulement atteindre un volume important de profils mais aussi être en mesure d’attirer les meilleurs pouvant offrir des prestations de qualité.

Dans cette perspective, cette chasse à l’utilisateur qualifié implique de déployer des techniques astucieuses de "growth hacking" en décomposant savamment les périodes intenses d'acquisition et les périodes de "décantation". Objectif, pouvoir reconnaître les utilisateurs qui seront plus que de simples clients et deviendront une valeur intrinsèque de la plate-forme. Pour cela, il s’agit d’aller plus loin que la logique d’acquisition classique et de trouver des éléments d’activation originaux; en partant des communautés d’utilisateurs.

Cette nouvelle économie "ubérisée" modifie la donne et implique d’anticiper les changements pour mieux s’y adapter. A tort, ce changement perçu comme une menace représente bien au contraire une opportunité pour chacun de maîtriser son évolution professionnelle et ses enjeux personnels.

Les plates-formes et projets collaboratifs permettent de monter en compétences et de valoriser une expertise ou des hobbies. Un chauffeur Uber féru d’histoire locale ou passionné de randonnée pourra faire découvrir sa région à des touristes sous un angle nouveau enrichissant ainsi l’expérience client. Un professeur amateur de cuisine pourra donner des cours de langues à un Chef qui voudrait apprendre la cuisine dans un autre pays étranger.

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