Fintech : le Français Slimpay lève 15 millions d’euros

Porté par l'essor des abonnements et du paiement à l'usage, le spécialiste du paiement en ligne par prélèvement sur compte bancaire se voit leader européen d'ici 3 ou 4 ans.

Slimpay annonce avoir levé 15 millions d’euros auprès du fonds d’investissement néerlandais Prime Ventures afin d’accélérer son expansion européenne. Créée fin 2009, la société française a démarré ses opérations début 2011 et propose aux marchands de se faire payer par prélèvement sur le compte bancaire de l’acheteur. Une solution qu’ont par exemple adoptée Deezer, Nespresso, les SuperBoutiques de Priceminister, l’Unicef, EDF, Engie, ou encore Axa et Groupama, tous deux pressés de mensualiser leurs clients.

Jérôme Traisnel, cofondateur et PDG de Slimpay, explique que nous glissons progressivement d’une économie de la possession à une économie d’usage : de plus en plus, nous ne payons plus en une seule fois, mais en étalé. "Pour cela, les marchands ont besoin de méthodes de paiement plus adaptées que la carte bancaire, qui a surtout de l’intérêt pour les paiements unitaires. L’une de ces méthodes est le prélèvement directement sur le compte bancaire, plus pérenne qu’une carte qui se périme, se perd ou se vole, occasionne des ruptures de paiement et donc, pour le marchand, la perte d’un client."

Slimpay fournit donc aux marchands des API leur permettant d’intégrer à leur tunnel d’achat une page de paiement sur laquelle l’acheteur est invité à indiquer son compte bancaire (par exemple sous forme d’IBAN) et à renseigner le code de validation reçu par SMS. "Une sorte de 3DSecure du prélèvement sur compte bancaire, mais qui fonctionne bien mieux, car il est indépendant des banques", précise Jérôme Traisnel. Les marchands peuvent proposer le prélèvement pour attirer des clients supplémentaires, ou n’accepter que ce mode de paiement.

Le prélèvement est bien moins cher pour le marchand

Autre avantage sur la carte bancaire : le coût pour le marchand. "Pour un panier de quelques euros, la carte bancaire, facturée en pourcentage du montant, est moins chère. Mais dès 5 ou 6 euros, le prélèvement est moins cher car la commission est fixe. Raison pour laquelle Deezer l’utilise avec un panier moyen de 7 euros. Et quand le panier est élevé, il revient beaucoup moins cher au marchand." Ce n’est donc pas que par commodité que le gaz ou l’électricité sont réglés par prélèvement et non par carte bancaire. Mis à part les abonnements et paiements récurrents, la solution permet aussi de proposer du one-click par compte bancaire, ou encore de cibler les PME qui préfèrent souvent régler depuis leur compte plutôt que par carte.

"S'ils développaient le prélèvement, les PSP cannibaliseraient leur business de paiement par carte"

Côté acheteur, le prélèvement sur le compte permet en outre de faire opposition au marchand, ce qui est impossible sur carte bancaire à moins de la bloquer totalement. "Le prélèvement est bien plus protecteur pour l’acheteur qui a un droit de contestation et un arsenal de protections : aux marchands et aux banquiers de se justifier, souligne le dirigeant. De plus, il est bien plus dangereux que le marchand stocke les identifiants de la carte que du compte."

Au-delà de ses API, Slimpay fournit des logiciels anti-fraude de scoring et d’autres services encore. Par exemple, alors que les e-marchands doivent habituellement signer un contrat avec leur plateforme de paiement et un contrat VAD avec leur banque, Slimpay, établissement de paiement, leur propose un contrat unique englobant parties Internet et bancaire, comme cela se fait beaucoup en Europe du Nord. Le marchand ouvre alors simplement un compte chez Slimpay, qui collecte les fonds pour lui. Les projets de nouveaux services sont également nombreux. "Avec l’arrivée de SEPA, qui interconnecte 3 900 banques européennes, beaucoup d’innovations vont voir le jour, comme le paiement en temps réel, prévoit Jérôme Traisnel. Nous comptons exploiter au mieux les bénéfices à venir de cette plateforme".

Devenir d'ici 3 ou 4 ans le leader européen du paiement par prélèvement

Les 15 millions d’euros levés vont aussi financer le développement international de la start-up. "Il existe encore peu d’acteurs pan-européens du monde bancaire, mais Slimpay a cette ambition de devenir d’ici 3 ou 4 ans le leader européen du paiement récurrent et des paiements SEPA alternatifs à la carte bancaire", affirme son PDG. Employant aujourd’hui 35 personnes, la société en recrutera 30 de plus d'ici fin 2015 : une petite moitié d’ingénieurs à Paris et une grosse moitié pour se déployer commercialement en Europe. Déjà présente à Berlin, Amsterdam et Londres, elle va y étoffer encore ses équipes, attaquer l’Espagne, mais aussi adapter ses produits à chaque marché et accompagner son expansion par des investissements marketing.

Elle estime en effet que les acteurs de son secteur auront du mal à la concurrencer. Si des plateformes de paiements comme Worldline commencent à proposer le prélèvement sur compte bancaire, Jérôme Traisnel pense qu’ils ne développeront pas cette activité outre-mesure. "D’une part nous avons pris sur eux une bonne longueur d’avance en matière de prévention de la fraude sur comptes bancaires. Et d’autre part, ils cannibaliseraient leur business de paiement par carte, plus lucratif pour eux."

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