AIO / AI Mode : ce que les publishers reprochent à Google
Depuis le déploiement par Google des aperçus d’IA et du mode IA dans le moteur de recherche en France, le 22 juillet, les éditeurs sont vent debout. "Les problèmes posés aux éditeurs en ligne par ces fonctionnalités d’IA sur le moteur de recherche ne s’arrêtent pas au seul non-respect des droits voisins", lance Carole Boyer, responsable des affaires juridiques et réglementaire du Groupement des éditeurs de contenus et de services en ligne (Geste), qui fédère près d’une centaine d’éditeurs.
Dès le 22 juillet, le Geste avec le Collectif pour les acteurs du marketing digital (CPA) et le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL) annonçaient engager une mobilisation collective pour documenter les impacts de ces fonctionnalités d’IA chez leurs membres. Le Journal du Net a eu accès aux différents points qui posent problème, soulevés par les publishers consultés dans le cadre de ce suivi. Voici cinq importants reproches faits à Google par les éditeurs.
AIO et AI Mode ont été lancés en France sans négociation préalable ni demande d’autorisation
Les éditeurs en ligne reprochent à Google d’avoir procédé mercredi 22 juillet au déploiement d’AI Overviews et d’AI Mode en France sans avoir annoncé de calendrier de lancement ni informé le secteur de l’imminence de son déploiement. Même réaction du côté de l’Alliance de la presse d’information générale, qui précisait cet été que les éditeurs ont été mis devant le fait accompli, s’étant vu proposer une simple actualisation du contrat de licence existant. Ce qui, disent-ils, est tout à fait contraire aux engagements de négociation de bonne foi, de transparence et de non-discrimination pris par Google devant l’Autorité de la concurrence.
Google conteste ces allégations, en précisant que l’ensemble des éditeurs de presse et les associations les représentant ont été informés, dès la fin du mois de juin 2026, du déploiement imminent d’AIO et d’AIM.
Le fait est que, le 22 juillet, le Geste, le CPA et le SPIIL attendaient toujours des réponses à la trentaine de questions soumises à Google, sur le fonctionnement et l’impact de ces services. Celles-ci ne leur seraient parvenues qu’une fois le déploiement déjà engagé.
Les sources affichées par AIO ne sont pas exhaustives
Les éditeurs reprochent à Google le fait de ne pas détailler de manière exhaustive les contenus sur lesquels se base son modèle pour construire une réponse. La raison à cela est que les liens affichés aux côtés des réponses ne seraient que la pointe visible de l’iceberg.
Google distingue en effet deux phases. La première phase, dite d"ancrage" (grounding ou RAG), consiste à rechercher et utiliser des informations disponibles sur le web pour "ancrer" la réponse de l’IA dans des contenus existants et en améliorer la pertinence. Une deuxième phase, dite de "corroboration", consiste à sélectionner et afficher des liens et des aperçus venant appuyer la réponse afin de permettre aux utilisateurs d’en savoir plus avec des informations complémentaires. Les éditeurs pointent le fait que ces sources affichées ont ainsi avant tout vocation à étayer et crédibiliser la réponse générée, sans nécessairement refléter l’ensemble des contenus qui ont contribué à sa production. De cela découle qu’un contenu qui serait utilisé pour l’ancrage peut tout à fait ne pas apparaître parmi les sources affichées dans AIO ou AIM. Or, les éditeurs soutiennent que si l’IA répond, c’est bien parce qu’elle s’est basée sur les contenus disponibles en ligne pour formuler dès le départ sa réponse. Par conséquent, soutiennent-ils, tous ces contenus devraient donner lieu à des droits. Par ailleurs, ils reprochent à Google de manquer de transparence sur les critères qui déterminent la sélection et l’affichage des sources corroborantes.
Google n’entend rémunérer que les sources qu’il affiche à côté des réponses
A compter de la mise à jour annuelle 2027, Google entendrait rémunérer uniquement les impressions pour lesquelles des liens vers les sites des éditeurs apparaissent aux côtés des réponses générées. Leur affichage est présenté comme un critère mesurable et objectivable permettant d’attribuer aux éditeurs les revenus associés aux fonctionnalités d’IA générative sur le moteur de recherche.
Mais les éditeurs lui reprochent précisément de passer complètement sous silence la valeur tirée de l’ensemble des contenus et des informations sur lesquels le modèle s’appuie pour fournir une réponse à l’utilisateur.
La Search Console ne permet pas d’évaluer les performances d’AI Overviews et d’AI Mode
Les éditeurs reprochent à Google le fait de ne pas mettre à disposition des éditeurs, au sein de la Search Console, des données leur permettant d’évaluer les clics et les performances d’AI Overviews et d’AI Mode, dont notamment le taux de clics spécifiques aux contenus affichés dans AIO et AI Mode.
Dans son blog, Google indique que les rapports de performance spécifiques à l’IA générative disponibles dans la Search Console incluent : la fréquence à laquelle les url d’un site apparaissent dans les fonctionnalités d’IA dans search, les url elles-mêmes, le pays, les appareils des internautes concernés, l’heure et le jour. A priori, des données plus détaillées pourraient être mises à disposition des éditeurs ultérieurement dans le cadre des contrats relatifs aux droits voisins.
L’opt-out n’est pas intégralement respecté
Selon Google, les éditeurs peuvent exclure leurs sites (liens et contenus) des fonctionnalités AIO et AI Mode sans impacter leur référencement, ce qu’on appelle "l’opt-out". En pratique cependant, plusieurs éditeurs ayant choisi l’opt-out constatent que leurs contenus diffusés sur les réseaux sociaux, et notamment sur Youtube, sont "massivement" utilisés dans le cadre de ces services. Or, si YouTube permet de s’opposer à l’utilisation des contenus par certains modèles d’IA tiers, aucun mécanisme équivalent ne permet aujourd’hui d’en bloquer l’utilisation par les propres modèles et services de Google, nous confie le Geste.