Ubisoft s'envole en Bourse sur fond de rumeurs de sortie orchestrée par Tencent
En pleine turbulence financière, Ubisoft voit son avenir s'éclaircir après une hausse impressionnante de son action à la Bourse de Paris. Ce regain d'intérêt des investisseurs fait suite à des rumeurs de rachat par Tencent et la famille Guillemot, envisageant de sortir le géant du jeu vidéo du marché boursier. Si cette option est confirmée, elle marquerait un tournant stratégique pour le studio français, qui cherche à redresser la barre après plusieurs échecs commerciaux.
Le bond spectaculaire d'Ubisoft en Bourse
Ce vendredi, Ubisoft a vu son action enregistrer une hausse impressionnante de 33%, clôturant à 13,50 euros. Cette envolée intervient après une chute marquée du titre, qui avait perdu près de 50% de sa valeur en un an. Les investisseurs ont réagi à une information de l'agence Bloomberg, qui suggère que la famille fondatrice Guillemot et le géant chinois Tencent envisagent une revente du groupe.
L'action Ubisoft avait déjà été fortement pénalisée ces derniers mois par des résultats commerciaux en dessous des attentes. Le lancement de Star Wars Outlaws, l'un des titres phares de la société pour 2024, n'a atteint qu'un million d'exemplaires vendus lors de son premier mois, bien loin des espérances du studio.
Cette contre-performance, combinée au report de plusieurs jeux majeurs comme Assassin's Creed Shadows à février 2025, avait lourdement affecté le cours de l'action, déjà fragilisé par une baisse globale des revenus.
En un an, la valorisation d'Ubisoft est passée de 3,5 milliards à 1,4 milliard d'euros selon Les Echos. À titre de comparaison, son concurrent polonais CD Projekt affiche une valorisation de 4 milliards, tandis que l'américain Electronic Arts est évalué à 36 milliards de dollars.
L'alliance stratégique entre Tencent et la famille Guillemot
Tencent et la famille Guillemot contrôlent ensemble près de 30% des droits de vote d'Ubisoft, avec Tencent possédant 9,99% des actions et la famille fondatrice contrôlant 15%.
Ce partenariat a été renforcé en 2022 lorsque Tencent a acquis 49,9% de la holding familiale Guillemot Brothers pour un montant de 300 millions d'euros. Cet accord visait à protéger Ubisoft d'une éventuelle OPA hostile, notamment en réaction aux intérêts de fonds d'investissement tels que KKR et Blackstone, qui avaient montré un intérêt pour le groupe en 2022.
Dans le cadre de cet accord, Tencent ne peut pas augmenter sa participation au-delà de 9,99% avant 2030, sauf dans le cadre d'une offre de rachat approuvée par le conseil d'administration d'Ubisoft.
Bloomberg rapporte que plusieurs scénarios sont actuellement étudiés, y compris la sortie d'Ubisoft de la Bourse. Cette option pourrait permettre au groupe de se restructurer loin de la pression des marchés financiers, tout en s'appuyant sur les ressources de Tencent.
Un contexte difficile pour Ubisoft
Malgré cette envolée boursière, Ubisoft traverse une période difficile. En plus des déceptions commerciales, le groupe est confronté à des tensions sociales. Plusieurs syndicats ont appelé à une grève de trois jours pour protester contre une politique de retour au bureau jugée trop stricte. En parallèle, des critiques internes sur la culture d'entreprise, évoquées en 2020 lors de scandales de harcèlement, continuent de peser sur l'image du groupe.
Le retard du nouvel opus d'Assassin's Creed ajoute à ces difficultés. Le jeu, initialement prévu pour la fin d'année 2024, est désormais attendu en février 2025, un report qui a été mal reçu par les marchés et les investisseurs. En conséquence, Ubisoft a émis un avertissement sur ses résultats, anticipant une baisse de 16% de son chiffre d'affaires pour l'exercice 2024-2025. Ce chiffre s'élèverait à environ 1,95 milliard d'euros, selon les prévisions de la Deutsche Bank.
Par ailleurs, les ventes d'autres jeux récents, comme Avatar: Frontiers of Pandora, ont été inférieures aux attentes. Ce tableau peu reluisant a alimenté les spéculations sur une possible restructuration plus large, qui pourrait passer par une sortie de la Bourse, donnant ainsi aux actionnaires principaux plus de liberté pour redresser le groupe.
Ubisoft a affirmé ce lundi dans un communiqué, relayé par Les Echos, que la direction restait concentrée sur l'exécution de sa stratégie tout en évaluant régulièrement ses options dans l'intérêt de ses parties prenantes.