TF1 presse Matignon pour des mesures d'urgence en faveur de la filière audiovisuelle face aux Gafam
Le groupe TF1 a envoyé ce jeudi une lettre au Premier ministre Sébastien Lecornu pour demander des mesures d'urgence afin de soutenir la filière audiovisuelle française face aux géants américains. Cette initiative intervient alors que les revenus publicitaires des chaînes de télévision connaissent une forte baisse, mettant en péril le financement de la création.
Chute des revenus et réduction des effectifs
Dans sa lettre, TF1 prévient : "L’immobilisme n’est plus une option." Le groupe souligne l'urgence de la situation et appelle le gouvernement à agir rapidement. "Nous ne comprenons pas l’absence de réponse de l’exécutif à [nos] demandes légitimes, évidentes, consensuelles et faciles à instruire. Nous en appelons donc à votre arbitrage pour faire entendre notre situation", écrit Rodolphe Belmer, PDG du groupe TF1.
Les ressources publicitaires de la télévision linéaire ont reculé de 12% sur l’année 2025, et encore de 8% au premier trimestre, selon le baromètre unifié du marché publicitaire. Cette contraction a des répercussions directes sur l’ensemble du secteur. "La quasi-totalité des groupes audiovisuels ont enclenché une dynamique de réduction de leurs budgets de programmes. Cela aura immanquablement (...) un impact sur l’emploi dans le secteur de la production – les annonces de plans de réduction d’effectifs se multiplient déjà", indique la lettre. Bangumi (Quotidien) a ainsi dû se séparer d’une quarantaine de salariés sur 130. Des licenciements ont également lieu chez Banijay, Mediawan, Eléphant et chez des acteurs plus modestes.
La filière de l'animation est particulièrement touchée. "L'investissement dans la création a chuté, que ce soit en nombre de projets ou par projet. L'activité a chuté de 36% au premier trimestre", alerte Isabelle Degeorges, présidente de l'Union syndicale de la production audiovisuelle (USPA). "On nous rétorque que les séries, documentaires et films de Netflix ou Amazon compensent. Mais Netflix, c'est 18 productions par an contre 745 pour France Télévisions et 200 pour TF1."
TF1 dénonce un cadre réglementaire hérité des années 1980, qui "étouffe nos acteurs nationaux" alors que les géants américains n’y sont pas soumis. "On se confronte aux Gafam, alors que l’Etat nous impose des règles qui ne s’appliquent pas à eux. Ça suffit !", tonne Rodolphe Belmer. Il rappelle que "beaucoup de réformes faisant consensus peuvent être prises par décret", sans passer par un Parlement paralysé depuis la dissolution.
La lettre appelle à une large libéralisation des règles encadrant la publicité télévisée, notamment l’augmentation du volume publicitaire à 14 minutes maximum par heure d’ici 2028, contre 9 aujourd’hui. TF1 demande aussi la fin de la limite de 6 minutes de coupure pour un film, de l’espacement de 20 minutes entre deux coupures au sein d’un même programme, ou de l’interdiction des messages publicitaires dans les magazines d’information de moins de 30 minutes. Le groupe souhaite également un assouplissement des règles du parrainage des émissions TV et la possibilité d’indiquer l’adresse d’un lieu dans une réclame.
Autre demande, la fin de l’interdiction de diffuser des publicités pour les opérations de promotion de la grande distribution, une "bizarrerie française" selon Rodolphe Belmer, qui a conduit à une plainte déposée cette semaine à Bruxelles. "Le poids des Gafam dans la publicité est de 10 points supérieur en France par rapport à la moyenne des pays européens", rappelle-t-il.
Un marché publicitaire capté par les plateformes américaines
L’argent des annonceurs s’est déplacé vers le digital, au profit des plateformes américaines. Les réseaux sociaux ont capté 41% de la croissance du marché de la publicité digitale au premier semestre, selon l’Observatoire de l’e-pub. YouTube concentre près de 50% de la publicité vidéo en ligne, et les services de streaming comme Netflix, Disney et Amazon représentent 13%.
Pour faire face à cette concurrence, TF1 et M6 ont lancé leurs propres plateformes, TF1+ et M6+, dont les revenus publicitaires ont progressé de 18% en un an. TF1 a également lancé une offre à destination des annonceurs locaux, qui investissent aujourd'hui en premier lieu sur Facebook et Instagram, et a noué une alliance avec Netflix pour y distribuer ses programmes tout en gardant la main sur les revenus publicitaires. Mais ces initiatives ne suffisent pas à compenser la baisse des recettes sur la télévision linéaire.
Un consensus sectoriel, mais peu d’avancées
Déjà en juin 2025, un livre blanc décortiquant les difficultés économiques de la télévision et les pistes pour améliorer la situation avait été remis par LaFa, l'association réunissant les acteurs privés et publics de la filière. "Le constat autour des asymétries de concurrence avec les acteurs du numérique et du besoin d'un dépoussiérage de réglementations obsolètes fait un consensus éclatant dans la filière", explique Rodolphe Belmer. Mais, un an plus tard, "l'effet du livre blanc a été nul. C'est pourquoi nous faisons appel au Premier ministre pour que l'exécutif prenne ses responsabilités, alors que le secteur est bousculé."
TF1 insiste sur l’urgence d’une réaction de l’exécutif pour préserver la production audiovisuelle française et l’emploi dans le secteur.