Les entreprises françaises réduisent leurs recrutements face aux difficultés de leur environnement

Les entreprises françaises réduisent leurs recrutements face aux difficultés de leur environnement Le marché de l'emploi se dégrade en France, avec une hausse du chômage, une baisse des recrutements et des inquiétudes sur la compétitivité, sur fond de restrictions budgétaires.

Depuis cinq trimestres, la courbe du chômage ne cesse d'augmenter. En un an, le taux de chômage a augmenté de 0,7 point pour atteindre 8,1% au premier trimestre. Cette tendance haussière devrait se poursuivre selon les prévisions de l'Insee, qui estime que "le taux de chômage continuerait d'augmenter pour atteindre 8,4% d'ici fin 2026", avançait l'institut statistique dans une note de conjoncture publiée au début de l'été. Cette dégradation intervient alors même que la population en capacité de travailler est en forte hausse (+185 000 personnes sur un an), accentuant la pression sur le marché de l'emploi.

Les entreprises de taille intermédiaire en difficulté

Les entreprises de taille intermédiaire (ETI), pourtant connues pour leur dynamisme et leur résilience, sont particulièrement touchées par la conjoncture actuelle. Les suppressions d’emplois dans les ETI se sont envolées de +255% au deuxième trimestre, selon la dernière enquête de conjoncture du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti) avec la Banque palatine. Dans le même temps, le solde net d’emplois créés dans ces entreprises s’effondre de 66%, à + 1 189. Si ce solde reste positif, cela n’est dû qu’au secteur des services, la production industrielle ayant détruit 370 emplois nets ces trois derniers mois.

La rentabilité des ETI est également en berne : une ETI sur deux voit sa rentabilité baisser. La trésorerie se dégrade pour 46% des sondés. Ces difficultés s’expliquent par une accumulation de facteurs défavorables : "Partout en France, les entreprises font face à des réalités très concrètes : enjeux de compétitivité, coût de l’énergie, transmission des sociétés, pression fiscale… C’est cette accumulation qui fait peser une menace sur l’emploi", résume le président du Medef, Patrick Martin. Frédéric Coirier, coprésident du Meti, alerte : "Le sursaut industriel appelé de leurs vœux par tous les bords politiques se tarit" et précise : "En plus des hausses de prix, sur l’énergie mais aussi sur les intrants - sur le transport ou les emballages par exemple -, nos entreprises doivent faire face à une hausse de la fiscalité et du coût du travail. Et tout cela commence à peser durement sur les marges".

Le secteur de l’apprentissage, longtemps considéré comme un levier d’insertion pour les jeunes, subit également les conséquences de la conjoncture. Après la destruction de 42 000 postes d’apprentis l’année dernière, l’Insee table sur la disparition de 37 000 emplois en apprentissage supplémentaires en 2026. Plus de 7 ETI sur 10 ont dû réduire leurs recrutements d’apprentis en 2026 par rapport à 2024.

La situation de l’emploi est d’autant plus préoccupante que le ministère du Travail verra son enveloppe largement rabotée. En 2027, la mission "travail, emploi et administration des ministères sociaux", devra se débrouiller avec 2,8 milliards d’euros de crédits en moins. Malgré ces restrictions, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, affirme : "Depuis mon arrivée, le travail et l’emploi sont prioritaires".

Les débats politiques s’intensifient à l’approche de la présidentielle

A l’approche de l’élection présidentielle, la question de l’emploi s’impose comme un enjeu central du débat politique. Plusieurs candidats, dont Edouard Philippe, Gabriel Attal ou Bruno Retailleau, se sont d’ores et déjà prononcés pour des allégements de charges, qui baissent le coût du travail et, par extension, relanceraient les recrutements dans les entreprises françaises. Au Rassemblement national, on défend également une baisse des prélèvements pesant sur les entreprises, mais en y ajoutant une approche fondée sur la "préférence nationale" dans l’accès à l’emploi, et une remise en cause de certaines aides destinées aux travailleurs étrangers. A gauche, les réponses divergent radicalement : du PS aux Insoumis, on mise avant tout sur une stratégie de réindustrialisation, avec un rôle accru de l’investissement public.