L'Union européenne inflige à Google une amende record de 890 millions d'euros pour pratiques anticoncurrentielles
L’Union européenne a infligé à Google une amende record de 890 millions d’euros pour pratiques anticoncurrentielles dans la recherche en ligne et sur son magasin d’applications Play Store. Cette sanction, annoncée jeudi, marque un tournant dans l’application du règlement sur les marchés numériques (DMA), la réglementation européenne visant à réprimer les abus de position dominante des géants de la tech.
Deux infractions majeures sanctionnées
Le montant total de l’amende, qui représente 0,22% du revenu mondial de Google, estimé à 350 milliards d’euros, se décompose en deux volets. Google a été sanctionné à hauteur de 460 millions d’euros pour avoir favorisé ses propres services dans les résultats de son moteur de recherche Google Search. Il s’agit notamment des outils de réservation d’hôtels, de vols ou de restaurants, mis en avant au détriment de la concurrence.
La seconde amende, d’un montant de 430 millions d’euros, vise le Play Store. Bruxelles reproche à Google d’avoir empêché les consommateurs de faire jouer la concurrence sur son magasin d’applications, en les maintenant captifs et en limitant leur accès à des applications rivales ou à d’autres points de vente.
L’amende de 890 millions d’euros est la plus élevée infligée par l’Union européenne au titre de sa réglementation sur les marchés numériques (DMA), après Apple (500 millions d’euros) et Meta (200 millions), en avril 2025. Le réseau social X d’Elon Musk a reçu une amende de 120 millions d’euros en décembre dernier dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA).
La Commission européenne précise que le montant des amendes a été déterminé en fonction "de la gravité et de la durée" des infractions.
Dialogue et obligations pour Google
Depuis le déclenchement des enquêtes en mars 2024, la Commission européenne a engagé un "dialogue constructif" avec Google, au cours de plus de 80 réunions. Le géant américain dispose désormais de soixante jours pour obtempérer ou faire appel de la décision, faute de quoi il risque des pénalités qui pourraient atteindre 5% de son chiffre d’affaires.
La semaine dernière, Bruxelles a imposé à Google d'ouvrir son système d'exploitation Android à des services d'intelligence artificielle concurrents de son assistant Gemini et de partager les données récoltées par Google Search avec ses rivaux. La nouvelle fonctionnalité de recherche par intelligence artificielle AI Overviews sera soumise aux mêmes restrictions sur le respect de la concurrence.
Cette décision intervient à la veille de l’expiration des droits de douane provisoires imposés à l’UE par le président américain, qui doivent être remplacés par un nouvel arsenal tarifaire. Vingt-cinq parlementaires républicains ont écrit cette semaine à Donald Trump pour lui demander de riposter contre l’UE, si elle persistait à exercer "des lois, politiques ou pratiques discriminatoires" envers les entreprises américaines.
Du côté de la Commission, un porte-parole affirme que "le dossier était prêt" et souligne : "L’Union européenne a été très claire sur son droit souverain à légiférer ; nous en apportons la preuve aujourd’hui. Nous restons ouverts à la discussion avec les Etats-Unis".
Google, par la voix de Kent Walker, président des affaires mondiales, dénonce la décision : "Ce n'est pas une concurrence équitable, c'est une dégradation des produits, dictée par un petit groupe de plaignants motivés par leurs propres intérêts, au détriment des entreprises et des consommateurs européens". Il ajoute que "la réglementation devrait améliorer les produits, pas les rendre moins bons" et critique les injonctions à supprimer des "fonctionnalités que les Européens adorent".
L'eurodéputé allemand Bernd Lange (S&D, gauche) met en garde : cette amende "ne doit pas servir de prétexte à des représailles des Etats-Unis", affirmant que "ce qui est interdit hors ligne, doit l'être aussi en ligne".
En septembre 2025, Google avait déjà reçu une amende de 2,95 milliards d’euros pour abus de position dominante dans la publicité en ligne. Une enquête est également en cours depuis décembre sur le traitement des sites d’information dans Google Search.