Bercy se montre prudent sur la réduction du déficit public malgré un léger rebond de la croissance au deuxième trimestre 2026
La croissance française a légèrement rebondi au deuxième trimestre (+0,2%), selon les chiffres publiés par l'Insee. Ce sursaut, bien que modeste, conforte les prévisions de Bercy pour l'ensemble de l'année. Le ministre de l'Economie, Roland Lescure, s'est félicité jeudi matin sur France Inter : "L'économie française résiste et ça nous conforte dans notre prévision de croissance pour l'année". Il a ajouté : "S'il ne se passe plus rien d'ici à la fin de l'année, on aura déjà engrangé 0,5% de croissance". Bercy espère ainsi que le produit intérieur brut (PIB) tricolore pourrait bien progresser de 0,7% sur l'ensemble de l'année.
Un objectif de déficit difficile à atteindre
Malgré ce rebond, le gouvernement demeure très prudent quant à sa capacité à ramener le déficit public à 5% du PIB en 2026. Roland Lescure a refusé de faire une croix sur cet objectif officiel, mais il a reconnu la difficulté de la tâche : "On va se battre jusqu'au bout, mais ça va être difficile", a-t-il admis sur France Inter. Le gouvernement ambitionne d'être "aussi proche que possible" de la cible en fin d'année.
Plusieurs institutions sont moins diplomates. La semaine dernière, le Fonds monétaire international (FMI) estimait qu'en dépit des mesures d'économies annoncées en avril à hauteur de 6 milliards d'euros, le déficit public tricolore atteindrait 5,2% du PIB cette année, à défaut de mesures additionnelles. Une prévision parfaitement alignée avec celle publiée par la Banque de France mi-juin, qui estimait, elle aussi, que le déficit "pourrait se dégrader légèrement en 2026" pour terminer à 5,2% du PIB.
Il est vrai que ces prévisions ne prenaient pas en compte l'annonce du gouvernement, début juillet, d'une nouvelle salve de 3 milliards de coupes dans les dépenses publiques "d'ici septembre". Mais cela ne change pas fondamentalement l'équation. D'une part, ces économies ne représenteraient que 0,1 point de PIB. D'autre part, l'exécutif n'a pas précisé en quoi elles consisteraient, après n'avoir que partiellement documenté la salve précédente de 6 milliards d'euros.
Un probable dépassement des dépenses des collectivités locales – identifié par le gouvernement et par la Cour des comptes – pourrait faire déraper le déficit de 5 milliards d'euros supplémentaires sans qu'aucune contre-mesure n'ait été annoncée à ce stade. "Le compte n'y est pas", résumait récemment un parlementaire.
Incertitudes géopolitiques et aléas économiques
Deux incertitudes majeures menacent l'économie tricolore et les comptes publics. Il y a d'abord la situation au Moyen-Orient. Les espoirs de paix de mi-juin ont été douchés par la reprise du conflit ces dernières semaines. Les prix du pétrole oscillent à nouveau entre 90 et 100 dollars. S'ils se maintenaient au niveau actuel, le prix du pétrole sur l'année s'éloignerait du niveau retenu par la Banque de France mi-juin dans son scénario central (83 dollars) pour se rapprocher de celui figurant dans son scénario "défavorable" (91 dollars), dans lequel la croissance tricolore n'atteint que 0,3% en 2026.
La deuxième incertitude tient à l'impact des mégafeux de l'été – sur l'activité économique et les recettes fiscales, mais aussi sur les dépenses pour faire face à la crise. Le déploiement exceptionnel de moyens de lutte contre les incendies se traduira sans doute par un dépassement du budget de la sécurité civile, que le gouvernement avait abaissé à 800 millions d'euros dans le budget 2026, contre 900 millions dépensés l'an dernier. Des fonds publics seront aussi mobilisés, ne serait-ce que pour payer le chômage partiel des salariés affectés, même si l'Etat met déjà le pied sur le frein des aides. "Arroser de manière indéfinie des gens qui souffrent et des gens qui, il faut le reconnaître, souffrent moins, ça ne serait pas raisonnable aujourd'hui", a prévenu Roland Lescure sur France Inter.
Des efforts budgétaires à poursuivre
Dans ce contexte, il faudra poursuivre les efforts de redressement des comptes dans le prochain budget et le gouvernement a détaillé ses premières pistes. Les ministères seront presque tous mis à la diète. Des économies substantielles se profilent sur le remboursement des médicaments ou des arrêts de travail. Et tout en écartant une "année blanche" sans la moindre revalorisation des prestations sociales, Roland Lescure a indiqué vouloir "regarder ces histoires d'indexation à l'inflation parce que c'est une manière efficace de faire des économies".
Le gouvernement reste muet sur la cible de déficit pour 2027.