L'écart entre les taux d'emprunt de la France et de l'Allemagne atteint, le 10 septembre 2026, son plus haut niveau depuis 2012, à 0,94 point de pourcentage
L'écart entre les taux d'emprunt de la France et de l'Allemagne sur les marchés européens, aussi appelé spread, a atteint, jeudi 10 septembre, son plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro en 2012. Ce niveau inédit traduit une défiance spécifique des investisseurs envers la dette française, dans un contexte de hausse généralisée des taux d'intérêt et de tensions politiques internes.
Un spread au plus haut depuis quatorze ans
A la clôture des marchés obligataires européens, le rendement des emprunts de l’Etat français à dix ans ressortait ainsi à près de 4,44%, au plus haut depuis 2008, tandis que son équivalent allemand s’établissait à presque 3,5%, un niveau inégalé depuis 2011. Le spread franco-allemand s’élève donc à environ 0,94 point de pourcentage, du jamais-vu en quatorze ans.
Pour Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France, "ce n’est pas encore la panique de la crise de la dette de 2012, où l’on était montés à près de 2 points de pourcentage d’écart" entre la France et l’Allemagne, mais ce n’est pas pour autant un niveau "normal", souligne-t-il.
Le choc sur les prix de l'énergie depuis le déclenchement de la guerre en Iran, à la fin de février, avec un baril de Brent à plus de 100 dollars et le mégawattheure de gaz naturel à plus de 80 euros, se répercute sur les marchés obligataires, faisant flamber les taux d'emprunt en raison du risque inflationniste.
A cette hausse généralisée des taux s’ajoutent des inquiétudes propres à la France. "Quand il y a une hausse de taux généralisée, on va prêter plus fortement attention aux finances publiques et au déficit, et dans le cas de la France, cela joue en sa défaveur", estime Charlotte de Montpellier, économiste de la banque ING. Elle insiste : "Les finances publiques sont très détériorées."
Plus important encore, dans la perspective du vote du budget 2027, "il n’y a pas de majorité au sein du Parlement", pointe Charlotte de Montpellier. Cette incertitude politique pourrait continuer de peser sur le coût du financement de la France, un spread plus élevé renchérissant la charge de la dette et compliquant à son tour le redressement des finances publiques.
La hausse du spread franco-allemand traduit donc une défiance spécifique des investisseurs envers la dette française, liée à la fois à la dégradation des finances publiques et à l’incertitude politique sur la capacité à engager des réformes.
Antécédents et conséquences budgétaires
Le dernier coup de chaud lié au spread date de 2024, lorsque les investisseurs avaient sanctionné la dette de la France en raison de l’éventuelle arrivée de l’extrême droite au pouvoir, après l’annonce surprise de la dissolution de l’Assemblée nationale. L’écart entre le taux de l’emprunt français à échéance de dix ans et le taux allemand avait alors atteint un record depuis 2020.
Le gouvernement doit donc intégrer la "charge de la dette" dans la préparation du budget 2027. Elle devrait atteindre 64 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2026, anticipait le ministre de l’Economie, Roland Lescure, à la fin d’avril – bien avant le passage du seuil des 4% pour le taux d’emprunt à échéance de dix ans.