Retraites : pour préserver l'équilibre en 2070, le COR évoque un âge moyen de départ porté à 67,6 ans
Le Conseil d'orientation des retraites (COR) chiffre, dans son dernier rapport, l'effort qu'exigerait le seul levier de l'âge pour préserver l'équilibre du système à l'horizon 2070. Il faudrait porter l'âge moyen de départ à 67,6 ans, soit environ trois ans de plus que le niveau spontanément atteint. Il s'agit d'un cadrage prospectif, une simulation destinée à mesurer l'ampleur des ajustements possibles face à une contrainte démographique identifiée, sur fond de baisse durable de la natalité.
Un diagnostic démographique et des options de financement
Ce relèvement n'est qu'une piste parmi d'autres. Selon l'économiste Éric Heyer (OFCE), l'équilibre pourrait aussi passer par davantage d'immigration, une hausse des taux d'emploi et des gains de productivité supérieurs aux hypothèses actuelles du COR. D'autres leviers évoqués pour l'équilibre financier incluent une augmentation des cotisations, qu'elles pèsent sur les salariés ou les employeurs, ou une diminution du niveau des pensions servies.
Le diagnostic démographique se résume ainsi : "moins d'enfants, donc moins de cotisations". Le COR alerte que la baisse de la natalité aggravera plus qu'anticipé le déficit du système après 2045. Ce constat est appelé à nourrir le débat politique national, y compris en vue de la présidentielle, dans un contexte où les arbitrages mettent en balance plusieurs instruments d'ajustement.
Un âge légal français encore inférieur à celui de plusieurs voisins
En France, l'âge légal de départ à la retraite est fixé à 62 ans et 9 mois en 2026, dans un cadre de relèvement progressif en cours. La loi de 2010 avait déjà relevé l'âge minimum légal de 60 à 62 ans, un changement qui a déplacé l'"âge idéal" déclaré par les Français vers des tranches plus élevées, selon la DREES.
Chez plusieurs voisins européens, l'âge légal est déjà plus élevé : minimum 65 ans en Espagne, 66 ans et 4 mois en Allemagne, 67 ans au Danemark. Il s'agit de pays où la natalité est plus faible qu'en France, ce qui pèse aussi sur leurs équilibres. En Espagne, le régime des salariés fixe un âge minimal de départ à 65 ans sous conditions de carrière, dans un cadre réformé qui relève progressivement l'âge de référence selon la durée de cotisation. En Allemagne, le régime légal prévoit un relèvement progressif de l'âge de la retraite vers 67 ans selon l'année de naissance. Au Danemark, l'âge légal de la pension de vieillesse est de 67 ans dans le régime de base, avec des ajustements prévus par la réglementation nationale.
Une opinion publique attachée à un départ précoce
L'opinion publique française demeure majoritairement favorable à un départ avant 65 ans. D'après la DREES, 74% des non-retraités déclaraient souhaiter partir entre 61 et 64 ans, l'âge idéal se situant à 62 ans. Sur le terrain, l'acceptabilité apparaît contrastée : un commerçant de 29 ans, en bonne santé, se dit prêt à travailler "aussi tard" si nécessaire, tandis qu'un autre, âgé de 55 ans et actif depuis ses 17 ans, doute de pouvoir tenir "dans 10 ans".
Les arbitrages à venir opposent donc plusieurs options — recul de l'âge, hausse des cotisations, baisse des pensions, soutien à l'emploi et à la productivité, recours à l'immigration — pour répondre à une contrainte démographique mise en avant par le COR et déjà au centre des joutes politiques.