La BCE s'apprête à relever son taux de dépôt à 2,25% face au blocage du détroit d'Ormuz et à l'inflation à 3,2%

La BCE s'apprête à relever son taux de dépôt à 2,25% face au blocage du détroit d'Ormuz et à l'inflation à 3,2% Les signaux envoyés par la présidente et par une membre du directoire préparent une hausse ce jeudi, alors que les prévisions d'inflation pourraient être revues à la hausse.

Christine Lagarde a indiqué en avril à Francfort avoir "débattu en longueur d'une augmentation des taux d'intérêt" lors de la conférence de presse suivant la réunion du Conseil des gouverneurs. Quelques semaines plus tard, Isabel Schnabel, membre du directoire depuis 2020, a estimé : "Dans les conditions actuelles, je pense qu'une hausse en juin sera nécessaire". Selon le consensus relayé par la presse économique, la BCE devrait porter son taux de dépôt de 2,00% à 2,25%, mettant ainsi un terme à une longue période de stabilité depuis la dernière hausse de septembre 2023.

Le relèvement attendu de 25 points de base ferait de la BCE l'une des premières grandes banques centrales à resserrer sa politique monétaire face au regain d'inflation, avant la Banque d'Angleterre et la Réserve fédérale américaine, dont les décisions sont programmées la semaine prochaine. Boursorama a rapporté le 9 juin que "les risques d'inflation refont surface", tandis que BFM Business évoquait un risque de "choc d'inflation à retardement" lié à la guerre au Moyen-Orient. Philip Lane, chef économiste, a averti que les nouvelles prévisions d'inflation de ce jeudi pourraient être revues à la hausse sous l'effet de prix de l'énergie durablement élevés.

Une inflation nourrie par le choc énergétique

Dans ses décisions du 30 avril, le Conseil des gouverneurs a souligné que la guerre au Moyen-Orient avait provoqué une forte augmentation des prix de l'énergie, dont l'impact dépendra de l'intensité et de la durée du choc ainsi que de ses effets indirects et de second tour. Les Échos relèvent que la fermeture du détroit d'Ormuz a fait bondir les prix du pétrole. Dans ce contexte, l'inflation de la zone euro a atteint 3,2% en mai, loin de l'objectif de 2% à moyen terme.

Les 19 mars et 30 avril, le Conseil des gouverneurs avait maintenu inchangés les trois taux directeurs, tout en notant des risques à la hausse sur l'inflation et à la baisse sur la croissance liés au conflit. Il avait rappelé que l'inflation se situait autour de son objectif de 2% avant la flambée des prix de l'énergie et que l'économie avait bien résisté. La Commission européenne a par ailleurs revu à la baisse sa croissance 2026, de 1,2% à 0,9%, accentuant le défi d'un arbitrage entre stabilité des prix et soutien de l'activité.

Une hausse des taux directeurs refroidit l'économie via le canal des prêts bancaires, avec pour effet escompté un ralentissement des prix et de l'activité. Le coût du crédit pour les ménages et les entreprises augmenterait, la transmission se faisant en priorité sur les prêts à taux variable et les nouvelles émissions obligataires, notamment dans les pays où ces crédits pèsent lourd.

Une conférence de presse à haute tension

L'exercice sera particulièrement délicat pour Christine Lagarde, dont les interventions seront scrutées pour déterminer si ce geste ouvre un nouveau cycle de hausse ou constitue un ajustement préventif. Avec la BCE en tête de la séquence de resserrement, ses mots pèseront d'autant plus que la Banque d'Angleterre et la Réserve fédérale américaine se réuniront la semaine suivante.