Sébastien Lecornu alerte sur des menaces lourdes d'ingérences pour la présidentielle 2027

Sébastien Lecornu alerte sur des menaces lourdes d'ingérences pour la présidentielle 2027 Matignon réunit formations politiques et révèle deux rapports de Viginum, en attendant un projet de loi avec référés d'urgence et peines renforcées à l'automne.

Jeudi 11 juin 2026, Sébastien Lecornu a réuni à Matignon les formations politiques et les représentants des institutions de sécurité pour alerter sur les ingérences étrangères. Si le risque "a été significatif sur les municipales, sans effet majeur", il laisse, selon le Premier ministre, entrevoir "des perspectives de menaces lourdes sur l'élection présidentielle de 2027". Toute la classe politique pouvant être concernée, il a insisté sur la nécessité de protéger le débat démocratique et de faire la transparence sur les opérations passées, à commencer par celle qui a visé, en provenance d'une entreprise israélienne, des candidats de La France insoumise.

Rapports de Viginum et leçons des municipales

Pour étayer ce constat, deux rapports de Viginum ont été rendus publics en parallèle. Le premier, déjà connu, couvre les ingérences durant les municipales, qui ont aussi visé Pierre-Yves Bournazel (Horizons) à Paris, mais qui sont restées "limitées" en volume et en impact ; le second, plus technique, détaille les tentatives contre les Insoumis. Le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) avait d'ailleurs averti que ces municipales pouvaient servir de "répétition générale". Le phénomène n'est pas nouveau : Viginum avait déjà détecté 25 tentatives d'ingérences numériques étrangères en 2024, année d'élections européennes et législatives, même si elles avaient alors manqué de visibilité et pesé peu sur le débat public.

C'est l'attaque contre La France insoumise qui a précipité le dossier. Fin mai, le parti avait alerté sur le "péril" des ingérences, illustré par une fausse accusation de viol et de faux visuels de campagne, conduisant le parquet de Paris à ouvrir une enquête. Si Sébastien Lecornu a reconnu que le commanditaire restait inconnu, évoquant une "forme de mercenariat numérique", il a demandé "des explications" et "de l'aide" aux autorités israéliennes : selon Viginum, l'ingérence pourrait provenir de Black Corp, un groupe privé opérant depuis Israël. En réponse, la formation de Jean-Luc Mélenchon propose la création d'une instance de surveillance de la campagne présidentielle et l'interdiction des messages politiques fondés sur le profilage de données personnelles.

Sur le plan législatif, et alors qu'un projet de loi avait été annoncé en avril par Emmanuel Macron, lui-même victime d'ingérence en 2017, le Premier ministre a esquissé deux axes : de nouveaux référés pour saisir la justice en urgence en période électorale, et un durcissement des peines, jugées "pas assez dissuasives". Ce texte pourrait être inscrit à l'agenda parlementaire de l'automne.

Reste une difficulté de taille : distinguer l'ingérence étrangère de la simple expression d'une opinion. Plusieurs responsables ont ainsi dénoncé comme une ingérence les propos de l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, qui a souhaité que "n'importe qui plutôt que Jean-Luc Mélenchon" remporte la présidentielle de 2027. Sébastien Lecornu a lui-même appelé à la nuance, en distinguant l'ingérence étrangère de ce qui relève de la "propagande" — à l'image de la chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, ex-patronne de RT en France et désormais présente dans les médias de Vincent Bolloré. Son cas cristallise le dilemme : des eurodéputés réclament des sanctions contre elle et s'interrogent sur le renouvellement, en 2024, de son titre de séjour pour dix ans, quand le Premier ministre se refuse à toute interdiction de principe. Il a posé une seule "ligne rouge", celle des "intérêts fondamentaux de la Nation", et plaide plutôt pour qu'une "contradiction" lui soit apportée lors de ses interventions publiques. "S'il faut interdire tous ceux qui font de la propagande avec des idées avec lesquelles on n'est pas d'accord, on va interdire beaucoup de monde", a-t-il averti. Un arbitrage que conteste l'eurodéputée Nathalie Loiseau, pour qui l'extrême droite est dans le "déni" en privilégiant la liberté d'expression à tout prix.

Références européennes et précédents étrangers

Pour mesurer l'ampleur du risque, le ministre délégué à l'Europe, Benjamin Haddad, a rappelé un précédent récent : lors de la présidentielle de 2024 en Moldavie, 10% des voix avaient été achetées via Telegram, notamment par des virements en cryptomonnaie, pour un coût qui avait représenté, côté russe, l'équivalent d'une seule journée de guerre en Ukraine. De quoi illustrer le risque d'une manipulation à grande échelle et le besoin de dispositifs rapides, au cœur du projet de loi de Matignon.