Le protocole d'accord de paix avec Washington promet à l'Iran un pactole équivalent à son PIB, via dégel d'avoirs et fonds de reconstruction
Le protocole d'accord qui vient d'être signé avec Washington prévoit d'octroyer des sommes considérables à l'Iran. Ce texte, qualifié de "quasi-plan Marshall" accordé à un seul pays, promet à Téhéran un soutien financier global équivalent à son produit intérieur brut, soit près de 400 milliards de dollars l'an dernier. Cette enveloppe, qui représente près de deux fois les sommes versées par les Etats-Unis à l'Ukraine depuis l'invasion russe en 2022, marque un tournant majeur dans la gestion des conséquences du conflit ayant frappé l'Iran.
Au-delà de la vente sans contrainte du pétrole iranien pendant deux mois, le deal ouvre la voie à un allégement plus large des sanctions, à l'accès aux fonds iraniens gelés à l'étranger et à un potentiel fonds pour la "reconstruction et le développement économique" de l'Iran de 300 milliards de dollars. C'est l'équivalent du produit intérieur brut (PIB) iranien, qui s'élevait à près de 400 milliards de dollars l'an dernier, qui fait figure de promesse globale.
Origine et modalités des fonds
Le flou règne sur la provenance exacte et les modalités de versement de ces sommes. Téhéran fait du dégel des avoirs iraniens un point non négociable. De 100 à 120 milliards de dollars de recettes pétrolières ou d'actifs financiers bloqués par les sanctions américaines et internationales seraient aujourd'hui sur des comptes bancaires à l'étranger. Un premier déblocage de 24 milliards pourrait avoir lieu, selon des sources, d'ici à deux mois, dont une moitié très rapidement.
Pour l'essentiel du pactole, le fonds dédié à la reconstruction des infrastructures et à la remise à flot de l'économie iranienne, le flou règne. Le président américain a assuré lundi que le versement de 300 milliards par les Etats-Unis à l'Iran était "une fausse information, diffusée par les démocrates". Les proches du président américain ne contestent pas le montant mais insistent sur le fait que cet argent ne proviendra pas des contribuables américains.
Le vice-président JD Vance l'a affirmé sur CBS News. Il a indiqué que ce fonds, qui ne devrait être débloqué que si l'Iran met définitivement fin à son programme nucléaire, est "le genre de chose, financée par la Gulf Coast Coalition", à laquelle les Iraniens "pourraient avoir accès". "Nous inviterions d'autres pays – pas nous, mais d'autres pays – à investir en Iran", a-t-il insisté. La moitié de la somme aurait déjà trouvé des investisseurs pour ce plan, qui devrait être financé par le secteur privé du Golfe et d'Asie de l'Est.
Conditions et débats autour du plan
Ce quasi-plan Marshall accordé à un seul pays, octroyé par l'agresseur à sa victime, lui apporterait, s'il est déployé sur une dizaine d'années, l'équivalent de 7% à 8% de son PIB annuel. Il permettrait de remettre en état les infrastructures les plus endommagées par la guerre.
Dans les secteurs de l'énergie et de la pétrochimie, où les attaques ont visé les principaux centres de production, d'Assalouyé et de Mahchahr, l'horizon de réparation des dommages est à cinq ans au moins. Dans l'eau et l'électricité qui, selon le ministre iranien de l'Energie, "ont subi de lourds dommages", ce sera sans doute plus rapide. Des reconstructions sont à prévoir aussi dans l'industrie où, en avril, Téhéran recensait plus de 3 000 sites touchés dont plus de 15% détruits, ainsi que dans le civil où des dizaines de milliers de bâtiments, y compris sanitaires, ont été détruits.
Le 13 avril, alors que la guerre n'avait encore duré qu'un mois et demi, la porte-parole du gouvernement iranien chiffrait les dommages liés à la guerre à environ 270 milliards de dollars. Plus récemment, l'Administration Trump a évoqué, parmi d'autres chiffres, un coût des réparations à 1 000 milliards de dollars.
Enjeux économiques et sociaux
L'Iran sort de ce conflit avec une économie profondément fracturée : 60% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, avec une inflation annuelle atteignant 53,9% et une inflation point à point de 77,2%. Dans ce contexte, un plan de reconstruction de 300 milliards pourrait surtout devenir une nouvelle rente externe à allouer à des marchés publics, des concessions, des projets d'infrastructures.
En pratique, ce sera un vaste champ de compétition entre le corps des gardiens de la révolution islamique et ses conglomérats (construction, énergie, télécoms…), les technocrates "réformistes" ou pragmatiques et les réseaux proches du guide et des grandes fondations religieuses. Les premiers chercheront à se positionner comme interlocuteurs incontournables des entreprises étrangères, les seconds voudraient conditionner l'accès aux nouveaux fonds à des réformes de gouvernance, tandis que les troisièmes feront du contrôle de la distribution de ces contrats un instrument de loyauté politique.