Le trafic maritime via le détroit d'Ormuz chute à son plus bas niveau depuis le 13 juin 2026

Le trafic maritime via le détroit d'Ormuz chute à son plus bas niveau depuis le 13 juin 2026 L'escalade militaire dans le Golfe paralyse le commerce maritime et énergétique, révélant l'insuffisance des alternatives et faisant peser un risque systémique sur l'économie mondiale.

Depuis la reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l'Iran, le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial, connaît une chute historique de son trafic maritime. Cette situation provoque une envolée des prix du pétrole et des coûts logistiques, tout en mettant en lumière les limites des solutions de contournement envisagées par les Etats du Golfe.

Une escalade militaire aux conséquences immédiates

Depuis le 11 juillet, les Etats-Unis, qui justifient leur offensive par les attaques iraniennes visant des navires marchands, ont multiplié les opérations militaires, utilisant pour la première fois des drones navals kamikazes contre la base de Bandar Abbas. Donald Trump a également rétabli le blocus des ports iraniens, menacé de frapper à nouveau les installations nucléaires de Téhéran et revendiqué le rôle de "gardien du détroit", allant jusqu’à évoquer un droit de passage de 20% avant de revenir sur cette annonce.

L’Iran affirme que le détroit restera fermé tant que les "actes d’agression" américains se poursuivront. Plusieurs navires ont été visés ces derniers jours : un porte-conteneurs chypriote a pris feu après une attaque, deux pétroliers émiratis ont été frappés en eaux omanaises et plusieurs installations stratégiques de la région ont été ciblées.

Six navires seulement avaient emprunté le détroit dimanche, au plus bas depuis cinq semaines, selon la société de suivi maritime Kpler. Cette chute du trafic perturbe l'approvisionnement mondial en énergie et en biens, alors que le détroit d'Ormuz est un point de passage crucial pour le pétrole et le gaz naturel liquéfié.

Le Brent, baril de la mer du Nord, qui sert de référence mondiale, a gagné plus de 10% mardi mais reste encore loin d’une flambée. Les conséquences sur les coûts du transport maritime sont "déjà spectaculaires", écrit le commissaire de transport Ovrsea dans sa newsletter du 15 juillet. Certains itinéraires dépassent désormais leurs records de la pandémie, "signe du coût exorbitant des solutions de contournement terrestres". Les surprimes de guerre sont très volatiles et peuvent atteindre jusqu’à 10% de la valeur d’un navire, pour franchir Ormuz, contre 1 à 2% auparavant.

Les Etats du Golfe accélèrent leurs plans de contournement. Le géant portuaire émirati DP World, détenu par le gouvernement émirati, prévoit de construire un grand port et un terminal à conteneurs à Fujaïrah, sur la côte orientale des Emirats arabes unis, directement ouvert sur l’océan Indien pour réduire la dépendance de Jebel Ali, principal hub logistique de la région, au détroit d’Ormuz. Ce projet, qui ne devrait toutefois pas être achevé avant environ un an et demi, déplacerait une partie des flux hors du Golfe, même si cette façade maritime reste exposée aux tirs iraniens.

Les Emirats peuvent déjà exporter une partie de leur pétrole via l'oléoduc reliant Abou Dhabi à Fujaïrah. L'Arabie saoudite utilise son oléoduc Est Ouest jusqu'à la mer Rouge et envisage d'en augmenter les capacités. L'Irak examine ou réactive des itinéraires vers la Turquie, la Syrie ou la Méditerranée. Mais aucune de ces infrastructures ne peut absorber les quelque 20 millions de barils de pétrole qui transitaient quotidiennement par Ormuz. Même si tous les projets actuellement envisagés voyaient le jour, entre 7 et 9 millions de barils par jour resteraient sans solution alternative.

Un risque systémique pour l’économie mondiale

La crise du détroit d’Ormuz intervient alors que l’économie mondiale montrait des signes de résilience. La croissance avait jusqu’ici résisté mieux qu’anticipé, selon le Fonds monétaire international (FMI). L’activité a ralenti, passant d’un rythme annualisé de 3,8% au quatrième trimestre 2025 à 3% alors que l’institution n’attendait que 2,7% dans ses prévisions d’avril. Après avoir ralenti depuis début 2024, l’inflation mondiale devrait remonter à 4,7% en 2026 contre 4,1% en 2025, tirée par la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation.

Pour Tewfik Hamel, Ormuz est devenu une véritable "taxe géopolitique" imposée à l’économie mondiale.