Les trois vagues de canicule en France en 2026 font peser un risque baissier sur la croissance
Les trois vagues de chaleur que le pays vient de connaître font peser un "risque baissier" sur les prévisions de croissance. La France a connu des pics de chaleur record, fin juin puis début juillet, après un premier épisode caniculaire au mois de mai 2026. Les canicules de 2026 se distinguent par une fréquence, une durée et une intensité inhabituelles. Face à cette situation, le gouvernement vient d'abaisser sa prévision de croissance du PIB de 0,9% à 0,7% pour 2026.
Clément Bortoli, chef de la division synthèse conjoncturelle de l'Insee, a indiqué mi-juin tabler sur une hausse du PIB de 0,7% en 2026. Cette révision intervient alors que l’économie hexagonale a été mise à rude épreuve : trains annulés, commerces et restaurants désertés, écoles fermées, chantiers arrêtés par les températures exceptionnelles. Les effets délétères sont néanmoins concentrés sur certains secteurs.
Les entreprises et l’agriculture en première ligne
Dans un sondage réalisé en juillet par Rexecode, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et l'Association française des trésoriers d'entreprise, 28% des grandes entreprises et des ETI déclarent avoir vu leur activité affectée par les canicules. Seules 5% des entreprises ont indiqué un effet positif des canicules, tandis que pour 49% des firmes interrogées, les chaleurs intenses n'ont eu aucun impact.
Les entreprises affectées par la canicule ont modifié leurs horaires de travail et ont réussi en partie à maintenir leur activité. Toutefois, la production agricole reste l’activité économique la plus exposée à des effets négatifs. Le ministère de l'Agriculture a indiqué qu'en dépit d'une augmentation des surfaces cultivées en blé, la moisson serait en repli de 4%.
En 2003, la canicule avait provoqué une baisse de la production de céréales de l'ordre de 22% par rapport à l'année précédente, et un recul de la production viticole de près de 9%. Les cheptels de poulets, de dindes et de poules pondeuses avaient été décimés. "A l'époque, les chaleurs intenses avaient entraîné une chute de 15,4% de la valeur ajoutée agricole", rappelle Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode.
La situation actuelle n’est toutefois pas strictement comparable. Le poids de l'agriculture dans l'économie française est tombé de 1,7% en 2003 à 1,4%. "Le PIB pourrait perdre entre 0,1 et 0,2 point si la valeur ajoutée agricole venait à baisser de 10% cette année", avance prudemment l’expert de Rexecode.
Il faudra attendre plusieurs mois pour avoir une idée de l'impact réel des canicules sur les rendements des récoltes en 2026. Les canicules pourraient avoir une incidence sur bien d'autres activités, d'autant qu'elles se distinguent cette année par une fréquence, une durée et une intensité inhabituelles.
Des effets économiques encore difficiles à mesurer
Face à un phénomène qu'ils ne maîtrisent pas encore, les économistes sont pris au dépourvu pour évaluer le coût pour l'économie française. "La corrélation entre les températures intenses et le PIB n'est pas évidente, le PIB agrège trop de données", observe Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. Les effets "à court terme" de la vague de chaleur sont "un peu ambigus", a reconnu Emmanuel Moulin, le nouveau gouverneur de la Banque de France, interrogé le 20 juin sur France Inter.
Pour l’instant, les enquêtes de conjoncture ne portent pas la trace de ces épisodes. "En juin, le climat des affaires n'a pas été particulièrement mauvais, grâce à l'industrie", observe Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques. La Banque de France prévoit une hausse du PIB de 0,2% au deuxième trimestre 2026, au lieu d'une croissance nulle. "La croissance au deuxième trimestre devrait afficher un solide 0,2%", estime Anthony Morlet-Lavidalie, qui n'exclut pas "un contrecoup au troisième trimestre" si ce scénario se matérialise. "Ce sera un petit miracle si le PIB augmente de 0,2% ou 0,3% sur la période, alors que l'économie a subi pendant deux mois un choc énergétique avec la fermeture du détroit d'Ormuz et les effets des canicules", affirme pour sa part Mathieu Plane.
Après un recul de 0,1% début 2026, le PIB progresserait de 0,2% au deuxième trimestre, porté par les services et l’adaptation des entreprises aux fortes chaleurs.
Une vigilance de mise pour la suite de l’année
Alors que l’été ne fait que commencer, l’incertitude demeure sur l’ampleur des conséquences économiques des canicules à répétition. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer l’impact réel sur la croissance et sur les secteurs les plus exposés, notamment l’agriculture. Les chiffres de l’Insee attendus dans les prochains jours seront scrutés de près pour évaluer si la croissance française pourra tenir le cap des 0,7% désormais attendus pour 2026.