Sébastien Lecornu prépare un budget 2027 visant un déficit public limité à 4,9% du PIB, s'éloignant de l'objectif de 3% en 2029
Sébastien Lecornu, Premier ministre, compte déposer son projet de budget pour 2027 à l'Assemblée nationale dès le 30 septembre, soit une semaine avant l'échéance légale. Cette anticipation vise à éviter les retards des deux exercices précédents, qui avaient conduit la France à entamer deux années consécutives sans loi de finances adoptée dans les délais. Dans ces cas, le texte n'avait finalement été adopté qu'à la mi-février, au terme de débats difficiles et sans vote. Pour 2027, Sébastien Lecornu entend éviter un troisième début d'année sans budget voté, ce qui constituerait un échec politique majeur, d'autant que l'élection présidentielle est prévue en avril et mai 2027.
Un objectif de déficit revu à la hausse
Pour 2027, Sébastien Lecornu vise un déficit public voisin de 4,9% du produit intérieur brut (PIB), selon des sources concordantes. Ce niveau marque une inflexion par rapport à l'engagement européen de ramener le déficit sous la barre des 3% du PIB en 2029, un objectif qui semble en passe d'être enterré. Le déficit attendu pour 2026 est de 5% du PIB, et le gouvernement n'est déjà pas certain de le ramener de 5,1% à 5% comme il le visait pour cette année.
Les quatre économistes mandatés par Bercy fin mai présentent les 4,9% comme un "objectif réaliste" qui demande néanmoins "des efforts d'ajustement substantiels et immédiats", compte tenu de la hausse spontanée des dépenses sociales et des intérêts à payer sur la dette.
Le gouvernement a choisi de limiter l'ampleur des réformes pour ce budget, même si Sébastien Lecornu promet "des économies structurelles". Les "lettres plafonds" dévoilées le 15 juillet, première ébauche du budget, ne prévoient pas d'austérité globale. Les dépenses publiques devraient encore augmenter de 2,4% en 2027, soit une hausse de 0,8% hors inflation. Cette progression est tirée par les crédits militaires et les intérêts sur la dette publique.
Sur le plan fiscal, le gouvernement a opté pour la stabilité. "Nous choisissons la stabilité fiscale : ni hausse ni création d'impôts", a déclaré Sébastien Lecornu dans un entretien à Paris Match paru le 23 juillet. Ce principe n'empêcherait pas, sur le papier, de prolonger la taxe censée être exceptionnelle sur les profits des grandes entreprises, ni de supprimer ou raboter certaines niches fiscales, mais aucune mesure d'ampleur n'est annoncée. Le gouvernement envisage toutefois de ne pas relever les pensions autant que l'inflation pour les retraités les plus aisés.
Un contexte politique sous tension
Le contexte politique reste tendu, avec une absence de majorité à l'Assemblée nationale à quelques mois de la présidentielle. Pour faire adopter le budget, le gouvernement pourrait tenter de trouver un compromis avec le Parti socialiste et recourir à l'article 49.3 de la Constitution. Cette stratégie avait déjà été utilisée début 2026, mais il n'est pas certain que les socialistes acceptent de soutenir le gouvernement à quelques mois de la présidentielle, d'autant qu'ils n'obtiendraient probablement pas de concessions majeures.
Certains sénateurs de droite conseillent de faire passer le budget par ordonnance si le Parlement ne s'est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, comme le dispose la Constitution. Cette procédure, jamais utilisée sous la Ve République, serait envisagée en dernier recours en cas d'échec absolu des discussions parlementaires.