Matignon propose plusieurs pistes d'économies pour le budget 2027, sans hausse d'impôts et en ciblant notamment les dépenses de retraites et de santé
A quelques mois de la présidentielle de 2027, Matignon a esquissé les grandes lignes du projet de budget pour l'année à venir. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a d'ores et déjà précisé que ce budget devra être "réversible" après l’élection présidentielle, laissant la porte ouverte à des ajustements par la future majorité. La copie du gouvernement ne devrait être présentée que fin septembre, avant la reprise des travaux parlementaires.
Le gouvernement structure sa stratégie autour de trois axes principaux : "pas de hausse d'impôts, baisse de certaines dépenses publiques, mise à contribution des retraités". Sébastien Lecornu écarte d’emblée toute augmentation de la fiscalité, affirmant que "nos problèmes sont d’abord des problèmes de dépenses", selon une interview publiée dans Le Parisien. La surtaxe sur les très grandes entreprises, qui concerne celles dont le chiffre d'affaires dépasse 1,5 milliard d'euros et qui devrait rapporter plus de 7 milliards en 2026, pourrait être revue à la baisse. "C'est un impôt exceptionnel, il doit donc rester exceptionnel", assure Sébastien Lecornu. Par ailleurs, Roland Lescure, ministre de l'Economie, a promis que deux niches fiscales en faveur des entreprises, le crédit d'impôt recherche (CIR) et le pacte Dutreil, ne seront pas rabotées.
Des économies ciblées, des arbitrages sectoriels
Si la hausse des recettes est exclue, le gouvernement mise sur une maîtrise accrue des dépenses. Les dépenses de l'Etat vont augmenter en 2027, "mais moins que l'inflation", précise Sébastien Lecornu. Certains ministères bénéficieront toutefois de hausses budgétaires : 6,4 milliards d'euros en plus pour les Armées, 1,1 milliard pour la Transition écologique, 800 millions pour l'Education nationale, 600 millions pour l'Intérieur, 500 millions pour l'Enseignement supérieur et la recherche, et 400 millions pour la Justice. Les montants fléchés vers le logement social et l'apprentissage seront "préservés".
Pour les collectivités territoriales, leurs dépenses de fonctionnement devraient progresser "au rythme de l'inflation, ni plus ni moins", propose Sébastien Lecornu. Les finances sociales, principal poste de dépenses publiques, "seront mécaniquement au-dessus de l'inflation, notamment à cause du vieillissement de la population", a prévenu le Premier ministre.
Retraites et santé : les principales cibles des économies
Le gouvernement entend cibler en priorité les dépenses de retraites et de santé. "On ne peut pas demander uniquement à ceux qui travaillent de payer tous les effets du vieillissement de la population", a martelé Sébastien Lecornu. Deux mesures sont sur la table : une désindexation des pensions de retraite au-delà d’un certain montant et la suppression de l’abattement forfaitaire de 10% dont bénéficient les retraités. "Il peut y avoir débat entre ces deux approches", suggère le locataire de Matignon.
Les dépenses de santé sont aussi dans la ligne de mire du gouvernement. "Il y aura des efforts de bonne gestion à faire" sur l'Assurance-maladie, anticipe Sébastien Lecornu, tout en précisant qu'aucune économie ne sera faite sur la complémentaire santé solidaire ni sur le montant du RSA, dont le montant forfaitaire s'élève à 651,69 euros par mois pour une personne seule. Le coût des arrêts de travail sera remis sur la table : "J'entends lancer une vraie réforme, avec les partenaires sociaux, sur ce sujet", a annoncé le Premier ministre. Le gouvernement prévoit également d'inscrire "une règle d'or" concernant le remboursement des médicaments : remboursement si progrès médical majeur, question du maintien si bénéfice thérapeutique faible.
Un budget sous contrainte, à la veille de la présidentielle
L'élection présidentielle est prévue les 18 avril et 2 mai 2027. Le déficit de l'Etat est estimé dans la loi de finances pour 2026 à 134,6 milliards d'euros, et le déficit public à 5% du PIB. David Amiel, ministre des Comptes publics, affirme que le déficit en 2027 ne doit pas être "pire que celui de 2025", soit 5,1% du PIB.
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement doit trouver près de 28 milliards d'euros d'économies afin de ramener le déficit public à 4,9% du PIB en 2027, sans augmenter les impôts. Ces orientations budgétaires devront être débattues à l’automne, dans un contexte politique tendu et une situation financière contrainte, alors que la croissance demeure faible et que la charge de la dette pèse lourdement sur les finances publiques.