L'Union européenne présente un plan visant à contrer l'essor d'Airbnb et lutter contre la pénurie de logements

L'Union européenne présente un plan visant à contrer l'essor d'Airbnb et lutter contre la pénurie de logements L'UE veut permettre aux Etats et villes de limiter les locations de courte durée, face à la pression immobilière accrue par les plateformes comme Airbnb.

L’essor des plateformes de location de meublés de tourisme (Airbnb en tête) contribue à réduire l’offre de logement des habitants. Ce phénomène, observé dans de nombreuses capitales européennes et grandes destinations touristiques, inquiète de plus en plus les autorités locales et nationales. A Paris, Amsterdam, sur la Costa del Sol en Espagne ou en Crète, la difficulté à se loger s’est accentuée, notamment pour les résidents permanents et les étudiants, qui peinent à trouver un logement abordable, surtout en période estivale.

La pression immobilière est particulièrement forte dans certaines métropoles. Dans le centre de Madrid, on compte environ 40 locations de courte durée pour 100 logements proposés à la location de longue durée, souligne la Commission européenne. A Malte, plus de 60% des locations à court terme sont gérées par des multipropriétaires, proposant au moins deux annonces. Face à cette situation, un nombre croissant de pays européens et d'agglomérations - dont la France - a entrepris une chasse à la location de courte durée. Mais ces initiatives locales se heurtent souvent à des difficultés juridiques, chaque décision contre une plateforme pouvant finir devant les tribunaux.

Un cadre législatif harmonisé à l’échelle européenne

Pour répondre à ces défis, Bruxelles a décidé de voler à leur secours. "Lorsque le marché échoue à fournir quelque chose d’aussi fondamental qu’un logement abordable, les pouvoirs publics ont la responsabilité d’agir", justifie ce mercredi Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission européenne.

La future législation européenne donnera un cadre précis d’actions possibles. Elle fixera notamment les critères de zones "sous tension immobilière", où les meublés de tourisme et l’achat de biens immobiliers destinés à la location de courte durée pourront être limités. A l’intérieur de ce cadre, les autorités nationales, régionales et locales garderont leur pouvoir de décision. Le texte entrera en vigueur après une négociation avec le Parlement européen et les Etats membres.

Ce projet est salué par plusieurs acteurs engagés dans la lutte contre la pénurie de logements. "En voulant restreindre la location de courte durée, l’Europe reconnaît que les plateformes comme Airbnb provoquent des situations graves de pénuries de logements, se félicite Jonathan Bellaiche, avocat de collectivités comme Oléron, Dinan et Royan. Ne serait-ce que dans l’Hexagone, malgré le socle réglementaire déjà mis en place, il y a encore des abus."

La France, première destination touristique mondiale, s’est dotée d’un nouvel arsenal juridique depuis près de deux ans, avec la loi Le Meur-Echaniz. Le texte donne aux maires de nouveaux outils de régulation : quotas de locations saisonnières autorisées, durée maximale de location (120 jours, 90 jours…), interdiction de louer des passoires thermiques… Il s’accompagne aussi d’une réduction de l’abattement fiscal des meublés de tourisme. "L’Europe est en train de se doter du cadre que la loi Le Meur a déjà apporté à la France, pour la plus grande satisfaction des hôteliers et des Français qui cherchent à se loger, affirme Franck Trouet, délégué général du Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR). Il nous manque une fiscalité favorable incitative à la location de longue durée."

Des sanctions et des résistances

Les sanctions contre les plateformes se multiplient. En France, Airbnb a été condamnée à payer plus de 8,6 millions d’euros à la communauté de communes de l’île d’Oléron (Airbnb a porté l’affaire en cassation). Fin 2025, le gouvernement espagnol a infligé une amende de 64 millions d’euros à la plateforme américaine, pour avoir publié des annonces de logements interdits à la location. L’Espagne, en pointe dans la lutte, voit plusieurs de ses villes adopter des mesures restrictives fortes. La municipalité barcelonaise entend désormais ne pas renouveler, d’ici fin 2028, les quelque 10 000 licences de logements touristiques actuellement autorisées.

Face à ces mesures, les plateformes défendent leur modèle. "Pour l'écrasante majorité des villes, l'idée que les locations de courte durée sont responsables des tensions sur le logement ne résiste pas à l'analyse", assure la Computer & Communications Industry Association (CCIA), un lobby représentant des plateformes, dont Airbnb.