L'"état d'urgence sociale" de Jean-Luc Mélenchon en détail

L'"état d'urgence sociale" de Jean-Luc Mélenchon en détail Le candidat de La France insoumise met en avant une série de mesures de rupture pour répondre à la crise du pouvoir d'achat et à la flambée des prix.

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à l'élection présidentielle, a évoqué la "possibilité, décrite par des conditions objectives particulières, de décréter l'état d'urgence sociale" lors de la Fête de l'Humanité, samedi 12 septembre au Plessis-Pâté, en Essonne. Cette proposition intervient alors que la rentrée 2026 est marquée par une forte hausse des prix du carburant et une inflation persistante, qui alimentent la grogne sociale dans le pays.

L'Insee a dévoilé le 10 septembre une baisse de sa prévision de croissance pour la France en 2026, estimée auparavant à 0,7%, désormais à 0,4% et en berne par rapport à ses voisins européens. Le pouvoir d'achat des ménages reculerait de 0,4% en 2026 face à la diminution de l'emploi salarié et la faiblesse des salaires. Sur un an, jusqu'à août 2026, les prix de l'énergie ont grimpé de 16,7% et de 20% pour certains produits frais en France.

Face à cette situation, la CGT a demandé à Sébastien Lecornu mercredi 16 septembre une table ronde d'urgence "sur le pouvoir d'achat et la vie chère". Le SP95-E10 a franchi un nouveau record à 2,14 euros le litre, le 14 septembre, accentuant la pression sur les ménages.

Une stratégie de rupture revendiquée

Derrière la proposition d'état d'urgence sociale, La France insoumise affiche la volonté de "décréter que nous sommes dans une situation de marasme économique et social urgente, qui demande une politique de rupture, de transformation radicale et pas seulement des rustines", selon Aurélie Trouvé (LFI), présidente de la commission des affaires économiques à l'Assemblée nationale, auprès de franceinfo.

Pour sortir durablement de l'urgence sociale, la formation souhaite mettre en place des "décrets" et des "lois de rupture". Parmi les mesures phares figurent le blocage des prix du carburant, l'encadrement des marges des distributeurs, la hausse du Smic à 1 700 euros net et l'échelle mobile des salaires. Cette dernière consiste à ce qu'"à chaque fois qu'il y a des augmentations de prix, il y a des augmentations de salaires", précise Aurélie Trouvé à franceinfo.

La députée détaille également trois axes d'action : "La taxation des plus hautes fortunes afin qu'ils payent leur juste part d'impôts, augmenter le pouvoir d'achat et relancer les recettes fiscales par la hausse des salaires. Par exemple, un boulanger peut davantage vendre sa baguette si les gens sont en mesure de la payer, explique l'élue de Seine-Saint-Denis. Enfin, en désarmant la finance et en faisant en sorte que l'on arrête de payer autant de frais financiers à cause d'une dette publique qui, aujourd'hui, a été accaparée par des financiers privés".

La question du pouvoir d'achat s'impose comme un thème clé de la présidentielle 2027, avec des mobilisations sociales en cours depuis le 15 septembre. La France insoumise, les socialistes d'Olivier Faure, les communistes menés par Fabien Roussel et les Ecologistes de Marine Tondelier appellent à la "mobilisation" ou se tiennent aux côtés des manifestants en cas de mouvement social le 29 septembre.

A droite et au centre, des candidats comme Gabriel Attal proposent de "rapprocher le net du brut" par la baisse des cotisations sociales et la hausse du salaire net. Le Rassemblement national et sa candidate Marine Le Pen ont également fait du pouvoir d'achat leur cheval de bataille dans la course à l'Elysée.

Dans ce contexte, Jean-Luc Mélenchon demeure en tête à gauche dans les intentions de vote, avec la possibilité d'un accès au second tour pour la première fois, tandis que Marine Le Pen reste donnée gagnante pour le moment.

Une réponse politique à une crise profonde

Pour Aurélie Trouvé, "les gens arrivent de moins en moins à boucler leurs fins de mois, de moins en moins à vivre dignement, à nourrir correctement leurs enfants, à pouvoir se soigner", constate-t-elle auprès de franceinfo.

La proposition de La France insoumise entend ainsi peser sur le débat public et sur l'agenda politique, à l'heure où la question sociale s'impose comme un enjeu majeur de la campagne présidentielle.