En cours de reformation sur les réseaux sociaux, les "gilets jaunes" de retour le 17 octobre ?
De nombreux internautes s'indignent de la hausse du prix de l'essence et appellent à une mobilisation nationale. L'idée semble née spontanément sur les réseaux sociaux. Depuis début septembre, des vidéos et publications fleurissent sur TikTok, Instagram et Facebook, relayant la date du 17 octobre pour une manifestation contre la hausse des prix des carburants. L'une des premières vidéos à évoquer cette date provient d'un compte TikTok : le jeune homme qui s'y exprime justifie le choix du 17 octobre en soulignant qu'il s'agit d'un samedi de vacances scolaires, et que "tout le monde peut être là" et disponible pour manifester.
Sept jours après sa publication, le 8 septembre, cette vidéo compte près de 300 000 "J'aime" et 30 000 partages. D'autres internautes, souvent jeunes, se filment devant des stations-service, arborant parfois un gilet fluorescent, et s'indignent des prix des carburants, qui s'approchent des 3 euros le litre dans certaines stations. Dans les commentaires, on retrouve régulièrement des personnes jeunes, trop pour avoir pu participer au mouvement en 2018. Beaucoup appellent à une mobilisation de la "génération Z", à l'image des mouvements qui ont secoué le Maroc, Madagascar ou le Népal.
Des contenus viraux, mais une organisation floue
Les appels à manifester sont souvent accompagnés de visuels générés par intelligence artificielle (IA), pour exprimer des revendications et motiver les internautes. Certains de ces visuels sont d'une fiabilité douteuse. Une publication partagée près de 6 000 fois présente une carte de rassemblements soi-disant prévus dans toute la France, sans citer de sources. L'idée d'une manifestation est largement relayée sur les réseaux sociaux par des comptes anonymes, qui se présentent comme des médias et en reprennent les codes visuels. Certains relaient des informations non sourcées, voire fausses, allant parfois jusqu'à imiter les voix de véritables journalistes, comme dans cette vidéo vue près d'un million de fois.
Auprès de franceinfo, le propriétaire du site web en lien dans la biographie du compte TikTok dément tout lien avec ce compte, qui se spécialise dans les images choc.
Auprès de franceinfo, l'entreprise de veille sur les réseaux sociaux Visibrain affirme que les publications sur le sujet sont plus nombreuses qu'en octobre 2018, au début du mouvement des "gilets jaunes". Mais à l'heure actuelle, cet appel à la mobilisation est "largement porté par l'écosystème médiatique" qui s'en fait l'écho, selon l'entreprise. Les canaux utilisés par les "gilets jaunes" historiques sont également peu impliqués dans ce regain de popularité, d'après Visibrain. "Quelques pages emblématiques liées aux 'gilets jaunes' refont surface, principalement sur Facebook", mais "leur activité demeure néanmoins marginale par rapport au volume global des échanges, qui sont aujourd'hui davantage alimentés par des réactions médiatiques et d'observation du mouvement".
Sur TikTok, plusieurs nouveaux comptes s'autoproclament "compte officiel" ou "représentant" du mouvement, ou des "gilets jaunes" en général, sans justifier de leur légitimité. La date du 17 octobre a beau être présentée comme "officielle" dans de très nombreux messages publiés sur les réseaux sociaux, aucune organisation, ni aucune page Facebook ou Instagram liée aux "gilets jaunes" ne semble être à l'origine de cet appel. Selon les informations de franceinfo, aucune amplification significative par des acteurs étrangers connus n'a été constatée pour le moment.
Un contexte de flambée des prix et de mécontentement social
Les prix des carburants battent des records et alimentent un important mécontentement.
Réactions politiques et syndicales
A gauche de l'échiquier, notamment, ces nouveaux appels à manifester sont soutenus par certains responsables politiques. Invité de France 2 le 11 septembre, le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, a déclaré qu'il appelait "les Français à se mobiliser, comme nous avons su le faire en 2018 avec les 'gilets jaunes'", "sur les ronds-points" ou "devant tous les lieux de pouvoir (…) pour que ce gouvernement agisse". La présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a pour sa part assuré sur franceinfo, mardi, qu'elle soutenait les appels à manifester.
Du côté syndical, la prudence domine. Interrogée mercredi sur un éventuel soutien de la CGT, la secrétaire générale Sophie Binet a insisté sur le caractère "récent" du "phénomène, qui a émergé depuis cinq jours". Cette tendance est pour le moment "difficile à caractériser et (…) évolue dans le temps", a-t-elle estimé, sans se prononcer à ce stade sur le soutien de la CGT. "En tout cas, ce qui est sûr, c'est que nous partageons les revendications sur la nécessité de bloquer les prix et d'augmenter les salaires", a-t-elle dit.
Les autorités observent avec attention la situation. Auprès de France 2, un préfet en zone rurale confie : "Je cogite fort depuis cette nuit. Les gens se disent que l’Etat et les grandes multinationales les arnaquent. Et ça, à mon avis, ça peut être explosif." Un autre, en zone urbaine, temporise : "Je ne vois pas encore de mobilisation particulière, mais évidemment, nous restons vigilants."
Une mobilisation sans structure claire
Si l'émergence de cet appel à manifester rappelle celui du mouvement "Bloquons tout" du 10 septembre 2025, qui avait réuni entre 197 000 et 250 000 personnes, la mobilisation du 17 octobre 2026 se distingue par l'absence d'organisation structurée. Une douzaine de comptes TikTok identifiés par Le Monde, utilisant des noms et des visuels évoquant les "gilets jaunes", et qui ont diffusé de manière très intensive des appels à manifester, ont tous été mis en place ou renommés le 9 septembre – une pratique typique de comptes automatisés et coordonnés.
A ce stade, la dynamique reste largement virtuelle, portée par la colère contre la hausse des prix des carburants et amplifiée par les réseaux sociaux et certains médias, sans relais solide dans les structures militantes historiques.