Budget 2027 : la gauche promet la censure au gouvernement Lecornu

Budget 2027 : la gauche promet la censure au gouvernement Lecornu L'adoption du budget 2027 s'annonce incertaine, la gauche promettant la censure et le sort du gouvernement dépendant de la stratégie du Rassemblement national.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, doit envoyer sa copie budgétaire au Haut Conseil des finances publiques d'ici au 18 septembre. Ce rendez-vous marque le début d'une séquence parlementaire particulièrement tendue, alors que la bataille du budget s'annonce ardue à partir du mois d'octobre au Parlement.

Les inquiétudes sont partagées sur tous les bancs de l'Assemblée nationale. Les députés redoutent un passage en force du gouvernement, qui pourrait recourir à l'article 49.3 de la Constitution ou aux ordonnances pour faire adopter le projet de loi de finances (PLF) et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). "Je pense que personne ne pourra s'exonérer du réel très longtemps. (…) L'intérêt général exige que la France ait un budget. Cette responsabilité engage les formations politiques comme les candidats à la présidentielle", a mis en garde Sébastien Lecornu dans Le Figaro, jeudi 17 septembre, tout en disant vivre "avec la perspective" d'une censure.

La gauche unie dans la censure

Lors d’un débat à la Fête de L’Humanité, dimanche 13 septembre, les quatre chefs de file des députés de gauche, l’"insoumise" Mathilde Panot, l’écologiste Cyrielle Chatelain, le communiste Stéphane Peu et le socialiste Boris Vallaud, ont chacun promis la censure. Les trois premiers pourraient déposer une motion de censure spontanée, dès qu’ils auront pris connaissance du contenu de la copie, fin septembre. "Il est vraisemblable que l’on vote la censure", a déclaré Boris Vallaud. Les socialistes, qui viennent de présenter leur contre-budget, envisagent malgré tout de participer aux discussions avec le gouvernement.

Au sein du bloc central (Horizons, Ensemble pour la République et MoDem), les députés doivent faire écho aux ambitions programmatiques de leurs candidats, Edouard Philippe et Gabriel Attal, sans pour autant faire ombrage aux objectifs affichés par Sébastien Lecornu. Pierre Cazeneuve, élu Renaissance des Hauts-de-Seine et membre de la commission des finances, estime : "Rien ne va se passer comme l’an dernier. Un budget par voie naturelle a peu de chance d’aboutir, ce sera plutôt au forceps, avec un 49.3 ou les ordonnances, et avec les risques que cela suppose pour le gouvernement." Il ajoute : "Ce n’est pas un budget de bonnes nouvelles. Nos candidats sont lucides sur les difficultés du Premier ministre, ils ont de la compassion à son égard et sont solidaires, mais ils feront des pas de côté pour affirmer leur projet et leur identité."

Marc Fesneau, président du groupe MoDem, appelle à la prudence. Il craint une campagne présidentielle "bouleversée par un accident financier" et appelle à la responsabilité dans les débats budgétaires : "Nous ne ferons pas de surenchère à la dépense mais plutôt de la surenchère à la raison budgétaire."

Les Républicains en retrait

Du côté des Républicains, la stratégie est plus attentiste. Leur candidat à la présidentielle, Bruno Retailleau, a demandé de réinstaurer la réforme des retraites, que le gouvernement avait suspendue en 2025 après un compromis tissé avec les socialistes. Mais les députés LR espèrent vite tourner la page budgétaire. Une source interne au groupe explique : "On connaît la fin de l’histoire : on aura un budget dont on ne sera pas pleinement satisfait. On va essayer de bouger deux ou trois curseurs avec des amendements et à la fin on ne censure pas."

Dans ces conditions, la position de Marine Le Pen et des 122 députés du Rassemblement national sera déterminante pour l'adoption du budget pour 2027 et pour le sort du gouvernement de Sébastien Lecornu. Marine Le Pen, solidement installée en tête des intentions de vote à l'élection présidentielle, temporise, "consciente qu'il faut un budget même s'il est imparfait", et laisse planer le doute sur la censure : "Moi, je ne m'interdis rien."

Face à ce contexte inflammable, le président de la République, Emmanuel Macron, a convié, vendredi 18 septembre, les chefs de partis représentés au Parlement ou leur candidat à l’élection présidentielle à l’Elysée pour une réunion sur "la dégradation rapide de la situation internationale", et ses conséquences en France sur la sécurité et l’énergie.