Près de 93 500 grands électeurs renouvellent la moitié du Sénat le 27 septembre 2026, avec pour enjeu principal la possible création d'un groupe RN
Près de 93 500 grands électeurs se rendent aux urnes dimanche pour renouveler la moitié du Sénat. Les élections sénatoriales se tiennent, dimanche 27 septembre, comme une ultime répétition à six mois du scrutin décisif du mois d'avril. Ce rendez-vous, dernier scrutin intermédiaire avant la présidentielle, est scruté de près par tous les états-majors politiques. Le futur locataire de l'Elysée devra en effet composer avec un Sénat qui entend bien jouer un rôle de contre-pouvoir.
Le mode de scrutin, indirect et réservé à des élus locaux à 95%, limite traditionnellement les bouleversements spectaculaires. Le renouvellement par moitié de l’hémicycle amortit les changements, et les résultats reflètent les rapports de force issus des élections municipales.
L’enjeu majeur : la possible création d’un groupe Rassemblement national
Le principal enjeu de ce scrutin réside dans la percée attendue du Rassemblement national (RN) au Palais du Luxembourg. Le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen va-t-il y faire une entrée en masse ? L'horizon est accessible alors que le scrutin de mars dernier a été marqué par une forte progression du RN dans les villes moyennes, lui fournissant un bataillon de "grands électeurs".
Jusqu'à présent, le RN ne comptait que trois sénateurs. Atteindre les dix élus – le seuil requis pour pouvoir constituer un groupe politique – suffirait à son bonheur. "C'est possible, mais ça va se jouer à pas grand-chose, d'où la nécessité de soigner la stratégie et la campagne", analyse pour franceinfo un sénateur RN. Disposer d’un groupe donnerait au RN plus de temps de parole lors des débats parlementaires et plus de moyens financiers pour préparer le travail législatif.
"On cible la ruralité et les maires sans étiquette, car c'est là où l'on a le plus de réserves de voix", confie à franceinfo Ludovic Pajot, directeur de campagne du RN pour ces sénatoriales. Pour retenir l'attention, beaucoup de listes du parti sont menées par des figures déjà connues comme la députée Edwige Diaz en Gironde ou Marie-Caroline Le Pen dans la Sarthe. Les adversaires politiques s'interrogent déjà sur les conséquences de l'arrivée d'un groupe RN sur l'ambiance des débats, d'ordinaire feutrée et modérée. "Tout le monde est sur la défensive par rapport à cette perspective. Je ne les vois pas ne pas attaquer le gouvernement, ne pas créer des commissions d'enquête ou des missions d'information", s'inquiète une sénatrice centriste.
La France insoumise en quête d’une première représentation
Les départements de la région Ile-de-France ne sont pas concernés par le renouvellement du Sénat cette année (ce sera le cas en 2029). Un handicap pour La France insoumise qui ne peut pas transformer ses bons résultats dans la région parisienne aux municipales, comme à Saint-Denis ou La Courneuve. Difficulté supplémentaire : le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n'a pas conclu d'alliance avec les autres forces de gauche et présentera des listes indépendantes. Il ne devrait pas être en capacité de pouvoir constituer un groupe.
Mais des élus LFI pourraient toutefois rejoindre l'hémicycle. Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon, est celui qui a le plus de chances, dans le Rhône. La France insoumise peut y capitaliser sur ses victoires aux municipales à Vaulx-en-Velin et Vénissieux. Il lui faudra néanmoins convaincre des électeurs d'une gauche plus modérée. "La marche reste haute", confiait-il au Figaro en juillet. "Etre représentés au Sénat serait un acte démocratique, ne serait-ce que pour permettre aux textes que l'on adopte ou soutient à l'Assemblée nationale de poursuivre la navette parlementaire", poursuit-il.
En cas d'échec, le responsable est déjà tout trouvé pour LFI, qui reproche aux écologistes leur alliance avec les socialistes dans le Rhône. "Pour la seconde fois, le parti de Marine Tondelier s'est accordé avec le PS (...) pour empêcher notre mouvement d'avoir le moindre élu au Sénat", a écrit Jean-Luc Mélenchon en cette dernière semaine de campagne.
La droite et le centre devraient conserver la majorité
Gérard Larcher, le président Les Républicains du Sénat, vit des jours tranquilles. Sa réélection au plateau (l'équivalent sénatorial du perchoir de l'Assemblée nationale) n'est pas menacée. L'alliance entre les LR et les centristes devrait conserver la majorité.
Actuellement, le groupe LR domine la chambre haute du Parlement avec 131 sièges, mais il a besoin des 59 sièges du groupe de l'Union centriste pour constituer une majorité. Les Républicains pourraient néanmoins souffrir des bons résultats du RN dans le sud de la France aux municipales. Roger Karoutchi, sénateur des Hauts-de-Seine et spécialiste de la carte électorale, estime la perte à trois ou cinq sièges pour son parti. "L'enjeu principal est de ne pas perdre trop de sénateurs et de faire en sorte de garder une majorité qui permette au Sénat de rester une chambre de stabilité et de pondération", estime Cédric Perrin, sénateur LR du Territoire de Belfort.
Parmi les personnalités à suivre pour les LR, il y a notamment Bruno Retailleau, candidat à sa réélection en Vendée. Il faudra suivre également le score de Valérie Boyer, qui se présente en face d'une liste d'union de la droite et du centre dans les Bouches-du-Rhône. Des dissidents qui, une fois élus, pourraient rejoindre le groupe de l'Union centriste, qui tentera également de courtiser les sénateurs sans étiquette.
Les équilibres à gauche et la situation du groupe macroniste
Il existe trois groupes de gauche au Sénat : un écologiste (16 sièges), un socialiste (64 sièges) et un communiste (18 sièges), soit 98 sièges. L'enjeu serait de dépasser cette année la barre symbolique de la centaine d'élus. Mais les différents groupes ne sont pas logés à la même enseigne. Les socialistes pensent, eux, "pouvoir limiter la casse", selon les propos tenus par le président du groupe, Patrick Kanner, à ses troupes, avec l'objectif de conserver une soixantaine de sièges. Mais ils pourraient perdre le rang symbolique de deuxième force du Sénat et se faire dépasser par le groupe de l'Union centriste.
Le groupe macroniste, baptisé Rassemblement des progressistes démocrates et indépendants (RDPI), traverse une période d'incertitude après la mort cet été de son président François Patriat. 11 sièges sont renouvelables sur les 19 qui composent ce groupe. Le RDPI peut toutefois compter sur le renfort de sénateurs ultramarins, qui composent la moitié du groupe.