Les médias anglo-saxons désignent la France comme le "maillon faible" de l'Europe face à la crise de la dette

Les médias anglo-saxons désignent la France comme le "maillon faible" de l'Europe face à la crise de la dette La presse américaine et britannique multiplie les analyses alarmistes sur la situation financière française, soulignant ses faiblesses structurelles et ses risques pour l'ensemble de la zone euro.

La présentation du projet de budget par le gouvernement Lecornu, jeudi 1er octobre, a été l’occasion pour la presse anglo-saxonne de dresser un constat sévère sur la situation des finances publiques françaises. Les principaux titres américains et britanniques n’ont pas hésité à qualifier la France de "maillon faible" de l’Europe, pointant une vulnérabilité accrue dans un contexte de tensions sur les marchés et de remontée des taux d’intérêt.

Un diagnostic sans concession

La presse anglo-saxonne n'a pas mâché ses mots sur la profondeur de la crise des finances publiques françaises. Dans un éditorial, le Financial Times a ainsi constaté : "La France se heurte brutalement à la réalité budgétaire", ajoutant qu'"un pays qui n'a pas connu d'excédent depuis 1974 paye cher sa prodigalité". Le Wall Street Journal a pour sa part estimé que "la France est l'épicentre de la débâcle obligataire mondiale".

Déjà lors de la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024, la presse américaine s'était alarmée de la dégradation de la situation budgétaire française et du blocage politique des mesures de redressement. Depuis, la conjoncture ne s'est pas améliorée, sur fond de guerre au Moyen-Orient et de climat politique tendu en France. L'incurie budgétaire persiste, aggravant la dette alors que les taux d'intérêt augmentent partout dans le monde.

Signe de la méfiance des investisseurs, le surcoût payé par Paris pour emprunter, par rapport à Berlin, n'avait pas été aussi élevé depuis la crise européenne des dettes souveraines en 2012. Cette situation place la France dans une position délicate, d'autant que sa dette publique atteint désormais 117,5% du PIB, un niveau jugé préoccupant par de nombreux observateurs internationaux.

La croissance française, quant à elle, est au point mort : "un taux décevant de 0% au dernier trimestre", relèvent plusieurs éditorialistes. Cette absence de dynamique économique prive le pays de marges de manœuvre pour redresser ses finances.

Début septembre, The Economist a résumé la situation en ces termes : "Bien que l'Amérique ait une dette plus importante, c'est l'Europe qui connaît le problème d'endettement le plus grave. L'Amérique bénéficie d'atouts tels que la monnaie de réserve mondiale et une économie en croissance. Le handicap de l'Europe peut se résumer en un seul mot : la France".

Les Etats-Unis, endettés à 120% de leur PIB, sont jugés "plus forts que la somme des parties", car la fédération garantit chaque dollar emprunté. A l’inverse, l’Europe, dont la dette atteint 83% du PIB, "a la force de son maillon le plus faible", selon l’hebdomadaire britannique.

Les conditions d’une crise majeure réunies

Pour John Authers, éditorialiste chez Bloomberg, les conditions d'une "crise majeure de la dette" sont réunies en France. Il énumère : un Etat hautement endetté ; une dette détenue par des créanciers étrangers qu'on ne peut contraindre à acheter davantage de bons du Trésor ; libellée dans une devise que l'Etat français ne peut pas imprimer ; des coûts de financement supérieurs à l'accroissement des impôts ; des dépenses budgétaires qui progressent plus vite que les recettes fiscales ; et "pas de plan crédible pour réduire les dépenses ou augmenter les recettes".

La France est "trop grande pour faire faillite" et les investisseurs s'attendent à ce que la Banque centrale européenne (BCE) vole à son secours en cas de crise déclarée, pour éviter la contagion dans la zone euro. Toutefois, selon le Financial Times, "elle se heurterait à une vive opposition des autres capitales, s'agissant de renflouer un pays qui a maintes fois échoué à assainir ses finances, surtout si celui-ci est dirigé par un président en conflit avec l'UE sur d'autres dossiers".

Dans ce contexte, "les tensions sur les marchés et les difficultés budgétaires de la France pourraient encore s'aggraver considérablement avant qu'un quelconque plan de sauvetage ne soit mis en œuvre".

La BCE pointée du doigt

Pour l’économiste américain Robin J. Brooks, "la France est le symptôme, mais la BCE est la maladie", et ce depuis ce jour de 2012 où le banquier central Mario Draghi a promis de sauver l’euro "quoi qu’il en coûte". Il estime que "la France traverse une crise de la dette, tant en ce qui concerne le niveau des rendements à long terme que la rapidité de leur hausse. Rien de tout cela ne se produirait si la BCE n'était pas intervenue massivement en 2022 pour plafonner les rendements espagnols et italiens. Une crise dans ces pays aurait provoqué une telle panique en France que nous aurions peut-être évité la situation actuelle".