Edouard Philippe veut diviser l'immigration légale par deux et provoque la colère de la gauche
L’ancien Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027, est au cœur d’une controverse politique depuis ses propos sur l’immigration, tenus la semaine dernière dans un entretien accordé au Point. Il y affirmait la "patente" "surreprésentation" de jeunes issus de l’immigration lors des pillages du 17 octobre, des propos qui ont suscité des réactions à gauche lundi 2 novembre.
Des propos qui enflamment le débat
Dans un entretien accordé au Point, Edouard Philippe a estimé que "l'échec de l'intégration" depuis "plusieurs décennies est incontestable". Il a aussi jugé "patente" "la surreprésentation de jeunes issus de l'immigration" lors des pillages de magasins du week-end du 17 octobre. Citant l'écrivain Charles Péguy, il a invité à "voir ce que l'on voit". Dimanche soir, il a confirmé ces propos en substance lors d'un entretien avec le journal de 20 heures de TF1.
L’ancien Premier ministre a également détaillé ses intentions en matière de politique migratoire, affirmant : "Je veux, au cours du prochain quinquennat, diviser l’immigration légale par deux en limitant la délivrance de titres de séjour aux seuls motifs professionnels et aux étudiants, restreindre le regroupement familial, réformer l’instruction de l’asile et durcir le bras de fer avec les pays d’origine, et notamment avec l’Algérie en dénonçant le traité de 1968". Il a ajouté : "Mais pour l’intégration, nous devons réinvestir l’école, mieux transmettre les valeurs républicaines et rétablir un service national obligatoire. Enfin, l’intégration est infiniment plus fluide dans un pays prospère. Une société en croissance intègre bien mieux qu’une société figée. C’est l’expansion qui nous sauvera, pas le rabougrissement".
Face à la polémique, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et soutien d'Edouard Philippe, a pris sa défense lundi matin sur franceinfo, estimant qu'il a "dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas". Elle a également déclaré que "désormais, tout ce qui se situe à droite d'Olivier Faure", le premier secrétaire du Parti socialiste, est "mis dans le même sac" et "qualifié de raciste" par Jean-Luc Mélenchon.
Sur le réseau X, Edouard Philippe a affirmé qu’une "France diverse et rassemblée, c’est une France qui réapprend à faire vivre ensemble des femmes et des hommes de toutes origines". Il dit avoir "conscience que ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui", tout en mettant en garde contre "le rejet de l’autre". Le candidat à la présidentielle a également souligné que la "solution" vers la "cohésion nationale" réside "dans la rénovation de notre modèle d’intégration", mais aussi dans "un combat déterminé contre toutes les discriminations dont font l’objet tant de Français issus de l’immigration et d’étrangers pleinement intégrés dans notre société".
Vives réactions à gauche et critiques sur la ligne politique
Les propos d’Edouard Philippe ont provoqué une réaction immédiate de la gauche, qui accuse le camp du candidat d’Horizons de flirter avec les idées de l’extrême droite. Lundi 2 novembre, la candidate écologiste Marine Tondelier s’est indignée sur X : "La porte-parole du gouvernement a repris à son compte du Jean-Marie Le Pen en matinale", et "la question de sa démission ne se pose même pas". Elle a également déclaré : "Maud Bregeon trouve donc ce matin que concernant l’immigration Edouard Philippe, qu’elle soutient, "dit tout haut ce que les Français pensent tout bas". Mot pour mot ce que le FN disait de Jean-Marie Le Pen en 2002".
Le communiste Ian Brossat a abondé dans le même sens, estimant que le fondateur du parti d'extrême droite "utilisait" les mêmes termes "à chaque fois qu'il dégainait ses sorties racistes". Olivier Faure a pour sa part dénoncé une "dérive dans les eaux noires des préjugés racistes".
Edouard Philippe a été accusé par Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, de "ne pas croire" à ce qu'il dit et de parler ainsi "par clientélisme racialiste".
Dominique de Villepin, l’ancien Premier ministre, est la seule personnalité hors de la gauche à critiquer Edouard Philippe. Il a publié un texte dans lequel il déplore le "basculement politique" que les déclarations du maire du Havre représentent, selon lui. Il a estimé que "voir ce que l’on voit, c’est accepter que la démocratie soit désormais captive des écrans" et que cela revient à "essentialiser les positions des uns et des autres en fonction des signes visibles", comme la "religion" ou la "couleur de peau".
En perte de vitesse dans les sondages, le premier chef de gouvernement d’Emmanuel Macron reste néanmoins le candidat du centre et de la droite le mieux placé à moins de six mois de l’élection présidentielle dans une campagne pour l’instant dominée par le Rassemblement national et La France insoumise.