Workday met les bouchées doubles dans l'IA

Workday met les bouchées doubles dans l'IA L'éditeur cloud spécialisé dans les RH et la finance multiplie les acquisitions et les annonces produits pour injecter de l'IA dans tous les processus métiers. Le géant américain lance aussi une opération de séduction auprès du marché européen.

C’est un retour au bercail qui a valeur de symbole. Début février, Aneel Bhusri reprenait les rênes de Workday, l’entreprise qu’il avait cofondée il y a un peu plus de vingt ans. En général, ce type de reprise en main traduit la volonté pour le conseil d’administration d’envoyer un message fort au marché. La vision du cofondateur doit permettre de clarifier et d’accélérer la stratégie de l’éditeur américain alors que celui-ci entame "un nouveau chapitre" de son histoire, celui d’une IA omniprésente.

Conjointement à cette nomination, Workday annonçait la suppression d’environ 400 emplois, soit près de 2% de ses effectifs, afin, comme le veut la formule consacrée, de mieux aligner ses ressources avec ses priorités stratégiques. Contrairement à d’autres géants du numériques, la société californienne n’a pas évoqué l’intelligence artificielle pour justifier ces licenciements. Ce n’était pas la peine. L’IA est dans toutes les têtes et oblige les éditeurs à revoir leur… logiciel. Le 2 février, il a suffi qu’Anthropic annonce un nouvel outil d’automatisation pour les professionnels du droit pour faire dévisser les cours de Bourse des acteurs de l’industrie du logiciel, l’action de Workday concédant plus de 8%.

Des acquisitions en série

Conscient qu’il convient de bien négocier ce virage de l’IA, Workday fait feu de tout bois, multipliant les annonces produits et les acquisitions. Commençons par la politique de croissance externe. A grand renfort de rachats, l’éditeur empile les technologies d’IA pour étoffer sa plateforme. En novembre, il signait un chèque de 1,1 milliard de dollars pour s’emparer de Sana, société spécialisée dans la gestion des connaissances qui a développé deux modules phare. Sana Agent doit servir de point d’entrée pour la recherche d’informations tandis que Sana Learn est présenté comme une plateforme d’apprentissage dopée nativement à l’IA.

Toujours en novembre, Workday annonçait l’acquisition de Pipedream, une start-up californienne qui facilite l’intégration d’agents IA avec son portefeuille de plus de 3 000 connecteurs. Le rachat de Flowise apporte, lui, une plateforme low-code pour concevoir des agents IA. Les autres emplettes concernent plus spécifiquement la fonction RH. HiredScore aide un employeur à identifier les talents de son organisation favorisant la mobilité interne. Avec Paradox, Workday enrichit sa plateforme d'une IA conversationnelle qui simplifie les étapes du processus de recrutement et améliore l’expérience candidat.

Une armée d’agents spécialisés

Workday investit également massivement en R&D pour concevoir ses propres modèles IA. En septembre dernier, à l’occasion de Rising, son événement annuel qui s’est tenu à Barcelone, l’éditeur dévoilait une nouvelle série d’agents IA spécialisés. Du côté des RH, l’agent Case optimise les tâches administratives tandis que l’agent Employee Sentiment analyse en continu les retours des employés pour donner du feed-back aux managers. Du côté finance, l’agent Financial Close rationalise le processus de clôture financière et l’agent Financial Test détecte les fraudes et garantit la conformité des données financières.

Ces nouveaux agents rejoignent son portefeuille Workday Illuminate déjà bien garni avec des agents dédiés au recrutement, à la mobilité interne, au sourcing des prestataires, à la paie, à l’audit financier, à la négociation des contrats ou à la gestion des risques fournisseurs. En tout, la plateforme affiche plus de 80 services d’IA. "L’objectif premier consiste à générer rapidement de la valeur ajoutée tout en renforçant le potentiel humain, avance Frédéric Portal, senior product marketing director, EMEA Financials de Workday. L’adoption de l’IA doit se traduire par des impacts positifs immédiats avec l’assurance d’avoir toujours des résultats comptables justes et une paie conforme."

Avec l’IA, Workday arrive à faire la jonction entre ses deux métiers, les RH et la finance, en améliorant l’expérience collaborateur tout en effectuant les contrôles de conformité nécessaires. Frédéric Portal met en avant, par exemple, une gestion plus intuitive des notes frais. "Il suffit au collaborateur de poster une photo de sa facture dans Slack ou Microsoft Teams pour créer une transaction dans Workday. L’IA affecte ensuite un score de risque à chaque note de frais en fonction des règles comptables et des seuils définis par l’entreprise. Un score élevé alertera le manager chargé de son approbation qui examinera la note de frais plus attentivement."

Capitaliser sur l’écosystème de partenaires

Workday étend aussi son réseau d’agents à son écosystème de partenaires. Ces deniers peuvent enregistrer leurs agents sur une base unique, le Workday Agent System of Record (ASOR), et les proposer sur la marketplace de l’éditeur, leur donnant potentiellement accès à ses plus de 11 000 clients dans le monde. Une quinzaine de start-up de son fonds d’investissement Workday Ventures ont ainsi mis à disposition leurs agents dédiés aux factures fournisseurs, au suivi du temps de travail ou au coaching en leadership. Dans le même esprit, la société de San Francisco a dévoilé, mi-septembre, une nouvelle plateforme à destination des développeurs de ses clients et de ses partenaires. Workday Build leur donne tous les outils pour créer, partager et déployer à grande échelle leurs solutions IA directement dans Workday.

Autre nouveauté, Workday Data Cloud se présente comme "une nouvelle couche de données" qui doit aider "les organisations à libérer la valeur stratégique de leurs données RH et financières" pour transformer plus rapidement les informations clés ("insights") en actions. Des partenariats avec Databricks, Salesforce et Snowflake permettent à ses clients un accès direct aux données hébergées dans ces environnements tiers, sans avoir à les dupliquer. Ce qui doit éliminer les doublons et les coûts d’exportation des données.

L’innovation peut être aussi tarifaire. Au cours de l’exercice fiscal en cours, Workday prévoit de mettre en place un modèle de consommation par abonnement pour ses services d’IA. Avec les "crédits Flex", une entreprise cliente se voit attribuer un quota annuel de crédits qu’elle consomme au fur et à mesure de ses besoins. Un moyen plus souple d’accéder aux dernières innovations sans passer par la négociation d’un nouveau contrat commercial.

Cap sur les grosses PME et l’Europe

Par ailleurs, Workday cherche à étendre son emprise marché au-delà de sa cible historique des ETI et des grands comptes, l’éditeur revendiquant plus de 50% du Fortune 500. En novembre dernier, il lançait Workday GO, une solution tout-en-un à destination des entreprises de taille plus réduite, à partir d’environ 500 salariés. "La plateforme est déjà pré-paramétrée et intègre les règles comptables nationales", précise Frédéric Portal. Cette offre est associée à des services et un réseau de partenaires locaux et inclut un agent de déploiement pour faciliter sa configuration et sa mise en service.

L’extension est aussi géographique. Workday entend se renforcer hors des Etats-Unis et plus particulièrement en Europe. Selon une interview donnée par l’ancien PDG aux "Echos", l’éditeur compte déjà plus de 2 200 clients sur le Vieux continent, dont 45% des sociétés du CAC 40, et prévoit d'investir davantage au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suède ou en France où il revendique 2,5 millions d'utilisateurs.

Pour séduire le marché européen, Workday a annoncé, en octobre, la création d’un centre d’excellence en IA à Dublin où se trouve déjà son siège pour la région EMEA. Cet investissement de 175 millions d'euros sur trois ans s’accompagne de la création de 200 postes spécialisés en IA. Dans le contexte géopolitique actuel, Workday entend, enfin, répondre à l’enjeu de souveraineté. En novembre, le géant américain lançait Workday EU Sovereign Cloud, un environnement de confiance qui garantit aux organisations européennes que leurs données restent hébergées dans l’Union européenne et que toutes les opérations d’exécution de support ou de maintenance soient assurées par des équipes locales.