Cyber Defense Factory, le discret incubateur qui propulse les start-up dans l'écosystème militaire

Cyber Defense Factory, le discret incubateur qui propulse les start-up dans l'écosystème militaire La Cyber Defense Factory accompagne en moyenne deux start-up par an grâce à l'expertise de l'Agence innovation défense, la Direction générale de l'armement, et le Commandement de la cyberdéfense.

Même dans le milieu français de la cybersécurité, peu d'acteurs connaissent la Cyber Defense Factory. Lancé par l'Agence innovation défense (AID), la Direction générale de l'armement (DGA) et le Commandement de la cyberdéfense (ComCyber), cet incubateur très sélectif n'a volontairement accueilli que 13 start-up en son sein, à Rennes, depuis sa création en 2019. "L'originalité de ce dispositif est de proposer une offre de service de qualité plutôt que des financements. Cette offre capte l'innovation cyber de start-up pour la défense et évalue leur potentiel pour le ministère des Armées. Notre objectif est de repérer très tôt certains acteurs qui peuvent nous intéresser à l'avenir", insiste Chantal Caudron de Coquereaumont, responsable innovation cyber à l'AID.

Parmi ces rares start-up sélectionnées par l'incubateur, certaines ont connu une ascension fulgurante. C'est le cas de Sahar, spécialisée dans la visualisation de données massives, et de Glimps, jeune pousse qui a développé une plateforme de détection des cybermenaces. Durant leur incubation, elles n'étaient composées que de quelques fondateurs. Désormais, elles comptent des dizaines de salariés. Pour propulser de jeunes entreprises, la recette de ce discret incubateur est de mettre en œuvre un accompagnement basé sur des retours d'expérience et une évaluation continue de l'opérationnalité des projets.

Une durée d'incubation adaptée

La Cyber Defense Factory fait preuve d'agilité du début à la fin de l'incubation. Les start-up qui souhaitent l'intégrer peuvent ainsi candidater à tout moment. "C'est vraiment au fil de l'eau", martèle la responsable innovation cyber. Elles doivent alors transmettre un dossier à l'AID "qui présente le projet, explique son apport technologique, ses débouchés pour les armées et le privé, sa faisabilité et les raisons pour lesquelles la start-up est légitime pour le porter", se souvient Gauthier Schweitzer, cofondateur de Sahar.

"On a un certain nombre de critères de sélection des dossiers que l'on reçoit : le projet porté doit être innovant, cohérent, et présenter un intérêt pour le secteur de la défense", précise Chantal Caudron de Coquereaumont. Puis, "si le projet attire l'attention, un entretien est organisé avec des experts de l'AID, la DGA et le ComCyber afin de challenger le projet et le sélectionner ou non", selon Gauthier Schweitzer.

Une fois le projet accepté, l'incubation de la start-up consiste principalement en un accompagnement par des experts, "à la carte", d'une durée de six mois à un an, sans masterclasses ni cérémonie de fin d'incubation. "Mais, là encore, on est agiles : si on voit que le projet est intéressant et qu'il doit dépasser un an, on continue l'incubation, ce n'est pas rigide ! L'objectif est simplement de chercher des résultats tangibles assez rapidement. Par contre, si l'on constate qu'il ne peut pas y en avoir, on arrête les frais pour tout le monde", affirme Chantal Caudron de Coquereaumont.

Un accompagnement concret et opérationnel

L'accompagnement des start-up est principalement assuré par des experts de la DGA et du ComCyber : "Pour un projet, il peut y avoir un ou deux experts, c'est du sur-mesure. Les experts sélectionnés ont des connaissances pointues dans le domaine de la start-up. Ils sont choisis en fonction du projet." "On a bénéficié d'un accompagnement régulier avec ces experts. On avait un point de passage tous les deux mois avec eux. Pendant ces points, on fixait des objectifs à atteindre ainsi que des projets de retours d'expérience", raconte Gauthier Schweitzer. Cet incubateur propose en effet aux start-up de faire tester leur solution par le ComCyber.

"Les avis d'experts sont accompagnés de tests et retours opérationnels d'usages des solutions. Cela nous permet d'apprécier dans quelle mesure elles apportent une plus-value par rapport à tout ce dont nous disposons déjà en la matière. Il faut que ces retours opérationnels démontrent la valeur ajoutée qu'apporte la start-up dans notre écosystème", précise la responsable innovation cyber. "Pour réaliser ces tests, on peut mettre à la disposition de la start-up des jeux de données simulées. Mais ce qui intéresse le plus les start-up est que ces tests soient effectués directement dans nos environnements opérationnels, sur de vraies données opérationnelles". "Les retours opérationnels de ces tests sont très précieux car ils nous permettent d'apporter des réponses objectives à nos questionnements et de connaître le niveau de performance de la solution", confirme Gauthier Schweitzer.

Propulsion et crédibilisation

"Cette incubation nous a permis de confirmer qu'il existait un besoin de notre solution auprès des opérationnels et qu'il y avait un potentiel de ventes derrière. Elle a aussi accéléré la réalisation de notre projet car ça nous a permis d'éviter de commettre un certain nombre d'erreurs, d'être plus précis dans notre roadmap et de mieux prioriser les fonctionnalités à développer. Enfin, cela nous a également permis de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, celles qui sont devenues nos utilisateurs et acheteurs".

La Cyber Defense Factory permet en effet de propulser les start-up dans l'écosystème de la base industrielle et technologique de défense (BITD). "Passer par la Cyber Defense Factory ne donne pas de droits derrière. Toutefois, si on repère que ça fait sens pour la start-up de rejoindre la BITD, alors nous la suivons pour la guider vers d'autres dispositifs du ministère des Armées, qui ont leur propre procédure de sélection, comme le régime d'appui à l'innovation duale", explique Chantal Caudron de Coquereaumont. Ce dispositif de l'AID subventionne des projets dual-use. "Grâce à cet incubateur, on a pu enchaîner les processus de contractualisation d'achats beaucoup plus rapidement que si nous n'avions pas été intégrés dans l'écosystème de la défense", ajoute Gauthier Schweitzer.

Passer par cet incubateur permet aussi aux start-up de bénéficier d'une labellisation qui attire et rassure les investisseurs : "Ce qui est intéressant avec la Cyber Defense Factory, c'est qu'elle rend crédibles les start-up qui y passent. Cette crédibilité permet de nouer des relations avec des partenaires et investisseurs qui vont apporter des financements et faire prospérer le business. Cette crédibilité aide franchement dans la recherche d'investissements," conclut Valérian Comiti, co-fondateur de Glimps.