Geert Baudewijns (Secutec) "Nos fausses publicités permettent aux banques d'identifier les fraudeurs et les victimes d'arnaque"
Le négociateur de cyber-rançons belge et PDG de Secutec, Geert Baudewijns, précise comment son entreprise de cybersécurité aide les banques à identifier les profils à risque.
JDN. Chez Secutec, vous diffusez de fausses publicités sur les réseaux sociaux pour identifier les profils à risque pour les banques. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Geert Baudewijns. On diffuse en effet de fausses publicités, en plusieurs langues, sur des plateformes comme Telegram, Instagram ou Facebook, qui promettent de gagner de l'argent facilement et rapidement. Elles nous permettent d'attirer et d'identifier les potentiels fraudeurs et victimes d'arnaques et d'en informer les banques. La publicité peut par exemple afficher la tête d'une personne riche et connue, qui explique qu'elle a soi-disant gagné beaucoup d'argent grâce à la plateforme accessible depuis le lien qu'elle contient. Des individus naïfs cliqueront dessus. Il peut aussi s'agir de publicités pour devenir une mule financière. Dans ce cas, seuls les potentiels fraudeurs cliqueront sur le lien.
Comment repérez-vous leur identité ?
Une fois qu'ils cliquent sur le lien que contient la fausse publicité, ils accèdent à une page où ils doivent renseigner leur identité et leur adresse e-mail. Certains saisissent leurs véritables noms, prénoms et e-mails, d'autres des pseudonymes. Quand ils saisissent un e-mail qui dissimule leur identité, on parvient quand même à les identifier. Ils utilisent en effet souvent cet e-mail pour d'autres services. On retrouve donc facilement leur véritable identité grâce aux leaks.
Pourquoi les banques veulent ces informations ?
Cela leur permet d'adapter leur offre de services à ces profils à risque. C'est pourquoi un jeune n'a pas intérêt à devenir fraudeur. S'il est repéré, il fera l'objet d'une surveillance ad vitam aeternam de la part des banques, et des demandes de prêts pourront lui être refusées.
Quel est le profil de ceux qui tombent dans le piège ?
Ils sont très jeunes. Ils ont généralement entre 16 et 25 ans, surtout chez ceux qui veulent devenir mules financières. Ce sont des jeunes qui ont besoin d'argent rapidement et facilement.
Sont-ils nombreux à se faire piéger ?
Entre trois et cinq personnes se font avoir chaque semaine par nos fausses publicités.
Mais y a-t-il beaucoup de banques qui recourent à de tels services ?
Aucune banque européenne n'assume recourir à de tels services. Elles ne connaissent d'ailleurs pas nécessairement nos moyens d'action. Beaucoup sont toutefois très intéressées d'avoir la liste de ces personnes. Il faut savoir que nous sommes très peu d'entreprises à proposer ce service. Et aucune n'en fait la publicité. Si nous pouvons agir ainsi, c'est parce que nous bénéficions d'un mandat grâce à notre collaboration avec les autorités régaliennes.