Julie Chapon (Yuka)  "Yuka ne dégage pas encore de bénéfices mais couvre tous ses coûts"

A partir de code-barres scannés sur mobile, Yuka note la qualité nutritionnelle des produits. Quel est le business model de cette appli au succès colossal ?

Julie Chapon est cofondatrice de Yuka. © Hervé Thouroude/ Yuka

JDN. Selon Appannie, Yuka est dans le top 10 des applis gratuites les plus téléchargées sur Android et iOS depuis début septembre 2018, derrière les géant WhatsApp, Instagram et autres Facebook. Comment expliquez-vous cet engouement ?

Julie Chapon. Ces dernières années, les scandales alimentaires se sont multipliés. Des questions sont apparues comme par exemple "Est-ce que ce produit pourrait être nocif pour moi ?". Beaucoup de consommateurs ont besoin de transparence. A cela s'ajoute la tendance des sportifs à la recherche d'une alimentation plus saine. En scannant le code-barres des produits, Yuka décrypte leur composition, note leur qualité nutritionnelle et répond à ce changement sociétal.

Quelle est votre audience et votre nombre de téléchargements ?

En août 2018, nous comptons 3,5 millions d'utilisateurs actifs. Ce chiffre évolue de manière exponentielle. Nous avons aussi dépassé les 5,5 millions de téléchargements sur iOS et Android. Nous avons lancé Yuka en janvier 2017.

Quelle a été votre stratégie pour acquérir ces utilisateurs ?

Nous avons dépensé zéro euro en marketing. Tout s'est fait par deux leviers principaux : le bouche-à-oreille et les retombées médiatiques, qui ont été très nombreuses. Au commencement, nous avons créé une page Facebook et un blog, fédérés autour de l'application. L'avantage principal de notre communauté : elle est très engagée et partage beaucoup sur les réseaux sociaux. Grâce à elle, nous sommes très présents sur Facebook et ne souffrons pas du changement d'algorithme qui favorise la publication de contenus générant des commentaires.

Comment monétisez-vous Yuka aujourd'hui ?

Pour l'instant, nous disposons de deux sources de revenus. D'une part, nous avons développé un programme nutritionnel de dix semaines avec des recettes et des conseils d'experts. (le prix du programme est de 59 euros, ndlr). Nous vendons depuis juin 2017 ce programme sur notre blog, qui réunit près d'un million de visiteurs uniques par mois. Notre deuxième source de revenus provient de contributions financières de nos utilisateurs qui croient en notre projet. Nous ne dégageons pas encore de bénéfices, mais nous couvrons nos coûts.

Comment comptez-vous générer d'autres revenus ?

Notre objectif est de monétiser l'appli en développant des fonctionnalités supplémentaires. Nous travaillons sur un modèle premium pour fin décembre 2018 ou début janvier 2019. L'idée est de laisser gratuit tout ce qui existe déjà, mais de rajouter des fonctionnalités payantes. Par exemple : un mode hors ligne, une fonctionnalité pour les allergènes ou encore un outil de recherche de produits sans code-barres.

Envisagez-vous une levée de fonds ?

Non, nous n'avons pas réalisé de levée de fonds et n'en prévoyons pas a priori. Nous voulons rester 100% indépendant. Si on le fait, ce sera uniquement avec des business angels proches de nos valeurs ou qui défendent des projets à fort impact social.

Vous affirmez noter les produits des marques et des distributeurs en toute indépendance. Quelle est votre méthode ?

Nous décryptons les données légales apposées par les industriels sur les produits. Il ne s'agit pas d'analyses en laboratoire. D'abord, 60% de notre note est déterminée dans le cadre du Nutri-Score. Il s'agit d'une méthode de notation qui va de A (vert foncé) à E (rouge foncé) et qui compte, pour 100 grammes, la teneur en nutriments à favoriser (fibres, protéines, fruits et légumes) et à limiter (énergie, acides gras saturés, sucres et sel). Les industriels peuvent apposer directement cette notation sur leurs produits, mais ce n'est pas une obligation. Dans les faits, très peu le font. Ensuite, 30% de la note provient de la présence d'additifs nocifs ou non. Nous nous basons sur différentes études : "Additifs alimentaires" de Corine Goujet, "Les additifs alimentaires" de Marie-Laure André ou encore le travail de l'UFC-Que choisir. Le dernier critère (10% de la note) est la présence d'un label bio.

Comment récoltez-vous ces données ?

Au départ, nous nous sommes appuyés sur Open Food Fact. Il s'agit d'une data base ouverte et collaborative. Cette dernière repose uniquement sur des contributeurs bénévoles qui rentrent à la main les données nutritionnelles. Au fil du temps, nous avons constitué notre propre base de contributeurs. Ils sont environ 2 500 aujourd'hui. Du coup, nous n'utilisons plus Open Food Fact, mais nous continuons à leur reverser nos contributions pour enrichir leur base de manière bénévole. Nous sommes également en test avec Alkemics, la start-up spécialiste de l'échange des données produits entre marques et distributeurs. Notre objectif : fiabiliser les data de notre appli, en se pluggant via Alkemics directement aux données des industriels qui le souhaitent. Ce pourrait être une brique supplémentaire.

Combien Yuka référence-t-il de produits finalement ?

Sur l'alimentaire, nous comptons environ 300 000 produits référencés et analysés.

Quels sont vos futurs projets ?

En juillet 2018, nous avons élargi notre application sur iPhone aux produits cosmétiques. Au lancement, plus de 100 000 références étaient disponibles au scan. En novembre, nous lancerons ce service sur Android. Nous allons aussi lancer Yuka à l'international dès l'année prochaine.

Julie Chapon est cofondatrice de Yuka avec Benoît Martin et François Martin. Auparavant, elle a travaillé cinq ans comme consultante en management chez Wavestone, un cabinet de conseil en transformation digitale. Elle est diplômée d'un master en management à l'EDHEC Business School.

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