Fabrice Ramé (Alstom) "Nous créons un pôle IoT en Inde, où nous concentrons notre expertise"

Pour concevoir ses "trains du futur", Alstom s'appuie principalement sur l'Internet des objets (IoT). Fabrice Ramé, directeur Plateformes digitales, revient sur les enjeux de cette technologie.

JDN. Alstom crée un pôle IoT en Inde. Où en êtes-vous ?

Fabrice Ramé, directeur Plateformes digitales. © Alstom

Fabrice Ramé. Ce pôle sera installé à Bangalore, au sein de notre Digitale Factory. Nous sommes en train de recruter des experts pour le constituer : des spécialistes du langage Python, de Java, du monitoring de la donnée IoT… Nous sommes également en train de chercher des partenariats, notamment auprès de start-up, pour accélérer le déploiement de l'IoT. Nous avons choisi ce lieu car Alstom est déjà implanté en Inde et a choisi d'en faire le pôle important de sa DSI, avec le siège à Saint-Ouen. Cela nous permet de ne pas diluer l'expertise dans le monde. Nous avons des liens très forts, des équipes mixtes franco-indiennes sont constituées pour faciliter le travail en commun et nous voyageons régulièrement entre les deux pays. 

Comment l'Internet des objets est-il devenu l'une des priorités d'Alstom ? 

Toute innovation en maintenance a un impact financier immédiat et l'IoT a très vite montré sa valeur dans ce secteur. Grâce aux capteurs et aux caméras, nous arrivons par exemple à détecter l'usure des pièces de nos trains et à prédire les remplacements à effectuer. L'immobilisation d'un train est un problème concret pour un exploitant, les données recueillies nous permettent de réduire ce délai. Notre objectif était d'améliorer le préventif et l'IoT conduit à un gain de temps, à une optimisation de la qualité et à un bénéfice économique avec in fine une meilleure satisfaction client. Cette technologie restera encore dans les années à venir une priorité du groupe pour aboutir aux "trains du futur", plus économes et de meilleure qualité.

L'IoT concerne-t-il d'autres secteurs chez Alstom ?

Il intervient principalement dans l'engineering, la supply chain et le manufacturing mais nous avons encore beaucoup de projets à mener. Par exemple, nous voulons investir dans des capteurs RFID pour une géolocalisation des pièces présentes dans nos différentes usines dans le monde. Les possibilités offertes par les objets connectés sont prometteuses, en particulier pour la fusion à venir avec Siemens. Mais cette technologie évolue à une telle vitesse que l'on est obligé d'effectuer une veille permanente pour suivre la cadence de son développement. C'est tout un métier, il faut des équipes dédiées pour travailler sur les spécificités de l'IoT et c'est la raison pour laquelle nous sommes en train de constituer un pôle IoT. 

Rencontrez-vous des difficultés particulières dans la mise en place de vos projets ?

"La Data as a service fera la différence sur le marché à l'avenir"

Le problème majeur de l'IoT réside dans la multitude de capteurs, de protocoles et de solutions. Il y a énormément d'acteurs et très peu de standards, c'est une complexité pour que le marché soit stable. Il va encore falloir quelques années selon moi avant qu'il devienne mature.

De nombreuses entreprises aimeraient une plus grande harmonisation pour pouvoir délivrer un service de meilleure qualité. Nous avons par ailleurs noué un partenariat avec Airbus pour renforcer la cybersécurité de l'IoT car de grandes entreprises ont des problèmes de failles, et la sécurité est fondamentale. Le pôle IoT fera partie de notre DSI en Inde, dont le rôle est de rendre les plateformes sécurisées. Rien n'est mis en production sans le feu vert de l'équipe cybersécurité. Autre problème, on assiste aujourd'hui à une course à l'innovation pour faire toujours mieux mais au final on va de POC en POC (de l'anglais proof of concept, démonstration de faisabilité, ndlr), alors que dans une entreprise industrielle, le but est d'industrialiser. C'est selon moi la carence de l'IoT. 

L'IoT vous a-t-il ouvert à de nouvelles opportunités ?

Nous nous sommes aperçus de la valeur de l'IoT grâce à notre plateforme d'analytique et de datavisualisation. Lors de la refonte de notre DSI en 2015, après le rachat de la partie énergie par General Electric, nous avons fait de Qlik Sense, que nous utilisions déjà auparavant, notre portail d'entreprise unifié. Une plateforme d'analytique est indispensable pour analyser les quantités de données fournies par l'IoT et avoir une maîtrise de ce logiciel nous a permis de vite tirer parti de l'IoT.

Quand un dysfonctionnement est détecté, le capteur envoie un rapport à la personne appropriée et déclenche une opération corrective. Cela nous permet également de proposer des services à valeur ajoutée, notamment un service de visualisation de la donnée. Ce qui fera la différence sur le marché à l'avenir, ce sera la donnée en tant que service, la Data as a service. Demain, il faudra fournir à nos clients les trains, les données sur les trains, celles autour des trains et une couche de visualisation de l'ensemble. Nous avons déjà des clients à qui l'on vend de l'analytique, notamment à la compagnie ferroviaire américaine Amtrak pour ses trains reliant Boston à New York. 

Quels sont vos priorité pour 2019 ?

Nous investissons beaucoup dans l'intelligence artificielle, en particulier dans le machine-learning pour développer un cycle d'apprentissage et mettre au point des chatbot. Nous nous focaliserons aussi sur l'automatisation des processus robotisés, le global search pour unifier dans un même outil les données structurées et non-structurées, et les sujets autour de la réalité virtuelle et augmentée, ainsi que la maquette numérique pour permettre les opérations avec un expert à distance, y compris dans les endroits où la fibre n'est pas installée. 

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