Le ministère de l'Education accroît sa veille de l'opinion sur Internet

Les ministères de l'Education nationale et de la Recherche vont investir 220 000 euros en 2009 pour un service de veille des médias en ligne et de la blogosphère. Les enseignants blogueurs s'en inquiètent.

Xavier Darcos et Valérie Pécresse veillent... sur Internet. Les ministères de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur ont lancé le 15 octobre dernier un appel d'offre portant sur un service de veille de l'opinion sur Internet. Montant du budget alloué à ce service pour l'année 2009 : 220 000 euros par an, soit une prestation estimée à 100 000 euros pour le ministère de l'Education nationale et à 120 000 euros pour celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Objectif de cet appel d'offre : permettre aux deux ministères de suivre ce qui s'écrit dans les médias sur les sujets les concernant. Les deux institutions y voient un moyen "d'anticiper et d'évaluer les risques de contagion et de crise", c'est-à-dire les informations suscitant un débat et potentiellement néfaste pour l'image du gouvernement aux yeux de l'opinion, sur tous les sujets touchant à l'Education nationale et la Recherche. Ce service sera utilisé par la Délégation à la communication, un organisme commun au deux ministère.

Bien qu'il ne concerne pas qu'Internet (la presse traditionnelle est également visée), cet appel d'offre accorde une place de choix au Web. Ainsi, le document précise que le prestataire retenu devra, "en particulier sur Internet", identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l'opinion et repérer les "leaders d'opinion", les "lanceurs d'alerte" et "analyser leur potentiel d'influence". "Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel", précise le document.

Au ministère de l'Education nationale, on rappelle que ce dispositif de veille des médias (et donc d'Internet) existe depuis 2006, alors que Gilles de Robien était ministre de l'Education du Gouvernement Raffarin. D'autres ministères comme ceux du Travail ou de la Défense ont déjà recours à ce type de prestations. Tout au plus, on concède que le budget affecté à cette pige a augmenté depuis. En 2007 par exemple, ce service n'avait coûté que 160 000 euros au ministère, soit 40 000 euros de moins qu'en 2008 et 2009.

Selon Stéphane Mahon, directeur général d'I&E Décision, le cabinet chargé jusqu'à présent de réaliser cette veille, l'augmentation de ce budget est avant tout liée à la montée en puissance de l'influence d'Internet. "La place du Web est en évolution permanente sur tous les types de sujets, et pas seulement sur les questions d'éducation", explique-t-il. Selon lui, 60 % des "sources d'informations qui comptent" sont désormais sur Internet. "Il serait impensable pour toute entreprise de ne pas tenir compte du dialogue qui se fait en ligne", ajoute-t-il. Un constat qui s'applique également aux institutions publiques.

Cette offre de service n'est cependant pas passée inaperçue chez certains enseignants blogueurs qui craignent une tentative de "flicage" de la blogosphère et un fichage des fonctionnaires trop critiques. "Il existe chez les blogueurs un vrai fantasme de la surveillance car ils ont tendance à considérer Internet et la blogosphère comme les derniers vrais contre-pouvoirs", estime Stéphane Mahon. Au ministère de l'Education, on se défend de vouloir "mettre un surveillant derrière chaque blogueur", rappelant qu'il s'agit avant tout d'une façon de prendre le pouls de l'opinion.

Au début de l'année, la nomination de Nicolas Princen, un jeune normalien de 24 ans, au poste de chargé de la veille Internet de l'Elysée avait déjà été perçue par la blogosphère comme un symptôme de la volonté présidentielle de surveiller la Toile. A la fin du mois d'octobre, un appel d'offre similaire a également été lancé par le Service d'information du gouvernement (SIG), concernant la réalisation d'une veille quantitative et qualitative sur le traitement de l'actualité gouvernementale par les médias en ligne et les blogs de journalistes. Cette annonce avait également été fraîchement accueillie par la blogosphère.

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