Geoffroy Roux de Bezieux (Medef) "Avec l'Université du Numérique, nous allons explorer les opportunités qu'offre la transformation digitale"

Le Medef organise pour la première fois les 10 et 11 juin prochain une Université du Numérique. Son vice-président explique la volonté du Medef d'accompagner cette révolution.

Le Medef organise les 10 et 11 juin prochain sa première Université du Numérique (dont le JDN est partenaire). Quelle est votre ambition ?

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Geoffroy Roux de Bézieux est vice-président du Medef © Medef

Historiquement, le Medef a été très peu présent sur la question du numérique. Comme toute l'économie française, nous avons plus subi cette révolution que nous l'avons accompagné. Mais Internet transforme tous les business models, dans tous les secteurs. Quand Pierre Gattaz et moi avons été élus, nous avons créé la commission Transformation numérique, puis nommé Christian Poyau, déjà administrateur de Syntec Numérique, à la tête de cette commission. Dans la foulée nous avons décidé de lancer cette Université du Numérique en l'imaginant comme le pendant de notre Université d'été. Pour cette première, nous avons opté pour deux thèmes : l'Europe du numérique à travers la présence du commissaire européen et du patron du BDI, notre équivalent allemand, et des focus sectoriels (Transports, Santé, Banques- Assurances, Agroalimentaire, Industries...) pour étudier les opportunités qu'offre la transformation numérique pour nos entreprises.


Ce nouvel événement a-t-il vocation à perdurer ?

Oui. C'est déjà un succès, au vu des intervenants, du niveau des panels, et du nombre de participants. Nous ferons de nouvelles éditions tous les ans pour faire le point au Medef sur l'état de la transformation numérique en France. Mais on peut souhaiter que dans 10 ans cette transformation numérique soit totalement accomplie et que nous n'ayons plus besoin d'organiser un tel événement.


Comment jugez-vous le stade d'évolution de la transformation numérique des entreprises françaises ?

"Ils ont vu les barbares arriver à leur porte !"

Il y a de nombreux classements sur le sujet... Je dirais que nous sommes dans la moyenne. Mais ce qui est certain c'est que les dirigeants des grandes entreprises ont pris conscience de ces opportunités, dans l'hôtellerie, la finance... En particulier, tous les secteurs qui se font désintermédier par des acteurs du numérique ont réagi plus tôt que les autres. Mais n'oubliez pas que 80% de nos adhérents sont des entreprises de moins de 50 salariés. Et pour eux, c'est plus compliqué. Ils ont moins de moyens et sont moins confrontés à l'international. Pour eux, la prise de conscience est plus lente. C'est la raison pour laquelle nous ne voulons pas faire un énième colloque entre acteurs du numérique, nous voulons surtout évangéliser ces sociétés.


Y-a-t-il en France des secteurs plus en pointe dans cette transformation numérique ?

Il n'y a pas vraiment de secteur plus en avance qu'un autre... mais plutôt des bons élèves parmi les entreprises, comme Axa, la SNCF ou Accor, par exemple. Eux ont vu les barbares arriver à leurs portes ! Mais tous les secteurs sont concernés.


La transformation numérique est-elle plus une opportunité en termes de business ou un processus à engager afin de ne pas perdre en compétitivité ?

"Il y aura d'autres champions internationaux français"

Les deux. Quand vous êtes un grand groupe installé vous avez beaucoup à perdre si vous n'entamez pas votre mutation. Mais il y a aussi beaucoup à gagner en opportunités de marché, en transformation des processus, en réduction des niveaux hiérarchiques et dans l'accélération des processus de décision pour gagner en agilité. L'économie française dans sa globalité n'est pas en ordre de marche. Nous avons un énorme problème de compétitivité qui nous empêche de profiter pleinement de cette révolution numérique comme peuvent le faire les autres pays de l'OCDE. Mais nous avons des atouts, comme de très bons établissements de formation dans le supérieur, des écoles d'ingénieurs de renom, une grande école de mathématiques, et un vrai dynamisme entrepreneurial qui fait surgir des champions internationaux, comme Criteo ou Blablacar. Et il y en aura d'autres dans les prochaines années.


S'il n'y en avait qu'une, quelle mesure conseilleriez-vous au gouvernement de prendre pour favoriser la transformation numérique des entreprises françaises ?

Je ne suis pas favorable aux aides sectorielles. Les dispositifs comme celui de la Jeune Entreprise Innovante ou du Crédit Impôt Recherche fonctionnent assez bien. L'évangélisation sur ces thématiques que permettent les Conseil National du Numérique ou l'initiative French Tech est une bonne chose. Tout comme le fait d'avoir créé un poste de Secrétaire d'Etat chargé du numérique. Mais la priorité est les start-up comme les grandes entreprises bénéficieraient d'une baisse des charges.

 

Geoffroy Roux de Bézieux a 52 ans et est père de 4 enfants. Il est président-fondateur d'Omea Telecom (Virgin Mobile), vice-président délégué du Medef et président du pôle Economie. Diplômé de l'Essec et d'un Dess à Dauphine, il s'engage en 1984 dans les Forces Spéciales (Commandos Marine). Il rejoint ensuite le groupe L'Oréal pendant 10 ans où il exerce de nombreuses fonctions en France et à l'étranger. En 1996, il crée The Phone House qu'il revend en 2000 à Carphone Warehouse. En 2004, il crée Omea Telecom. Il a créé en 2009 avec d'autres entrepreneurs le fonds d'investissement ISAI.

Université du numérique

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