Sébastien Henot (Renault) "Nous allons créer un passeport numérique automobile sur la blockchain"

Le chef du projet Mobi chez Renault explique pourquoi le constructeur participe à ce consortium dédié aux applications de mobilité de la blockchain et peuplé de concurrents comme GM, Ford ou BMW.

Renault travaillait déjà sur ses propres projets de blockchain, pourquoi avoir intégré le consortium Mobi qui rassemble certains de vos plus gros concurrents comme GM, Ford, BMW ?

Basé dans la Silicon Valley, où se trouve l'innovation lab de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, Sébastien Hénot représente également Renault au sein du consortium Mobi. © Sébastien Hénot

Nous voulons créer des standards techniques open source qui vont faciliter l'adoption de la blockchain et le transfert d'informations, mais aussi réfléchir aux cas d'usage du futur. Le premier cas d'usage sur lequel nous allons travailler est le passeport numérique du véhicule, qui permettra de le suivre tout au long de son cycle de vie. Cet outil pourra par exemple retracer l'historique de maintenance du véhicule. Imaginons que demain nous ayons un standard et que Renault et un concurrent l'utilisent. Un client de ce concurrent pourra revendre son véhicule chez un concessionnaire maison pour acheter une Renault. Et notre concessionnaire pourra lire ce passeport numérique. Cela facilitera l'évaluation de l'état du véhicule, et donc sa reprise.

Nous considérons l'identité du véhicule comme la pierre angulaire des sujets autour de la blockchain dans les mobilités : elle sera structurante pour la chaîne logistique et l'expérience client. Je peux d'ailleurs vous annoncer que Renault vient d'être choisi par Mobi pour piloter un groupe de travail composé d'autres constructeurs qui planchera sur ce passeport numérique.

Quels autres cas d'usage de la blockchain seront étudiés par Mobi ?

Tout ce qui concerne la chaîne logistique et les transactions. Nous aurons bientôt des véhicules autonomes, des robotaxis, qui se déplaceront en ville. Imaginez que ces véhicules soient aussi autonomes économiquement. Cette technologie permettrait de créer des interactions économiques autonomes : le véhicule gère lui-même ses revenus quand il prend une course, mais aussi ses coûts (péage, parking). Cela faciliterait le travail d'un opérateur de flotte, notamment pour récupérer ses revenus.

Pourquoi  ne pouvez-vous pas vous passer de la blockchain pour ces applications ?

L'un de ses intérêts est l'immutabilité du registre et sa traçabilité. Une fois que les transactions sont inscrites, on ne peut plus les modifier ou les supprimer. Cela renforce les certifications dans la chaîne logistique. Les smart contracts, que proposent par exemple les blockchains Ethereum et EOS, permettent d'exécuter automatiquement des actions si des conditions sont remplies. Ce sera indispensable aux véhicules économiquement autonomes. Ils permettent aussi d'automatiser les systèmes de récompense pour les bons conducteurs ou les clients fidèles à notre réseau de garagistes.

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