La Blockchain(isation), fin annoncée de l’ubérisation ?

La Blockchain sera-t-elle l’Uber killer annoncé par certains? Grâce au consensus distribué, elle offre un niveau de confiance permettant de s’affranchir des intermédiaires, comme le BitCoin avec les banques.

L’ubérisation demeure historiquement le 1er modèle de bypass des géants de l’économie traditionnelle mais à l’opposé de la Blockchain, qui se base sur des échanges décentralisés en peer-to-peer (P2P), ce modèle reste cependant "plateforme centric".

La désintermédiation d’Uber, une réalité !

Comme la décentralisation induite par la Blockchain remet en cause le rôle des tiers de confiance traditionnels, par ricochet, elle représente une menace pour les acteurs de la « plateformisation », qui ont ré-intermédié la distribution des services Ubérisés. La Blockchain Ethereum peut ainsi permettre une collaboration massive et directe entre les acteurs de son écosystème, en toute indépendance des plateformes. Ils peuvent définir leurs business model et en finir avec les commissions imposées unilatéralement par les plateformes. A la clé de ce « modèle communautaire » décentralisé, des gains pour les offreurs et les clients.
Ainsi, le projet Arcade City,  un « Uber-killer », vise à minimiser le taux de commission et à émanciper les chauffeurs vis-à-vis des plateformes qui fixent les prix. A noter que d’autres projets tels que Slock.it (serrure connectée), un Airbnb-killer et OpenBazaar, un projet open source décentralisé surnommé "le Ebay de la Blockchain", sont également lancés sur ce principe.

Des freins inhérents à une concurrence frontale et totale

Si au final, la Blockchain est en mesure de concurrencer un service uberisé, la route semble longue pour que blockchainisation soit synonyme d’extinction de l’uberisation. En effet, la mise en œuvre de la désintermédiation est complexe et les barrières à l’entrée importantes notamment, sur les dimensions technologiques, du savoir-faire métier et des compétences marketing et RH :

  •      Les investissements RH et IT pour opérer une Blockchain (publique ou hybride) sur un marché de masse sont prohibitifs. Malgré une ambition non lucrative, Arcad City est malgré tout contraint d’appliquer une commission de 10% aux chauffeurs pour amortir les coûts de « sa blockchain ». Certes inférieure au 25% prélevés par Uber, mais pour proposer au final un service plus restreint.

  •      La réussite d’Uber repose sur un savoir-faire métier et une proposition de valeur innovante - pas un choix technologique. La clé du succès consiste donc bien à répondre à un besoin mal adressé et de disposer une force de frappe marketing.

  •      La Blockchain demeure une technologie naissante, peu vulgarisée et donc très peu accessible aux non experts.

Également et en synthèse, le cadre juridique relatif aux services de Blockchain est encore très flou (voire inexistant), notamment en cas de litige entre le consommateur et les offreurs (code is law) qui interagissent via une Blockchain. Il est probable qu’il sera édicté et imposé à posteriori, une fois les services commercialisés, comme observé pour l’uberisation actuellement.

Ubérisation Vs blockchainisation: quelles perspectives ?

Dans le contexte actuel, une Blockchain de consortium regroupant des professionnels et artisans a clairement très peu de chances de concurrencer significativement un acteur de référence de l’uberisation (NATU ou autres) sur la globalité de son marché.

A court terme et au rythme de la croissance des usages Blockchain et des smart contracts, il est néanmoins réaliste de prévoir une démultiplication d’initiatives du type Arcade City, positionnées sur des offres de niches.
L’économie P2P de la Blockchainisation s’orienterait donc à court terme vers un marché atomisé.

Sur le plus long terme, la donne pourrait changer avec le positionnement de 2 types d’acteurs sur l’économie P2P:

  •      Les opérateurs de services BaaS (Blockchain as a Service), capables de proposer un service Blockchain sur mesure et agile à des entrants. Ceux-ci disposeraient ainsi de ressources IT suffisamment dimensionnées pour concurrencer les acteurs de plateformes sur un vaste périmètre. Pourquoi ne pas imaginer un projet de crypto-économie collaboratif de location, embarquant une copie de l'application d'Airbnb, pour allouer de façon autonome et décentralisée chaque bien au sein de la communauté.
  •      Les géants historiques de l’industrie, qui se sont fait tailler des croupières par les acteurs de plateformes ubérisées, pourraient prendre leur revanche en lançant leurs propres offres à base de Blockchain et distribuées en P2P. Il est de notoriété publique que les acteurs de la bancassurance & finance s’intéressent à cette technologie et qu’ils mènent actuellement des POC à base de Blockchain privée. En proposant des services adossés à cette technologie, ils pourraient exploiter leur force de frappe financière et technologique pour reprendre des pans entiers de business captés par les acteurs de plateformes (crowdlending,…). Néanmoins, d’un point de vue conceptuel, ce modèle s’appuie sur une blockchain privée (ou hybride) et réintroduit une part de centralisation et de contrôle de l’écosystème par un acteur.

Concrètement, la blockchainisation est-elle une menace réelle ou non pour l’ubérisation ? Quoiqu’il en soit, une architecture Blockchain (publique) est clairement antinomique à celle des plateformes d’intermédiation opérées par les acteurs de l’Ubérisation. D’où des opportunités de nouveaux business models alternatifs, a priori plus favorables aux offreurs & consommateurs. Poussé à l’extrême et avec une accaparation de ce modèle d’économie P2P par les citoyens, un retour aux fondements de l’économie collaborative basée sur le partage serait même envisageable et de plus, à grand échelle. Dans le cas contraire, un acteur dominant pourrait la détourner de son objectif originel pour en faire un business lucratif, comme l’ont fait UBER et AirB&B par le passé. 

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