Le CES ou la Mecque mondiale de l’automobile

Une semaine avant le salon de Detroit, le CES continue de s’affirmer comme un rendez-vous mondial stratégique pour le marché de l’automobile, et plus largement de la mobilité.

Avec près de 27 000 mètres carrés consacrés à la technologie du transport et l’arrivée de la 5G, le futur selon le CES se lit à travers la mobilité. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le salon a choisi la Smart City comme thème central tant celle-ci concentre toutes les questions du marché qu’elles soient économiques, technologiques, de mode de vie, ou bien encore écologiques. Quand il y a trois ans, les constructeurs n’exposaient que des « concept cars » avec des autoradios à l’interface surannée, ceux-ci ont fortement accéléré ces dernières années. Il y a deux ans, nous avions vu l’arrivée des tableaux de bords « full digitaux » et l’an dernier l’émergence de nouvelles interfaces (Alexa chez Ford par exemple), le tout propulsé grâce à la puissance de calcul des cartes graphiques et processeurs désormais adaptés à l’automobile par des acteurs comme Nvidia, Qualcomm ou Intel. 

11 constructeurs présents
Plus de 11 constructeurs automobiles étaient présents au CES (BMW, Fiat Chrysler Automobiles, Ford, GM, Honda, Hyundai, Kia, Mercedes, Nissan, Toyota, et Volkswagen sans oublier un certain nombre de nouveaux acteurs chinois comme Byton). On notera l’absence de constructeurs français, contrairement aux équipementiers et aux acteurs comme Valeo (depuis 2014), Faurecia, Transdev, Keolis (et sa navette autonome Navya) même si, en marge du CES, la semaine a été marquée par l’annonce de Renault-Nissan-Mitsubishi. Son PDG Carlos Ghosn a présenté le lancement d’un fonds de capital- risque "Alliance Venture" prévoyant un investissement d’1 milliard de dollars sur cinq ans pour projeter le groupe dans le futur automobile. 
La keynote d’ouverture du CES a été présentée par le CEO de Ford Motor Company, Jim Hackett mais c’est Byton (pour "bytes on wheels") qui a créé le buzz. Lancé par deux anciens dirigeants de BMW en Chine, ce nouveau constructeur chinois a recruté des talents de Tesla, Google et Apple et a créé la surprise et l’adhésion avec une nouvelle berline remarquable que, comble du luxe, nous avons pu tester au CES.
Ce cross-over électrique au prix assez accessible (37 000 €) nous rappelle Tesla par son souci du détail et le luxe de technologie à bord : tableau de bord sous forme d’écran gigantesque de 49 pouces, écran supplémentaire pour le conducteur et les passagers, commande par le geste et la voix avec Alexa, suivi des données de santé, reconnaissance faciale pour des réglages automatiques et personnalisés pour chaque conducteur… Le tout avec 520 km d’autonomie maximale. Un vrai concentré de luxe et de modernité sur tous les plans, du design à la technologie jusqu’à la puissance et l’autonomie. 
Outre Byton, on notera la présence de nouvelles marques chinoises comme Xiao Peng Motors (aussi appelée Xpeng et financé en partie par Alibaba) et son SUV électrique identity X dont la commercialisation débuterait courant 2018.
Transport (semi) autonome : l’accélération du marché  
L’assistance à la conduite et l’intelligence artificielle ont clairement été LE sujet de l’année pour la plupart des constructeurs qui ont tous annoncé leur projet de voiture autonome (souvent électrique aussi au passage) dans les années, voire mois à venir.  Avec sa "Platform 3.0", Toyota fait un pas de plus vers la conduite sans chauffeur. Erigée autour d’une technologie Lexus LS 600h mixant LIDAR (portée de 200 mètres fonctionnant à 360 degrés autour de la voiture) et des capteurs de courte portée, cette voiture expérimentale devrait être mise en production d’ici 2020 et les Jeux olympiques de Tokyo.Mais la surprise de Toyota a été la présentation de son concept "e-palette", un véhicule autonome à 8 roues, véritables plateforme reconfigurable à l’envie permettant d’envoyer un mini-magasin (de chaussures, une pizzeria… ) directement auprès du client. Electrique et autonome, la « e-palette » est pensée en trois tailles différentes afin de répondre aux besoins de toutes les entreprises à travers le monde.Un concept-car que Toyota a présenté comme l’avenir des véhicules de service et du futur de la mobilité. La « e-Palette » fonctionne comme une plateforme que le constructeur japonais met à disposition de ses partenaires (Amazon, PizzaHut, Uber, Mazda, DiDi...) qui peuvent ensuite la customiser à l’image de leur marque. Dans la même lignée, Robotmart propose une épicerie en véhicule autonome. On peut se demander si la voiture ne serait pas le futur du retail. Ford a de son côté présenté une voiture autonome capable de livrer des pizzas suite à un test avec Domino’s Pizza et Postmates (l’application américaine de livraison alimentaire). 

Les deux-roues surpuissants étaient aussi de la partie avec notamment la marque Yamaha et son modèle de moto autonome : la Motoroid. Autre innovation présentée : la Motobot 2, un vrai robot pilote de moto de course capable de dépasser seul les 200km/h.Au titre des innovations sourcées, il y avait aussi la voiture à trois roues d’Ampere Motor USA. Enfin on ne pourra lister tous les véhicules électriques individuels divers et variés allant de de la moto (Munro) au scooter électrique, en passant par les ebikes, les mono-roues, les voiturettes… et même un wagon de HyperLoop One en exposition. Sans oublier Nissan qui va encore plus loin en proposant de connecter la voiture au cerveau de son conducteur. Une interface homme-machine dans la lignée des projets de Elon Musk (Neuralink) et de Facebook.
Nvidia : du gaming à l’automobile
Un des grands gagnants de ce CES 2018 est définitivement Nvidia qui s’impose comme un des partenaires clé avec son processeur/carte graphique Xavier qui permet à la fois d’analyser les données de sécurité et de piloter les écrans et le divertissement dans les véhicules. Et ce, avec une carte ne dépassant pas la taille d’une plaque numérologique ! Le fondeur, reconnu dans le milieu du gaming, valorise son savoir-faire au service des constructeurs.  

Pour démontrer ce positionnement stratégique majeur sur le marché automobile, Nvidia a été jusqu’à afficher sur son stand un concept de voiture de course sans pilote. De fait, les processeurs avec Nvidia mais aussi Intel ou Qualcomm constituent une brique technologique indispensable à l’écosystème du véhicule (semi) autonome. Le rôle croissant de ces acteurs parmi les équipementiers profite de deux manières à l’automobile :II permet l’explosion des systèmes d’aides à la conduite. Pour mieux analyser le contexte en temps réel autour de la voiture, anticiper les évolutions du trafic, surveiller l’attention du conducteur, il faut analyser instantanément un volume croissant de données remontées par les nombreux capteurs embarqués du type LIDAR ou autre.

Il facilite la mise à disposition de systèmes d’affichages et de divertissement de plus en plus grands, riches et évolués. Les tableaux de bords sous forme d’écrans digitaux deviennent gigantesques. Le nombre d’écrans se multiplient (pour le conducteur et les passagers) dans la lignée de la Tesla, et les modes d’interactions s’enrichissent grandement : tactile, pilotage par le mouvement ou la voix, reconnaissance biométrique…

Google, Samsung, Baidu: IA à toute allure

Pour revenir au présent, les constructeurs mais aussi de nombreux acteurs tiers (Samsung, Sony…) ont fait part de nombreuses technologies d’assistance à la conduite : analyse de l’environnement du véhicule, du trafic, détection de la somnolence (Appolo 2.0 de Baidu), vision nocturne améliorée (Sony ou Thinkware Dash Cam)…

Samsung propose un rétroviseur digital alimenté par des caméras pour supprimer les angles morts et la possibilité de commander à la voix son électroménager grâce à son IA et assistant vocal Bixby. Google Assistant sera bientôt disponible dans Android Auto, mais aussi dans la Kia qui souhaite en équiper quatre de ses modèles. De quoi se remettre sur les rails face à la concurrence déclarée d’Alexa d’Amazon, qui a notamment séduit Seat et Mercedes, mais aussi Toyota et Nissan après Ford l’an passé. Il suffit d’ailleurs d’une simple prise allume cigare pour ajouter Alexa à votre véhicule avec ce module à 60 dollars. Selon Ford, 75 % des voitures neuves livrées en 2022 auront une solution de commande vocale basée sur le cloud.

Avec le recul du marché du PC et la décroissance du marché des tablettes, on voit bien que la nouvelle plateforme qui aiguise les appétits pour vendre de la technologie est l’automobile. Il est fascinant de voir le nombre d’entreprises pas forcément issues du monde de l’automobile qui s’intéressent à ce marché. Un grand groupe d’électronique grand public comme Panasonic par exemple délaisse les téléviseurs pour venir équiper la voiture. 

"Qu'est-ce qui va différencier une marque A d'une marque B si vous ne conduisez plus? Par ce que vous allez faire à l'intérieur, et donc par la manière dont on va vous reconnaître vous en tant qu'individu", explique Fabien Roth, responsable Marketing Europe de l’entreprise japonaise. Demain, le salon sera notre voiture. 

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