Mobilité : la grève comme catalyseur de solutions alternatives ?

Confrontés aux grèves des transports, les usagers se tournent vers de nouveaux acteurs de la mobilité. Simple tendance ou réelle opportunité de croissance ?

Nous assistons depuis le début du mois d’avril à un mouvement de grève inédit et simultané de la SNCF et d’Air France, qui devrait par ailleurs se poursuivre jusqu’à l’été. La particularité de ces deux mouvements concomitants est qu’ils impactent autant les déplacements urbains que longue distance. Il est donc intéressant de noter que pour les uns comme pour les autres, c’est bien la notion de partage qui s’impose majoritairement dans les alternatives plébiscitées par les Français. 

En effet, sur les trajets inférieurs à 80 km, les plateformes de court-voiturage arrivent en tête, ayant même annoncé dès les premiers jours de grève des augmentations d’activité de plus de 20%. Nous voyons également émerger les services de véhicules en autopartage (voitures, scooters et vélos), et puis bien-sûr les services de taxi et de VTC qui, s’ils ne sont pas nouveaux, trouvent particulièrement leur public en ces périodes contrariées, avec une forte incitation au "pooling". 

Adoption durable

Concernant les plus longues distances, le co-voiturage est là encore le grand gagnant. Mais il est également pertinent de noter l’essor du bus, avec des records enregistrés pour les désormais célèbres "cars macron". Un géant du co-voiturage a même profité de la période pour lancer ses propres lignes de bus… Enfin, la location de voitures entre particuliers a également pris son envol, avec des hausses des demandes estimées à plus de 50% ces dernières semaines.

Ces grèves, massives et handicapantes permettent, nous l’avons vu, un formidable coup de projecteur sur les acteurs innovants de la mobilité. Si ces derniers sont parfois loin d’être nouveaux, et objectivement parfaitement pertinents en ce qu’ils pallient aux manquements des acteurs traditionnels, ils ont malheureusement besoin de ce contexte pour émerger et rassembler une masse critique d’usagers. Mais si la caisse de résonance est puissante, sera-t-elle pour autant durable ? Il semblerait que oui. De nombreuses études, principalement anglo-saxonnes, ont démontré par le passé l’impact à long terme des changements d’habitudes forcés provoqués par les grèves, qui créent ce que l’on appelle un report modal. 

Obligation, puis adhésion

En effet, dans ces périodes durant lesquelles ces innovations viennent concrètement au secours des usagers, elles accélèrent l’évangélisation de nouvelles pratiques bien souvent moins coûteuses, et plus respectueuses de l’environnement. En parallèle, au-delà des grèves, la tendance à la suppression de certaines liaisons de train moins empruntées, contraint les Français à trouver un autre mode de transport pour leurs derniers kilomètres. Nous en sommes ainsi persuadés : les déplacements multimodaux, par obligation dans un premier temps, par adhésion dans un second, deviendront très vite la norme, et feront la part belle aux acteurs alternatifs de mobilité.

C’est donc tout un secteur qui se retrouve propulsé sur le devant de la scène actuellement, et a priori pour quelques temps, à condition malgré tout qu’il obtienne le soutien des acteurs publics. A ce propos, cette période de grève a vu naître des collaborations inédites et ô combien salutaires pour les usagers entre des entreprises de court-voiturage et des collectivités (en Île-de-France notamment). Souhaitons qu’elles se poursuivent et se pérennisent pour permettre d’accélérer plus rapidement la transition vers une mobilité plus intelligente et plus durable dans nos villes.  

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