L’agriculture périurbaine est-elle une réponse d’avenir adaptée à un territoire industriel ?

L’agriculture périurbaine, outil de réappropriation des territoires urbains par les citadins, pourrait permettre aux Smart Cities de répondre au défi démographique.

A l’heure où 80 % des surfaces arables du globe sont déjà en exploitation et où 15 % de ces sols ont été épuisés, l’agriculture périurbaine a le potentiel de répondre aux grands défis du 21ème siècle et de la régulation climatique. Elle  favorise la consommation de produits locaux tout en végétalisant les villes. La végétalisation joue d’ailleurs un rôle important dans la lutte contre le réchauffement climatique en régulant la température dans une ville et en participant au maintien de la biodiversité. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) estime à 800 millions le nombre d’individus dans le monde qui prennent part à l’agriculture urbaine. À Marseille par exemple, on compte plus d’un millier de parcelles cultivées, sur 30 hectares ; en Île-de-France, 73 hectares de surface sont déjà cultivés par la population. 

L’enjeu est d’autant plus crucial à l’aune de l’urbanisation galopante (la planète gagnera 3 milliards d’habitants d’ici 2050) et de la nécessité d’agir concrètement pour contrer le changement climatique. Les villes sont clairement motrices du changement, 54% de la population mondiale y résidant actuellement et  80% à l’horizon 2050. Répondre aux besoins des populations, préserver la biodiversité, l’environnement, tout en associant l’agriculture conventionnelle et urbaine, devraient donc permettre de concilier harmonieusement développement urbain soutenable et qualité de vie durable.

Agriculture numérique

L’agriculture évolue elle aussi au rythme de la transformation numérique, de l’open data et de la prise de conscience forte des individus souhaitant prendre une part active à la lutte contre le changement climatique.  L’agriculture urbaine représente donc un modèle plus respectueux de l’environnement de par les pratiques agricoles écologiques qu’elle induit (fournir des aliments de saison, avec peu d’intrants chimiques, peu transformés et dont le circuit de distribution est bien moins gourmand en énergie). Elle contribue de fait à la diminution des émissions de gaz à effet de serre liés à la consommation alimentaire des villes en favorisant les circuits courts et la production locale. Elle s'inscrit également pleinement dans l'économie collaborative et circulaire qui prend racine dans les villes. 

Les perturbations actuelles du climat couplées aux autres grands challenges actuels et à venir pourraient en effet avoir un impact considérable sur la sécurité alimentaire des grandes villes. La rareté de certaines ressources clés (eau), les catastrophes climatiques (inondations), l’érosion et la salinisation des nappes phréatiques entre autres peuvent bouleverser fortement les systèmes et la résistance des cultures au climat. Cette situation pouvant conduire à la baisse drastique de la production et des rendements de certains légumes ou céréales, voire même conduire à leur disparition.

Des villes plus résilientes

Au final, même si ce nouveau modèle n’est pas en capacité de nourrir la planète, il a le mérite de rendre les villes plus résilientes aux futures crises et aussi moins dépendantes des importations. Selon une étude de l'ONU sur les services écosystémiques rendus par l’agriculture urbaine publiée cette année, les villes du monde entier disposeraient de 367 000 km² à 641 000 km² de surfaces pouvant servir à la production alimentaire. En France, la Mairie de Paris estime à 315 hectares la surface de toiture végétalisable, et incite à ce titre les promoteurs à végétaliser les toits-terrasse de plus de 100 m² ; ceci en lien avec l’objectif de plus de 100 hectares d’espaces urbains à végétaliser d’ici 2020. La ville de Détroit aux Etats-Unis a inauguré fin 2016 un quartier agricole à grande échelle. 

En Europe ou ailleurs dans le monde, d’autres initiatives en illustrent bien le potentiel : Pays-Bas (Plantlab - consommation en eau réduite de plus de 90% par rapport aux cultures classiques via le recyclage de l’eau évaporée au fur et à mesure), Montréal (Ferme Lufa), Bruxelles ("Ferme abattoir" : plus grande ferme aquaponique du monde) ou bien Singapour (ferme verticale "skygreens" sur 3,6 hectares qui produit œ tonne de légumes par jour). Certains obstacles (rentabilité, coût du foncier, pollutions qui affectent souvent les sols urbains et périurbains encore disponibles pour l'agriculture urbaine, accès à l’eau …) doivent être résolus à court et à long terme. L’agriculture urbaine a cependant le potentiel de satisfaire jusqu’à 10% (sur 6 500 millions de tonnes de production végétale annuelle à l’échelle mondiale) des besoins pour certaines plantations comme les légumes secs ou racinaires. C’est une première pierre sur l’édifice de l'autosuffisance pour parvenir à une conversion écologique inclusive réussie qui redonne du sens à l’urbanisation.

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