Non, l'investissement participatif n'entame pas son inévitable déclin

En 2018, les montants collectés via les plateformes de crowdequity ont baissé de 19%. Pourtant, il y a eu plus d’acheteurs, plus de projets en recherche de fonds... mais moins d’opportunités.

Cette année encore, le baromètre du crowdfunding KPMG montre que les particuliers, au travers du financement participatif, soutiennent de plus en plus les entreprises et l’économie française. Avec une croissance de 20% et 400 millions d’euros reversés, ce mode de financement ne semble pas montrer de signes d'essoufflement.

La presse annonce pourtant un "déclin inévitable" de l’investissement participatif, une des trois familles qui composent le crowdfunding. Consistant à acheter des actions dans les jeunes entreprises, il serait en baisse de 19% et ferait pâle figure face aux prêts (+40%) et aux dons (-4%). Si les chiffres ne mentent pas, il est par contre facile de leurs faire dire ce que l’on souhaite.

Ce "déclin" est-il dû à une baisse de la demande? Une chose est sûre, la disparition de l’ISF et des dispositifs fiscaux destinés à le réduire, couplés à l’incertitude toujours présente autour de la fiscalité ont réussi à refroidir un certain nombre d’investisseurs fortunés. Cependant, la frilosité des "défiscalisateurs" n’est pas suffisante pour parler d’une demande générale en baisse. 

Si les investisseurs français sont encore plus demandeurs, la baisse affichée doit nécessairement venir de l’offre. Faut-il alors blâmer le climat socio-économique pour un manque de projets créés? Un tarissement de l’esprit entrepreneurial ? Absolument pas, les Français et les Françaises, jeunes et moins jeunes sont plus motivés que jamais pour se lancer à leur compte.

Ce recul de 19% est pourtant bel et bien lié à une baisse de l’offre, mais la réelle explication est sans doute beaucoup trop ordinaire pour mériter un gros titre : il y a eu plus d’acheteurs, plus de projets en recherche de fonds, mais tout simplement moins d’opportunités de les proposer.

Toutes les plateformes n’ont effectivement pas été touchées de la même manière.Celles qui ne permettaient pas un vrai financement "par la foule", avec des investissements minimum forcés autour de 5 000 euros, ont sans doute vu partir une bonne proportion de leurs membres avec leur ISF sous le bras. Qu’elles aient choisi de changer d’activité n’est alors pas surprenant, qu’elles aient été incluses dans le total du"crowdfunding" des années précédentes l’est davantage.

En ce qui concerne certains autres grands acteurs leaders et historiques de la profession, ce n’est pas une baisse de la demande qui les effraient, mais surtout le marché de l’immobilier et de l’investissement en prêts, qui est devenu trop attractif. Beaucoup plus rentable et moins risqué pour eux, ils n’avaient d’ailleurs pas attendu la suppression de l’ISF pour concentrer leurs efforts sur ce marché aux antipodes de l’entrepreneuriat et ainsi réduire le nombre de propositions d’investissement dans les jeunes start-up.

Si du jour au lendemain toutes les boulangeries de Paris ne vendaient plus de croissants au profit des pains au chocolat plus rentables, cela ne signifierait pas que les Parisiens détestent désormais ces viennoiseries. Pourtant la baisse des ventes ferait les gros titres. Si le résultat est le même à première vue, les conséquences sont très différentes. Certains gourmands se feraient une raison en changeant leurs habitudes, pour la plupart ça ne serait qu’un passage très temporaire le temps que la distribution change de forme et de modèle, et les boulangeries qui auraient gardé des croissants en vitrine verraient leur chiffre d’affaires exploser.

L’investissement participatif est en pleine structuration, l’activité est encore jeune et continue de faire ses preuves. Les acteurs traditionnels du financement de l’innovation collaborent d’ailleurs de plus en plus avec les plateformes les plus actives sur les start-up. 

La demande aussi évolue, de plus en plus de français utilisent l’investissement participatif comme une marque de soutien aux projets à fort impact sociétal et environnemental. L'impact investing est une idée qui résonne particulièrement favorablement chez les investisseurs novices et aguerris. Elle permet de lier l’utile au potentiellement profitable.

Les chiffres du baromètre KPMG sont donc simplement un bon révélateur du stade de maturité d’une activité qui connaît une restructuration naturelle et programmée. Beaucoup de français continuent à entreprendre et à innover et les investisseurs continuent de les soutenir en leurs confiant une partie de leur capital. 

Toutes les bonnes idées ne peuvent pas être financées par les prêts ou les dons, les initiatives les plus ambitieuses requièrent les investisseurs les plus audacieux, rien ne laisse à penser que la France est en train de manquer de l’un ou l’autre. Tant que ce sera le cas, l’investissement participatif aura de beaux jours devant lui.

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