Grand débat et logement: un silence coupable

Le traitement du logement au Grand débat soulève des questions intéressantes. Pourquoi n'a-t-il pas la place qui lui revient de droit ? Pourquoi les revendications de demain portent sur la baisse des aides à l'accession ? Et pourquoi l'immobilier est-il vu comme "stérile" pour l'économie par le gouvernement ?

Le Grand débat s’anime partout en France depuis plusieurs semaines et il semble qu’il apaise la population, à tout le moins celle qui est à l’origine du mouvement de contestation né en novembre 2018. La parole libère et entre les lieux de discussion qui s’ouvrent et les cahiers de doléances où chacun peut s’exprimer, les Français ont le sentiment de pouvoir faire part de leur amertume et leurs espoirs de citoyens. Même si le processus ne s’interrompra qu’à la mi-mars, on voit déjà les lignes de force des revendications, guidées par les pouvoirs publics : la façon de poser les questions conditionne largement les réponses apportées...

A cet égard, la place du logement dans le Grand débat est surprenante. Elle a d’abord été inexistante, au point qu’on aurait légitimement pu se demander si les premiers gilets jaunes étaient des habitants, locataires ou propriétaires, heureux, sans souci quant à leur logement. En fait, c’est vrai des contestataires d’origine. Issus des territoires péri-urbains pour la plupart, ils avaient pour exigence initiale que l’Etat baisse le prix du gazole. Pourquoi ? Parce qu’éloignés des centres-villes où ils allaient travailler quotidiennement, salariés ou indépendants, ces femmes et ces hommes roulaient beaucoup et que leur budget carburant constituait l’un des plus gros postes domestiques. A contrario, accédants à la propriété en maison individuelle, ils avaient au logement un rapport plutôt heureux. Il risque de ne pas en être de même de leurs successeurs, quand on constate la chute des ventes de ce produit, sous l’effet de la baisse des aides dont cette partie des accédants étaient bénéficiaires, prêt à taux zéro ou APL accession.

Après ces moments fondateurs du mouvement des gilets jaunes, un second temps a commencé, auquel tous les Français, pas seulement celles et ceux des territoires délaissés, se sont associés. Comme il fallait s’y attendre, la question du logement a pris d’un coup une autre place, centrale. La fiscalité locale, essentiellement liée à l’immobilier, l’urbanisme, les prix en zones urbaines, la métropolisation, tout est sorti. Le président Macron, qui s’engage personnellement dans ces débats au cœur du pays, a été amené à réagir. Il l’a fait de façon singulière, c’est-à-dire avec des a priori et des contre-vérités économiques : "L’immobilier, moi, ne me crée pas d’emplois", pour justifier un IFI à côté de la disparition de l’ISF.

En Gironde, au côté d’Alain Juppé, il explique encore combien la taxe d’habitation est injuste aux plan territorial et social, comme si les autres impositions immobilières, locales ou nationales, ne méritaient aucun aggiornamento. Rien non plus sur les questions fondamentales, l’aménagement du territoire, le foncier, la rénovation des cœurs de ville et l’optimisation du patrimoine existant.

Bref, le logement pourrait n’avoir pas le statut qui lui revient. Récemment, plusieurs institutions de la filière ont organisé une prise de parole collective sur le logement, le monde HLM, l’univers caritatif avec la fondation Abbé Pierre ou encore les maires de France. L’initiative est assez rare pour être remarquée et elle témoigne que les préoccupations sont assez partagées et assez fortes pour que les discours identitaires et les différences se taisent au profit d’une approche globale. Elle ne sera d’ailleurs complète que lorsque les enjeux des logements existants, de leur entretien, de l’amélioration de leurs performances énergétiques, de leur sauvegarde parfois après les drames de Marseille et de Paris, du parc social de fait et du rôle cardinal des bailleurs privés, y auront été intégrés.

Il faut aussi se garder de tout confondre : la dimension généreuse, s’agissant des exclus, sans abris ou mal logés, et le fonctionnement général du marché. Au demeurant, les deux ne sont pas sans lien : un marché inaccessible est coupable de générer l’exclusion. Pour autant, il est triste que l’Etat ait besoin d’être ému par la condition des plus fragiles pour se pencher au chevet du logement.

Il est désormais urgent que le logement compte aux yeux du président de la République et du gouvernement parmi les grands sujets. Au rang des quelques-uns qui peuvent indifféremment cliver, déchirer et affaiblir le pays, ou le souder et le doter d’un atout majeur de compétitivité.

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