La stratégie des banques pour conserver leurs clients face à l'open banking

L'annonce de rachat de la banque allemande MHB par la fintech Raisin fait écho au boom de l’open banking en Europe et au rôle des acteurs historiques comme simples fournisseurs de services financiers aux fintech.

Le 7 mars dernier, Raisin, fintech allemande de placement en ligne, a racheté la banque MHB. La licence bancaire ainsi acquise va lui permettre de développer son offre d'open banking, système dans lequel les organismes financiers partagent données et services, au moment où ce nouveau marché décolle en Europe. Cette année, la mise en application de la DSP2, nouvelle réglementation sur les services de paiement, oblige tous les organismes financiers européens à ouvrir les données de paiement de leurs clients. Les banques traditionnelles doivent ainsi faire face à la perte de leur monopole sur leur ressource clé. Pour survivre, elles se doivent dès à présent définir leur place dans ce nouvel écosystème. 

Avec la DSP2, les acteurs bancaires historiques peuvent se retrouver désintermédiés, c’est-à-dire ne plus être en contact avec leurs clients. A condition que ceux-ci donnent leur accord, des entreprises certifiées pourront accéder à leurs comptes et faire des opérations bancaires à leur place. Les nouveaux entrants, comme les fintech de gestion de finance personnelle (PFM) ou les néobanques, cherchent à en profiter pour devenir l’unique point d’entrée des clients et remplacer les banques à terme sur tous les services financiers.

Vers le nouveau monde bancaire ouvert  

Avant même l’entrée en vigueur de la DSP2, des banques européennes se sont lancées dans l'aventure de l'open banking. A l'aide de plateformes d’API, interfaces d'échanges sécurisées sur le web, elles ont ouvert leurs données et leurs services financiers à des entreprises tierces. A l'image de BBVA et son "API market", qui propose onze services allant de la connaissance client à la gestion de risques crédit, ouverts à des entreprises tierces. Avec ces API, Xero, plateforme cloud de gestion comptable pour TPE/PME, a pu intégrer le service de vérification de trésorerie, BBVA Compass, pour ses clients. Pour Abhishek Gupta, CEO de la plateforme, le "potentiel de ce qu’elle offrira en termes d’ouverture de nouveaux secteurs d’activité et de soutien à l’innovation [...] est immense." Le succès semble déjà là. En Octobre 2018, BBVA a lancé sa plateforme aux États-Unis. 

De l'autre côté, le top 6 des banques françaises semblent avoir délaissé cette stratégie de plateforme d'API. En effet seul le Crédit Agricole a déployé la sienne. Les autres ont soit référencé leurs API aux seins d'annuaires comme l'Open-banking project, soit gardé leurs API privées, invisibles du public, et aux accès accordés à discrétion. De plus, pour toutes ces banques, les services proposés se limitent au strict cadre réglementaire de la DSP2. Pourquoi un si faible engagement en ce moment décisif pour ce nouveau marché ?

Les GAFAM comme modèle économique

A l'image d'un Google, les banques françaises cherchent avant tout à garder le contact avec leurs clients. Que ce soit par le développement d'une place de marché dédiée, tel le Crédit Agricole, avec son store, ou la création d'une application portail serviciel, comme Max du Crédit Mutuel Arkéa, elles misent sur l’attractivité d’une banque"Lego", construite à façon par l’utilisateur à partir des services proposés. Ces dernières espèrent ainsi séduire les consommateurs par le côté sur-mesure que promet une telle démarche. 

Si Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft ont su tirer un maximum de profit de l’ouverture de leurs données et de leurs services à des tiers, ils ont mis en place différentes stratégies selon leur situation à un moment sur leurs marchés respectifs. Ces stratégies plateformes de services digitaux sont de deux types, soit à destination de l’entreprise, au travers d'API, soit à destination du particulier à l'aide d'applications web ou mobile. 

Chaque "grand" du web a construit l’un ou l’autre type de plateforme de services, à destination des entreprises ou des personnes, selon leur modèle économique. Par exemple, Amazon, afin de diminuer le coût de ses infrastructures informatiques et logistiques, les a ouvertes et monétisées à des entreprises via des API publiques quasi dès sa création en 2003. A l’inverse, Google a, dès ses débuts, lancé un grand nombre d’applications gratuites telles que Search ou Google Maps pour conquérir la plus large audience possible, garante de ses revenus. 

Contrairement à beaucoup de leurs consœurs, les banques françaises ont choisi de garder la main sur leurs clients, en se transformant peu à peu en place de marché digitale de services financiers. Quelle stratégie sera gagnante dans ce monde bancaire profondément transformé par l'open banking ? Cela dépendra de beaucoup de facteurs, comme la e-réputation de la marque, la position sur le marché et le type de clientèle. La seule certitude est que les cartes vont être redistribuées.

L’open banking de façon imagée permet à tout à chacun de se construire un service bancaire sur-mesure en rajoutant la brique qui lui manque pour lui ou ses clients.

La stratégie des banques pour conserver leurs clients face à l'open banking
La stratégie des banques pour conserver leurs clients face à l'open banking

Le 7 mars dernier, Raisin, fintech allemande de placement en ligne, a racheté la banque MHB. La licence bancaire ainsi acquise va lui permettre de développer son offre d'open banking, système dans lequel les organismes financiers partagent données...