Comme Orange Bank, ces telcos sont devenus banquiers

Comme Orange Bank, ces telcos sont devenus banquiers Des opérateurs étrangers ont déjà lancé des services bancaires avec plus ou moins de succès. Le JDN a sélectionné les exemples les plus marquants.

On l'attendait depuis plusieurs mois. Le coup d'envoi d'Orange Bank est finalement lancé ce 2 novembre. Mais le faux départ en raison de bugs en juillet a prouvé qu'un opérateur télécom ne peut pas s'improviser banque du jour au lendemain. Orange n'est pourtant pas le premier à avoir choisi la banque comme nouveau relai de croissance. "Les opérateurs ont besoin de trouver un autre business car aujourd'hui c'est assez facile de faire un réseau 4G. Dans quelques temps, cela ne sera plus un facteur de différenciation", estime Stéphane Beyazian, analyste télécoms et média chez Raymond James. "En créant une banque, un opérateur télécom enferme un peu plus son client. Il crée un écosystème pour l'inciter à rester et ne pas filer chez le concurrent", ajoute-t-il. Mais les premiers retours d'expérience à travers le monde montrent que ce n'est pas aussi simple...  

L'activité bancaire de Safaricom lui a rapporté 430 millions de dollars en 2016, soit 23% de son chiffre d'affaires

Le projet le plus réussi se trouve en Afrique, un continent où le taux de bancarisation est faible (10% en Afrique subsaharienne selon le cabinet Sia Partners) et l'ouverture de comptes d'argent mobiles en forte croissance. Fin 2016, 277 millions de comptes de ce type ont été répertoriés en Afrique subsaharienne, selon la GSMA, l'association mondiale des opérateurs mobiles. Depuis 2008, Orange y commercialise Orange Money, un service de transfert d'argent et de paiement mobile. Son objectif de 30 millions d'abonnés en 2018 (pour un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros) a été atteint en mars 2017.

Un autre géant des télécoms s'est implanté sur le continent africain pour proposer des services financiers : Vodafone. En 2007, le Britannique a lancé M-Pesa à travers sa filiale kényane Safaricom. Au départ, il s'agissait d'un service de remboursement de micro-crédits. Rapidement, l'opérateur crée des services de paiement mobile avec la possibilité de convertir la monnaie électronique en minutes de communications. En 2013, il dévoile M-Shwari, une plateforme qui permet aux clients de Safaricom d'ouvrir des comptes d'épargne et d'emprunter via leur téléphone portable. Aujourd'hui, M-Pesa revendique 30 millions d'utilisateurs dans le monde dont 18 millions au Kenya, soit 70% de la population adulte du pays. Selon le régulateur des télécoms kényan, M-Pesa traite plus de 75% du flux "mobile banking" du pays.

Cette activité bancaire a rapporté à Safaricom 430 millions de dollars de revenus en 2016, soit 23% de son chiffre d'affaires. Orange ambitionne de son côté d'atteindre 400 millions de revenus dans les services financiers en 2018.

L'hétérogénéité occidentale

Dans les pays occidentaux, déjà fortement bancarisés, les tentatives des opérateurs télécoms sont moins probantes. Le projet qui se rapproche le plus d'Orange Bank est celui du Canadien Rogers Communications. C'est le premier opérateur à avoir obtenu une licence bancaire dans le pays. Avec cet agrément, il a créé son propre établissement en 2013 : Banque Rogers. Cette entité s'est centrée sur le compte courant et propose deux cartes de crédit Mastercard gratuites (Orange Bank a choisi Visa). Elles sont dotées d'un système de cash-back qui permet aux clients de recevoir 4% de remise sur tous les achats en devise étrangère et 1,5% au Canada. Depuis son lancement, aucun chiffre n'a été communiqué sur son activité. Contactée, la banque n'a pas donné suite à notre demande. Elle ne semble pas en bonne posture. En quatre ans, aucune innovation majeure n'a été apportée et aucune offre n'a été ajoutée. Sur le forum de Rogers Communications, les clients se plaignent depuis un an et demi de ne pas pouvoir intégrer leur carte bancaire à Apple Pay. La banque a assuré évaluer la demande mais n'a donné aucune date pour le moment. 

Pour faciliter leur entrée sur le marché, certains opérateurs ont choisi de s'associer à des banques, souvent via des échanges de prises de participation. Les premiers exemples remontent au début des années 2000. La plupart n'ont pas abouti en raison de divergences d'objectifs. Une deuxième vague de partenariats est apparue dans les années 2010. La méthode était différente : la banque est responsable de l'offre et des opérations tandis que l'opérateur se charge du marketing, de la distribution et de l'acquisition de clients. Le tableau ci-dessous présente une liste non exhaustive de partenariats entre banques et opérateurs.

Partenariats entre banques et opérateurs
Opérateur / Banque Pays Année Produit / Service Situation 
Telecom Italia / Banca di Roma Italie 2000 Banque en ligne Echec
Telefonica/CaixaBank et Banco Santander Espagne 2014 Solution de transfert d'argent Réussite
Deutsche Telekom/Commerzbank Allemagne 2000 Portail financier et plateforme dédiée au commerce d'actions Echec
Deutsche Telekom/Mastercard Allemagne 2012 Solution de paiement mobile  Réussite
Deutsche Telekom/ Alior Bank Pologne 2014 Services bancaires mobiles Réussite
Orange / mBank Pologne 2014 Services bancaires mobiles Réussite

Orange a opté pour cette stratégie en s'alliant à mBank, la quatrième banque de détail en Pologne. "C'est une des opérations les plus abouties du continent", estime Stéphane Beyazian. Lancée en 2014, Orange Finanse propose plusieurs services bancaires sur le mobile (prêt à la consommation, épargne, compte courant, transfert d'argent par SMS…). Comme Orange Bank, ils sont majoritairement gratuits. En juin dernier, Orange Finanse comptait 330 000 clients et espère atteindre le million fin 2018.

Le crédit pour être rentable

En entrant sur le marché bancaire, les opérateurs télécoms acceptent de perdre de l'argent. "Le compte bancaire ne coûte rien mais ne rapporte rien non plus. Le seul produit sur lequel ils peuvent récupérer du chiffre d'affaires c'est le crédit", assure Stéphane Beyazian. L'opérateur espagnol Telefonica (52 milliards de chiffre d'affaires en 2016) a lancé début juin Movistar Money, une offre de crédit à la consommation en ligne pour les clients de sa marque de téléphonie mobile Movistar. Ils peuvent obtenir un crédit entre 600 et 3 000 euros pour une période de 12, 24 ou 36 mois. Les avantages : pas besoin de justificatif, aucune commission de dossier et l'acceptation du prêt se fait sous 48 heures. "C'est très intéressant car Telefonica s'adresse à toute la population. Beaucoup de personnes ont un téléphone portable mais pas accès au crédit. En plus, Telefonica a assez de cash pour faire du crédit et donc être rentable", analyse Pierre-Antoine Dusoulier, CEO de la néobanque iBanFirst. Orange Bank compte aussi proposer du crédit à la consommation. Actuellement, l'offre Movistar Money est en test sur un groupe de clients qui ont financé un téléphone mobile. Telefonica devrait proposer rapidement de nouvelles offres. Après la France, Orange Bank compte s'attaquer à la Belgique et à l'Espagne.

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