Alain Fischer (Société Générale) "En un an, notre catalogue est passé de 450 à 1 485 API"

Alors que la Nuit du Directeur Digital se rapproche, le CDO de la Société Générale GBIS présente au JDN le chantier majeur qu'il conduit pour transformer le groupe.

Le JDN propose pour la quatrième année consécutive le 19 juin un événement destiné à récompenser les meilleurs chief digital officers de France. Pour en savoir plus : la Nuit du Directeur Digital.

JDN. Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est SG Markets ?

Alain Fischer, CDO de la banque de grande clientèle et solutions investisseurs du groupe Société Générale. © Société Générale

Alain Fischer. SG Markets est un hub de services qui couvre toute la chaîne de valeur de Société Générale Global Banking & Investor Solutions (GBIS). GBIS regroupe les activités BtoB du groupe : la Banque de financement et d'investissement (BFI), la gestion d'actifs, les services aux investisseurs et la banque privée. Avec SG Markets, nous mettons à disposition de nos clients des outils jusqu'alors utilisés en interne par nos collaborateurs. La banque ouvre ainsi progressivement un patrimoine de quelques milliers d'applications via des API. Cela représente un éventail de fonctionnalités inédit.

Alors que la banque de détail gère un très grand nombre de clients pour un éventail de services moins large, la branche BtoB gère un portefeuille de clients relativement limité mais le nombre de cas d'usage est beaucoup plus étendu.

Où en êtes-vous dans cette migration ?

C'est un chantier de longue haleine qui a démarré en 2011. Il faut tenir compte du legacy. Développées en propre, le plus souvent dans les années 2000, les applications ont été conçues de manière monolithique, selon leur propre logique et avec leur propre interface. Elles ont par ailleurs grossi au fil des années. Ce qui explique que chaque migration vers une architecture orientée services prend un à deux ans. 2017 a été l'année de décollage de la plateforme. En un an, notre catalogue est passé de 450 à 1 485 API. Le chantier va connaître une progression exponentielle dans les années à venir.

Pour industrialiser cette migration, nous avons créé notre framework de développement. SG Bootstrap regroupe toutes les règles de notre front end. Si on change l'apparence d'un bouton, les 7 000 écrans qui l'utilisent intègrent la modification instantanément. L'interface graphique est décorrélée de l'API et de l'infrastructure. Nous nous appuyons aujourd'hui sur notre cloud privé mais demain nous serons sans doute davantage sur du cloud public. Nous estimons que cette démarche d'interface, d'APIsation et d'infrastructure, réduit de 50 à 70% le coût total de possession d'une application.

En quoi cette APIsation est si importante ?

En superposant des briques interdépendantes, on crée un système vivant. L'affichage de SG Markets est personnalisé en fonction du profil utilisateur, de ses préférences. Avec My Services, il accède aux applications les plus utilisées comme par exemple celle sur les produits structurés. L'expérience est, par ailleurs, unifiée. Les collaborateurs de Société Générale GBIS et leurs clients utilisent exactement la même plateforme. Enfin, cette dernière est ouverte. Nous livrons le code pour accéder à nos API en différents langages (R, Python ou C#) afin que nos clients puissent les intégrer rapidement dans leur système d'information.

Frédéric Oudéa, notre directeur général, fait une analogie avec la structure en Lego. Le groupe est convaincu que la vraie transformation passera par cette "plateformisation". Les enjeux de cette transformation sont vitaux. Face aux fintech et aux Gafa qui ont cette même approche, nous serons en mesure de proposer des services innovants à nos clients. Demain, la plateforme intégrera d'ailleurs des briques venant d'acteurs tiers, des fintech ou des sociétés de financement.

Comment vous êtes-vous organisés en interne pour assurer cette transformation ?

Le cas d'usage est porté par le métier. Dans les équipes projets de type "pizza team" on retrouve systématiquement un métier, un designer du digital office et un représentant de l'IT qui travaillent en mode agile. La première release arrive au bout de quelques mois. Le digital office que je dirige emploie une soixantaine de personnes dont quinze experts en expérience utilisateur, dix en machine learning, une dizaine de correspondants digitaux dans les différents métiers et une task force pour le prototypage.

Résumé du projet 

Pourquoi il est innovant :

"Société Générale GBIS applique les principes d'APIsation et de plateformisation qui ont plutôt cours dans le monde grand public que dans la sphère BtoB. Elle reprend une approche adoptée par les Gafa et certaines fintech."

Pourquoi il est stratégique :

"La banque a décidé de faire bénéficier à ses clients privés la richesse fonctionnelle de ses applications internes. Leur usage était jusqu'alors essentiellement cantonné à la salle de marchés."

Pourquoi il est transformateur :

"Au regard du poids de l'existant -plusieurs milliers d'applications-, il s'agit d'un chantier de très longue haleine initié en 2011 et qui devrait se poursuivre dans les années à venir."

Pourquoi il est accélérateur :

"Ce projet réunit les métiers, les équipes du chief digital officer et de l'IT. Il fait appel à des compétences inédites pour une banque dédiée aux grands comptes et aux investisseurs comme des experts en UX ou en machine learning."

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