Budget Insight prépare un agrégateur crypto pour les banques et fintech

Budget Insight prépare un agrégateur crypto pour les banques et fintech L'agrégateur BtoB français a créé iqotation, une entité qui proposera en 2019 une plateforme d'API en marque blanche d'achat-vente de crypto ainsi que des outils d'aide à la décision.

Ce n'est pas un secret, les crypto-monnaies et les banques font chambre à part. Mais le rapprochement pourrait finalement avoir lieu plus tôt que prévu. C'est en tout cas ce que pense l'agrégateur BtoB Budget Insight. La fintech créée en 2012 travaille depuis avril dernier sur un projet crypto. "L'agrégation de crypto dans le cadre de Budget Insight est une évolution naturelle qui s'intégrait à notre roadmap. Nous avons vocation à agréger tous les moyens financiers", justifie au JDN Clément Coeurdeuil, CEO de la start-up, qui a décidé d'accélérer sur le sujet crypto suite à une  rencontre avec Laurent de Bernède, ancien de Truffle Capital et ex-directeur général de Credit.fr.

Les deux cofondateurs de Budget Insight et Laurent de Bernède ont créé iqotation, une entité à part qui mêlera des outils issus de l'agrégateur et des technologies propres. Cette nouvelle société permettra aux banques et fintech européennes de proposer à leurs clients d'investir dans les crypto-monnaies. "Nous partons du principe que les crypto-actifs vont devenir une véritable classe d'actifs. L'industrie de la finance est déjà en train de se structurer pour gérer ces nouveaux actifs", explique Laurent de Bernède.

"Nous n'aurons pas besoin de convaincre les banques, elles vont se convaincre toutes seules avec l'évolution du marché"

iqotation proposera une plateforme en marque blanche qui comprendra plusieurs fonctionnalités : un agrégateur de wallets crypto, un comparateur de cours (et de frais de transactions), l'optimisation de passage d'ordres et l'achat/vente de crypto sur des exchanges tiers. "Aujourd'hui, les investisseurs crypto ont en général deux ou trois comptes sur différents exchanges de façon à, d'une part, étaler leurs risques et, d'autre part, pouvoir négocier des crypto sur l'une ou l'autre des plateformes à des cours et des frais de transactions différents", souligne Laurent de Bernède. "iqotation permet d'avoir une vue synthétique d'un portefeuille en crypto-actifs." Le prototype sera disponible en décembre 2018 et le minimum viable product (MVP) avec les fonctionnalités de base (agrégation, comparateur et achat/vente sur un exchange tiers) arrivera début 2019, après une première levée de fonds dont l'objectif s'élève à 800 000 euros.

Des technologies d'optimisation de passage d'ordres, des outils d'aide à la décision et du conseil en investissement seront ajoutés courant 2019. "Nous prévoyons un conseil automatisé avec de l'intelligence artificielle et de l'humain avec une curation de news spécialisées", dévoile Laurent de Bernède. A horizon mars 2020, iqotation lancera son propre exchange qui permettra de gérer les transactions en espérant faire réduire le coût de transaction. "On ne sera pas meilleur en tout, sur toutes les crypto avec les meilleurs frais, ce n'est pas possible et on n'a pas vocation à ça. On sera excellent pour aider les gens à avoir une vision globale, on sera bon sur certaines crypto pour les acheter, moins sur d'autres", dit Clément Coeurdeuil. Enfin, la société lancera une application BtoC pour tester les nouvelles fonctionnalités et recueillir les commentaires des utilisateurs.  

Contrer les néobanques

Côté business model, iqotation compte facturer des frais d'installation pour la mise en place des connecteurs de la plateforme d'API et un abonnement annuel au service dégressif par palier en fonction du nombre d'utilisateurs. Quand l'exchange sera lancé, des frais de transactions seront prélevés et partagés avec les clients BtoB. Enfin, la jeune société commercialisera des services : développements spécifiques, audits de code, intégration d'applications tiers...

Mais comment convaincre les banques d'implémenter une plateforme qui donnera accès à des crypto-monnaies ? "Nous n'aurons pas besoin de convaincre les banques, elles vont se convaincre toutes seules avec l'évolution du marché. Il y a une trajectoire très similaire avec ce que nous avons fait avec l'agrégation. Il y a trois ans, je tapais à la porte des banques pour leur montrer ce que je faisais et elles m'ont toutes fermé la porte. Ce sera pareil avec les crypto. En plus il y a un business model et beaucoup d'argent à se faire", estime Clément Coeurdeuil. 

"On va trouver des petites banques régionales européennes qui bougent plus vite et qui ont une demande retail en crypto"

 

Pour le dirigeant d'iqotation, intégrer des crypto est aussi une façon de retenir les jeunes. "Nous allons leur permettre à de venir concurrencer les fintech et les néobanques qui se sont mises sur ce créneau comme Nubank (néobanque brésilienne, ndlr) et Revolut qui propose l'achat de crypto en un clic", explique Laurent de Bernède. "Le segment qui investit dans les crypto-actifs est les 18-35 ans, principalement les hommes. On part du principe que les clients vont demander à leurs banques des solutions pour investir dans les crypto. Si les banques ne réagissent pas, elles vont perdre ce segment, qui sera très coûteux à récupérer", complète-t-il.

Avant d'attirer les banques françaises, iqotation mise sur d'autres acteurs. "Nos premiers clients seront des fintech et certainement des banques européennes dans les pays où le marché des crypto-actifs est déjà plus développé comme la Suisse, le Royaume-Uni, la Hollande ou la Belgique. On va trouver des petites banques régionales qui bougent plus vite et qui ont une demande retail", révèle le dirigeant. Sans compter que la société pourra s'appuyer sur les 130 clients de Budget Insight.

L'acquisition de clients s'accompagnera de levées de fonds successives et pourquoi pas une security token offering (STO, une ICO qui donne un droit au capital). "C'est un mode de financement intéressant et on ne s'interdit pas de le faire. Cela dépendra des conditions de marché. Si le marché crypto reprend, si loi Pacte passe, si les FPS (fonds professionnels spécialisés, ndlr) peuvent investir, alors oui on s'inscrira certainement dans cette nouvelle dynamique de financement. L'idée d'un STO nous permettra de lever plus d'argent d'un coup pour accélérer plus vite que dans un mode traditionnel", fait valoir Laurent de Bernède. iqotation, qui compte actuellement trois collaborateurs, compte recruter une vingtaine de personnes d'ici fin 2019 (compliance, support client…) et atteindre une quarantaine de personnes d'ici 2020 pour gérer l'exchange. 

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